A l’aube des élections Municipales, le Lyon Bondy Blog a souhaité partir à la rencontre de certains visages cachés qui œuvrent en sous-terrain pour l’élection d’un candidat. Ils tractent sur les marchés, s’affairent à la communication de la campagne, sont responsables d’une cellule, ils sont jeunes, passionnés de politique et consacrent la majeure partie de leur temps libre à militer au sein d’un parti. Le LBB est allé à la rencontre de plusieurs jeunes militants et les a questionnés sur les raisons et le sens de leur engagement, en voici les portraits.

Romuald D. s’est encarté chez Europe Ecologie les Verts au printemps 2011. Âgé de 27 ans, il gère le site web et les réseaux sociaux pour la campagne du second arrondissement. Depuis novembre, il partage son temps entre les réunions militantes, les cours qu’il donne à la faculté et la rédaction de sa thèse de Droit International Privé, qu’il espère soutenir en décembre 2015. Le lieu de notre rencontre est fixé dans une brasserie du deuxième arrondissement, où il est un militant actif.

3

Le rire franc et presque enfantin de Romuald va ponctuer toute l’interview. D’une jovialité certaine, le jeune homme de 27 ans semble être de tempérament facile, même si sa « compagne » le trouve très tenace lorsqu’il s’agit de convaincre quelqu’un. Intéressé par la politique depuis ses 19 ans, il a mis cette ténacité au service de ses idéaux politiques, d’abord à l’UMP puis à EELV. Le déclic écolo s’est produit lorsqu’il s’est attardé sur un livre d’Eva Joly qu’une ex petite-amie avait oublié chez lui. Il fait des recherches, multiplie les lectures et s’encarte au printemps 2011 pour soutenir la candidature d’Eva Joly face à Nicolas Hulot. À l’été 2012, Romuald et sa compagne s’installent à Lyon d’où ils travaillent leurs thèses respectives à distance de leur faculté parisienne. Depuis novembre, Romuald D. milite activement dans le 2ème arrondissement, où il s’occupe du site web et des réseaux sociaux.

« Les gens nous prennent pour des babas cool fumeurs de joints »

Ce n’est pas dans son environnement familial qu’il a puisé son intérêt pour la politique. Son père, chef d’une petite entreprise et sa mère, assistante sociale hospitalière, sont assez « désintéressés » par la politique. Si son père est plutôt de sensibilité de droite, il ne se rappelle pas que sa mère ait jamais voté. Lorsqu’il était adolescent, il ne s’en soucie lui-même pas beaucoup, préférant jouer au foot avec ses copains sur la place de son village de Picardie. Rien d’étonnant à ce que son engagement en politique, quelques années plus tard, surprenne son entourage : « Le discours dans ma famille c’est un peu les politiques sont tous pourris, je ne vois pas ce que tu vas faire là-bas » explique-t-il. C’est lorsqu’il quitte le domicile parental pour faire ses études en Allemagne qu’il s’intéresse à distance à la politique et s’encarte à l’UMP à l’âge de 19 ans. Il est séduit de prime abord par le « personnage » Nicolas Sarkozy, l’idée de mérite qu’il véhicule et est sensible au fait qu’il soit issu d’une famille immigrée, tout comme lui [le grand-père de Romuald D. est sicilien, ndlr]. Mais excédé par le « culte du chef » qui y règne, il en partira au bout de deux ans. Un engagement qu’il qualifie de « naïf » mais qu’il ne regrette pas : « On évolue, pour moi rien n’est figé. On découvre des choses, on révise son point de vue… C’est la vie ! » Attablé devant son expresso, Romuald nous explique, un sourire aux lèvres, que la nouvelle de son engagement à EELV n’a guère provoqué de remous : « J’ai l’impression que parfois on [les militants écologistes ndlr] est un peu pris pour des doux rêveurs, des babas cool, des fumeurs de joints sur le plateau du Larzac… Une image qui reste des débuts de l’écologie ! »

Un fonctionnement collaboratif

Bien loin de cette image d’Épinal, Romuald dit s’être intéressé aux idées d’EELV par le biais de celle qu’il appelle « la plus blanche que blanche », Eva Joly. Ce sont d’abord les affaires qu’elle a instruites en tant que Juge d’Instruction qui l’ont marqué*. Engagé à Transparency International**, le jeune homme est particulièrement sensible aux thématiques comme la corruption,

2 (1)

les paradis fiscaux, la finance internationale. Même si Romuald a mûri depuis son passage à l’UMP, sa volonté de s’impliquer a toujours relevé d’une nécessité : « Ça n’est pas tellement venu d’une réflexion mais d’un sentiment, d’une impulsion. Je ne me vois pas ne pas être engagé ». Romuald s’investit pleinement au sein de son parti et a découvert, à l’occasion de la campagne, les problématiques locales : « Je n’ai pas encore beaucoup de connaissances techniques. J’apprends par exemple comment lutter contre la pollution de l’autoroute qui passe à Confluence : est-ce qu’il vaut mieux faire des murs dépolluants ou végétaliser les cours intérieures ? Ce que je trouve intéressant pour les Municipales c’est que c’est très concret ! » À EELV, il a été séduit par le fonctionnement participatif, qu’il oppose à celui qu’il a connu à l’UMP. Le programme et le matériel de campagne ont été pensés et élaborés de façon collective par les militants : « Chez les Verts, on a une tradition collaborative. Ça peut donner l’impression que c’est un vaste bordel parce que chacun donne son avis. Ça crée parfois des réunions à rallonge

mais je préfère ça », explique-t-il. Un fonctionnement qui privilégie le débat et qui satisfait le jeune doctorant, pas très porté sur les actions de terrain. Pur produit universitaire, il semble appliquer ses méthodes de chercheur à son activité de militant : il se documente, lit énormément la presse (il est abonné à Mediapart, Marianne, Le Monde et Courrier International) et prend la mesure de chaque chose avec précaution : « J’aime le fait qu’on soit appelé à réfléchir sur les propositions qu’on porte, qu’on entende les avis divergents. J’aime parler avec les gens, essayer de les convaincre, qu’ils essaient de me convaincre… En fait, je trouve que s’engager est une démarche épanouissante ». Épanouissante, tout simplement.

* Eva Joly a été Juge d’Instruction pour le pôle financier du Palais de Justice de Paris. Elle a instruit plusieurs affaires emblématiques dans les années 1990 comme celle de Bernard Tapie, l’affaire Elf (qui conduira à l’incarcération de Loïk Le Floch Prigent) et l’affaire des frégates de Taïwan (qui conduira à la mise en examen et à la démission de Roland Dumas, Président du Conseil Constitutionnel).

** Transparency International : ONG consacrée à la lutte contre la corruption. Elle a décerné en 2001 le Prix de l’intégrité à Eva Joly pour son travail dans l’affaire Elf.