Les villes de Vaulx-en-Velin, Vénissieux et Villeurbanne font face à un déclin de la participation électorale depuis plusieurs années. L’abstention chez les classes populaires et les jeunes est plus que jamais un enjeu politique. L’objectif pour les élus est de redonner foi en la participation

électorale à des citoyens désireux de s’impliquer dans la vie locale.

Cédric Van Styvendael, candidat de la gauche, a été élu maire de Villeurbanne avec 70,37 % des voix lors d’une élection marquée par une forte abstention, à plus de 75 % au second tour contre 53,17% en 2014. Jonathan Bocquet, adjoint aux finances, aux travaux, à la performance de l’administration et à la transition démocratique de la mairie villeurbannaise, est concerné par des chiffres aussi faibles. «  On ne peut pas se satisfaire d’avoir seulement un électeur sur quatre qui se soit exprimé au second tour. »

Du côté de Vénissieux, Michèle Picard a remporté la majorité des suffrages avec sa liste «Les Vénissians rassemblés». Au premier tour, la non-participation électorale était de 71,3%  et de 74,41% au second. En 2014, le taux d’abstention au second tour à Vénissieux était de 52,41 %. 

Vaulx-en-Velin a enregistré un taux d’abstention de plus de 75 % sur les deux tours des municipales. Un taux encore plus important qu’en 2014, où l’abstention était montée à presque 60 %, faisant de la cité vaudaise la ville la plus abstentionniste de France.  Hélène Geoffroy, maire PS depuis 2014, estime que sa ville ne fait plus figure d’exception dans le paysage politique français. « En 2014, nous avions un taux d’abstention plus important que bien d’autres villes. Ce n’est plus le cas aujourd’hui donc cette crise est le révélateur d’un éloignement des Français de la vie démocratique. »

Ce taux record d’abstention peut en partie s’expliquer par la situation exceptionnelle du pays au moment de l’élection, la crise du Covid-19 ayant dissuadé beaucoup de citoyens à se rendre aux urnes. Cependant, cette variable ne suffit pas à expliquer la non-participation au vote des jeunes. Les élections souffrent depuis plusieurs années d’un manque d’intérêt de la part des citoyens.

Un sentiment d’illégitimité et de défiance 

Les plus jeunes et les individus issus des catégories populaires ont davantage tendance à s’abstenir, et plus encore, à s’auto exclure. Les inégalités sociales renforcent le fait que certains citoyens se sentent moins légitimes que d’autres à exprimer leurs voix dans les bureaux de votes comme l’affirme Jonathan Bocquet. « Pour ces catégories, le manque d’intérêt est lié à un sentiment de défiance et d’illégitimité c’est –à-dire qu’ils ne se considèrent pas forcément compétents et parti prenante.»

De nombreux habitants choisissent l’abstention en considérant que leurs votes ne changeront rien. Pour Hélène Geoffroy, maire de Vaulx-en-Velin, l’urgence est de déconstruire cette idée. « Les personnes ont des attentes et elles les expriment mais elles se disent qu’une voix ne change rien. On a vraiment besoin d’expliquer à chacun que sa voix a de l’importance. »

À Vaulx-en-Velin, il y a une nécessité de briser cette impression que l’équipe en place ne peut pas résoudre de problèmes. Pour pallier cela, les citoyens et les élus locaux doivent être en contact permanent. « Il faut mettre en place des instances de démocratie participative pour inciter les habitants à venir et se rendre compte de l’intérêt des élus locaux. », explique Hélène Geoffroy. 

Des jeunes citoyens désireux de participer à la vie démocratique

Jonathan Bocquet est certain que les jeunes sont intéressés par les questions politiques. Ces derniers croient cependant en d’autres formes de participations. « On voit que les jeunes s’engagent dans d’autres formes d’engagement : militant, associatif, bénévolat… Donc les jeunes s’intéressent à la chose publique, mais ils ne vont pas voter. » Ces dernières années, diverses causes ont massivement mobilisé les jeunes telles que l’écologie avec les « Marches des jeunes pour le climat » ou encore récemment la lutte contre le racisme et les violences policières.

L’enjeu principal est aujourd’hui de faire en sorte que les jeunes se sentent concernés par la participation électorale. Ainsi, du côté de Villeurbanne, des mesures de participation citoyenne ont été prises et d’autres continueront à voir le jour. Par exemple, la mairie veut instaurer une assemblée citoyenne et un budget participatif de 6 millions d’euros. Une université populaire va aussi être mise en place tout comme des conseils de quartiers. 

A Vaulx-en-Velin, où les jeunes sont demandeurs de faire plus de citoyenneté, Hélène Geoffroy a pour objectif de réinventer la politique locale et donner plus de perspectives aux jeunes. La maire a donc décidé de lancer un conseil municipal réservé aux jeunes. Les sujets discutés concerneront les principales préoccupations de la jeunesse comme « l’orientation, l’accès à l’emploi, au logement, à la culture et au sport », nous détaille la maire.

En lien avec l’article, un micro-trottoir de Couleur Café Citoyen sur les municipales : https://ccc-media.fr/micro-citoyen-et-si-nous-parlions-un-peu-elections-municipales/

Retrouvez aussi le micro trottoir réalisé par Thibaut Eperdussin sur ce sujet.

Leïla Ghedaïfi et Victor Labrousse