Interview de rentrée avec Nathalie Perrin-Gilbert, maire (GRAM) du 1er arrondissement depuis 2001. Un mois après la présentation de son plan de mandat, elle revient pour le LBB sur les grands axes de sa politique, notamment la politique de la ville et le logement.

 

À compter du 1er janvier 2015, le quartier des pentes de la Croix-Rousse sort du dispositif de ZUS (zone urbaine sensible). Parallèlement, il y a le risque que ce quartier sorte du RRS (Réseau Réussite Scolaire). Dans le cadre de la politique de la ville, vous aviez énormément de moyens pour ces deux dispositifs. Comment allez-vous faire pour garder une offre équivalente avec moins de moyens ?

C’est une vraie question et une grosse difficulté. Je fais face en tant que maire d’arrondissement à la grande inquiétude des associations des pentes de la Croix-Rousse. Je la comprends et je la partage. Nous faisons face également à un manque d’information total de la part de l’État et de la Ville de Lyon.

On a eu une rencontre courant juin avec toute l’équipe de la mission quartier ancien et avec sa directrice, Mme Montrobini. Dans la foulée, on a eu une réunion avec les techniciens en charge de la politique de la ville pour voir comment on allait d’une part accompagner les structures présentes dans cet arrondissement et d’une autre part, s’il fallait prioriser les axes qu’on ne souhaitait surtout pas lâcher. Cela voulait dire qu’il fallait avoir une feuille de route, autant pour les élus que pour les techniciens, et frapper aussi à la porte d’autres financeurs, s’assurer auprès de la Ville et de la Région qu’ils ne retiraient pas leurs financements, car l’État, lui, se désengageait.

On avait convenu d’un planning et de modalités d’actions. Sauf que depuis mi-juin, rien ne se passe. Quand j’interroge la Mission Quartiers Anciens, la réponse que j’ai, c’est qu’il n’y a pas d’informations, donc nous ne pouvons pas travailler. Même la directrice m’indique de discuter avec son supérieur hiérarchique. Et le directeur territorial n’a pas de réponse à m’apporter non plus. Même les élus d’arrondissement sont dans le flou total. Donc pour moi, nous ne pouvons répondre aux associations et cela touche aussi le public. J’ai posé une question à l’occasion d’un rapport qui touchait le RRS (Réseau Réussite Scolaire) en conseil municipal. On a eu une délibération le lundi 22 septembre, où on soutient les actions des RRS dans les quartiers notamment Moncey-Voltaire dans le 3ème arrondissement, qui font partie de la politique de la ville, et les pentes de la Croix-Rousse. J’ai demandé au Maire de Lyon (Gérard Collomb), qu’à la prochaine séance publique, il y ait une commission générale où l’on puisse débattre de la sortie de la politique de la ville, et des moyens. Il faut qu’on soit informé. Alors que Michel Le Faou (15e adjoint à la ville de Lyon, à la tête de la commission urbanisme, logement, cadre de vie) allait tenter de répondre, le maire l’en a empêché. Je n’ai donc pas eu de réponse. Je suis inquiète. On est réduits à être des points de contact pour la métropole. C’est affligeant. Il faut rendre des comptes à nos administrés et les faire participer à la vie du 1er et installer du débat. Si nous ne le faisons pas, c’est le meilleur moyen de les dépolitiser. Après il ne faut pas se plaindre de l’abstention.

Le LBB réalise pour la rentrée des entretiens avec les maires d’arrondissements et des villes de banlieue. À venir : Pascal Blache (droite, 6ème). Déjà publié : Thomas Rudigoz (PS, 5ème)

Vous vous inspirez beaucoup de la ville de Grenoble en matière de logement ou de gestion de l’eau. Quels sont vos liens avec le nouveau maire (EELV/PG) de Grenoble ?

Justement, à l’occasion du salon de l’habitat, j’ai rencontré Éric Piolle, le nouveau maire de Grenoble. Nous avons longuement discuté. Nous partageons énormément de choses, comme pour le sujet de la vidéosurveillance (Ndlr : ils sont tous les deux contre). Ce dont nous avons convenu, c’est de tisser des liens entre le premier arrondissement de Lyon et Grenoble, être dans des échanges de pratiques. Cela se construit. Mes élus doivent rencontrer ses adjoints. Alors eux, ils ont l’avantage d’être une mairie de plein exercice. Les budgets qu’ils ont ne sont pas les mêmes que les nôtres. Je pense que nous pouvons largement avoir des initiatives qui s’inspirent de Grenoble, et puis à eux de s’inspirer de notre travail. Je veux mettre l’accent sur les initiatives citoyennes, c’est un axe très fort de ce mandat. À Grenoble, ils travaillent aussi sur les budgets participatifs. Oui, il y aura « un axe Perrin-Piolle » à développer.

Un sujet que vous abordez fréquemment est celui des expulsions locatives. Comment arrivez-vous à transmettre les infos aux locataires ?

Pour l’instant, les locataires sont informés en amont des procédures. On est toujours dans une difficulté face à la compréhension des courriers, avec un certain formalisme institutionnel. Il y a un gros travail en amont fait par l’assistante sociale du commissariat du 1er pour les procédures. Sur les questions des expulsions, un travail préalable est mis en place par cette personne. Cela crée du lien humain et on n’est pas derrière des courriers. Ceci dit, on a quand même des difficultés et nous avons des échecs. Le nombre d’expulsions s’accroit. Je suis inquiète sur ce sujet. Ce que nous avons mis en place, ce sont des « Commissions prévention expulsion » qui vont se réunir deux fois par mois. J’estime qu’après avoir fait le point avec les travailleurs sociaux, cela ne suffit pas. Les situations qui arrivent dans ces commissions, ce sont les derniers recours. Pour réagir, c’est quasiment impossible. Sauf les cas extrêmes, où tout le monde va essayer de réagir. Mais cela reste très insuffisant. J’ai voulu m’inspirer du travail dans le 5ème arrondissement, où il y a une commission qui se réunit tous les deux mois. Et qui s’appelle « Commission prévention expulsion ». Avec ce travail, on prend le problème à la racine. On va travailler d’abord avec les travailleurs sociaux. C’est-à-dire dès qu’ils constatent que des petits impayés commencent à s’accumuler et avant que cela ne devienne problématique, on met la situation en commun. Il faut faire un bon diagnostic pour assurer le meilleur accompagnement possible.

Comment lutter contre les marchands de sommeil ?

Je pense qu’il faut reprendre le problème à la base. Tant que le marché du logement ne sera pas régulé, on ne pourra pas véritablement travailler. C’est eux qui profitent de la misère sociale. C’est toujours délicat. Dans ces certains cas, ils rendent service. Des personnes témoignent sur leurs conditions et ils me disent : « Je n’ai que ça et si je l’ai plus, je suis à la rue ». Je ne défends pas du tout ces marchands. On touche de l’humain et c’est toujours compliqué à gérer. Il faut remettre en adéquation le prix des loyers en fonction du revenu des ménages. On ne se loge pas facilement. Je suis pour l’encadrement des loyers et de l’application de la loi ALUR.

Etienne Aazzab

Etienne a contribué depuis 2 ans dans le journal satirique FOUTOU’ART. Il a intégré l’équipe du « clic 2014 » : Collectif local d’informations citoyennes à partir de novembre 2013. Il rejoint le Lyon Bondy Blog à partir de janvier 2014.
Twitter : @AazzabEtienne

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