Inaugurés en 2002, les conseils de quartiers ont cherché à doter le citoyen de véritables moyens d’action pour participer au niveau local. Cependant, un faible budget et un pouvoir trop consultatif limitent les possibilités d’agir : ce qui peut pousser les habitants à s’engager dans des associations ou des mouvements spontanés pour s’exprimer autrement dans le débat public.

Vingt ans après la création des arrondissements, les conseils de quartier ont été créés pour redynamiser une participation citoyenne locale atone. Du nombre du 36, c’est la mairie d’arrondissement qui décide de leur fonctionnement à Lyon. Un élu d’arrondissement est présent dans tous les conseils de quartier afin d’informer les habitants des projets dans le quartier et de faire remonter les doléances des habitants au maire d’arrondissement.

Le but annoncé par la ville de Lyon est de permettre au citoyen de s’informer, de s’impliquer dans des projets locaux et d’améliorer la vie quotidienne de son quartier. Les conseils de quartier sont concertés sur les grands projets d’aménagement urbain de la ville et les projets d’aménagements à l’échelle du quartier émanent directement de leurs avis. Ils peuvent également proposer des nouveaux projets.

Les gens impliqués dans ces conseils de quartier se sont engagés dans cette optique de participation citoyenne au niveau local. C’est notamment le cas de Joël Sérafini, président du conseil de quartier de Bellecour-Carnot (2ème arrondissement). « Je suis intéressé par la chose locale depuis longtemps. Je suis persuadé qu’on peut contribuer en donnant son avis, influencer et peser un petit peu sur les politiques publiques qui doivent être menées. »

De manière générale, la mairie d’arrondissement semble la plupart du temps être à l’écoute des propositions ou des remontrances des conseils de quartier. Stéphane Percio, président du conseil de quartier de Point du jour-Champvert-Jeunet dans le 5ème, est satisfait du travail effectué avec la mairie d’arrondissement. « Il y a des gens avec qui on peut échanger qui sont assez ouverts, des gens dans les services généraux qui nous accompagnent extrêmement bien. »

Un budget et un pouvoir insuffisants

En revanche, lorsque le projet en question est à l’échelle de la ville, les conseils de quartier ont plus de mal à se faire entendre ou à être pris en compte dans la réalisation : « Oui, on a déjà été invité à des réunions de la mairie et de la Métropole pour jouer les contrôleurs des travaux finis. », affirme Joël Sérafini.

Les présidents ou membres des commissions des conseils de quartier pointent aussi plusieurs dysfonctionnements. Tout d’abord, le carcan administratif fait que la prise de décision est souvent trop lente. Les APICQ (Appels à Projet en faveur des Initiatives des Conseils de Quartier) où l’on convoque un jury afin d’obtenir un financement sur un projet en sont le parfait exemple. « Il faut déposer des appels à projets à hauteur maximum de 5000 euros. On remue ciel et terre, on remplit un tas de paperasse, on réunit 15 personnes pour décider de quelque chose. », nous explique Marie Raynal, présidente du conseil de quartier Mutualité-Préfecture-Moncey (3ème).

Les conseils de quartier renvoient à une participation citoyenne de façade en raison d’un budget et des pouvoirs parfois jugés insuffisants. « Nous par exemple, on a 1400 € pour fonctionner. C’est de l’argent de poche. On ne peut pas faire grand chose. », se désole Marie Raynal. Christel Fauché, présidente du conseil de quartier de Laennec-Mermoz (8ème), ne pense pas renouveler son mandat car elle ne se sent pas utile. « La mairie voit ça comme une obligation et on sent que les seuls projets qui les intéressent sont ceux où il y a une petite fête à la fin. »

Ensuite, les conseils manquent de jeunes au dépend des personnes âgées qui ont plus de temps libre. Gilles Querrien, qui s’occupe de la commission carnaval et animation au conseil de quartier de Gerland (7ème), se démène afin de rajeunir le conseil. « Je suis en train de me bagarrer avec d’autres structures qui œuvrent pour faire des actions auprès d’associations et leur demander si il y a une possibilité de contacter des jeunes pour renouveler les conseils de quartier. »

Les autres initiatives citoyennes lyonnaises

Les Comités d’intérêts locaux (CIL) sont des associations de quartier portés par des habitants bénévoles qui veulent s’engager localement comme Guy Pellet, président du CIL Lyon-La Plaine-Sainte-Foy-Lès-Lyon. « Je voulais à travers cet engagement au niveau des CIL ne pas subir les décisions et être un acteur de notre vie locale. »

Les CIL font partie de l’Union des Comités d’intérêts locaux de la Métropole de Lyon (UCIL). L’UCIL regroupe une cinquantaine de CIL, ce qui fait environ 10 000 adhérents. C’est une vraie force de frappe qui confère aux CIL un pouvoir d’action comme la rappelle Marie-Claude Vial, la présidente du CIL Saxe-Brotteaux. « Avec l’UCIL, on pose des propositions, on est intervenu dans tous les grands débats, les plans d’urbanisme et des choses ont été retenues. »

La liberté d’action et un pouvoir juridique lié au statut d’association distingue les CIL des conseils de quartier. « On est dans une association car on est libre et la personnalité morale fait qu’on peut vraiment agir en justice au contraire des conseils de quartier. », détaille Évelyne Colombet, présidente du CIL de Vaise.

Enfin, on ne pouvait pas finir ce petit tour des initiatives politiques locales qui impliquent le citoyen sans parler de ces mouvements participatifs spontanés qui émanent directement du citoyen et qui ont fait parler d’eux médiatiquement en cette période électorale. Ils viennent souvent des réseaux sociaux, comme c’est le cas pour le mouvement Carré Nord Presqu’île institué par Carole Château. Elle a créé un compte Facebook et Twitter en janvier 2018 où elle postait ses agacements d’habitante et de commerçante. En août 2018, elle a transformé le compte en association pour atteindre 200 commerces adhérents en fin décembre 2019.

Carole Château s’est associée avec d’autres instances de participation citoyenne comme les conseils de quartier ou les CIL, avec qui elle partage « beaucoup de questionnements et de problématiques en commun. » Une bonne entente qui n’est pas le cas partout. Nathalie Balmat, présidente de la Guillotière en Colère, ne partage pas du tout la même vision que le conseil de quartier. «  Eux parlent compostage. Nous, on parle sécurité et prostitution. »

Devant les critiques d’une revendication outrancière, Nathalie Balmat assume complètement sa démarche. «  Il faut marquer les esprits et les résultats qu’on a en terme d’action et de visibilité prouvent qu’on a eu raison de faire comme ça. » Peut-être est-ce le chemin à suivre pour que les citoyens soient plus écoutés dans la sphère publique…