Mise en scène par Martin Kindermans, la pièce « Mécanique d’une famille » sera présentée au théâtre de L’Oriflamme à 17h35 entre le 4 et 25 juillet (relâches le 9, 16 et 23 juillet) avec les comédiens Valentine Daruty, Thomas de Fouchécour et Marion De Schrooder qui sauront jouer de leurs talents (humour, danse) pour animer la mise en scène. Les prix seront de 23€ pour le tarif plein et 16€ pour la carte Off. La pièce est pour tout public à partir de 12 ans.
Martin Kindermans revient au festival d’Avignon après son succès « Fille d’Ariane » en 2024-2025. Avec sa pièce « Mécanique d’une famille », le metteur en scène propose une histoire des enfants durant la dictature argentine par le souvenir de 2 femmes à qui on a remis en question leur sororité. À travers un flashback dans la période dictatoriale argentine, la pièce présente un témoignage sur les chocs familiaux et les conséquences dans ces relations.
« Mécanique d’une famille » est un projet dans la continuité de « Fille d’Ariane », explorant plus profondément les thèmes de l’ignorance et du mensonge. Basée sur les relations intra-familiales, la pièce s’inscrit dans le contexte historique argentin d’une volonté de dénonciation des crimes commis lors de la dictature militaire de 1976 à 1983, notamment concernant le vol de nouveaux-nés, élevés par des officiers. C’est justement ce qui arrive à Soledad, arrachée à sa famille dès sa naissance pour grandir auprès de Constanza et de son père officier, jouant un rôle paternel pour les deux filles tout en étant responsable de la mort des parents de Soledad.
Durant 1h10, la compagnie francilienne « Le petit manteau jaune », fondée en 2023, cherche à explorer des relations amicales et familiales face à des événements tragiques. L’équipe et les comédiens ont su trouver leur maîtrise de la complexité des relations humaines à travers leur premier projet « Fille d’Ariane », lauréat du prix du jury et public lors du Tremplin Cochet-Delavène en 2023.
Rencontre avec Martin Kindermans ( Metteur en scène de la pièce « Mécanique d’une famille »)
Lyon Bondy Blog : Est-ce que vous pouvez vous présenter et parler de votre parcours ?
Martin Kindermans : Je m’appelle Martin Kindermans et je suis metteur en scène. Je travaille avec la compagnie Le petit Manteau Jaune. C’est une compagnie francilienne qu’on a créée avec des camarades d’école de théâtre. On s’est rencontrés en école de théâtre. Moi, je suis formé en jeu, mise en scène et écriture au Cours Cochet-Delavène à Paris. En sortant d’école, on a créé cette compagnie autour d’un premier projet qui s’appelait Fille d’Ariane, qui a eu la chance de remporter le tremplin de la ville de Bois-Colombe, organisé en partenariat avec le cours.
C’est ça qui nous a permis de démarrer notre vie professionnelle d’artiste. Grâce à ce soutien, on a été accompagnés sur la création de ce premier projet qu’on a pu jouer à Avignon en 2024 et 2025 — et qui d’ailleurs retourne à Avignon cette année encore, en 2026.
Comme ça a plutôt bien fonctionné, qu’on avait de bons retours du public et qu’en termes d’équipe on avait trouvé un bon terrain de jeu artistique où on était tous à l’aise, on a commencé cette seconde pièce qui s’appelle Mécanique d’une famille, pour laquelle nous rejoint une nouvelle comédienne qui faisait déjà partie de notre promotion à l’école. Donc finalement, le cercle ne fait que s’agrandir, mais de façon cohérente.
La nouvelle pièce et le lien avec l’Argentine
Lyon Bondy Blog : Vous avez parlé de votre nouvelle pièce, Mécanique d’une famille, et vous avez décidé d’aborder la dictature argentine. Question simple : avez-vous un lien particulier avec ce pays ou avec cet événement ?
Martin Kindermans : Oui, alors moi je suis argentin. Ma mère est née à Buenos Aires. Elle est partie en 1979, donc trois ans après le coup d’État — elle a vécu les premières années de la dictature. Elle a des proches qui ont été victimes des sévices de la dictature.
C’est donc un sujet qui me parle profondément. On parle beaucoup des traumatismes intergénérationnels qui se transmettent. Je ne suis pas du tout un expert psychologue là-dessus, mais c’est sûr que ça a fait partie à la fois de ce qui a été dit et de ce qui n’a pas été dit — dans les façons d’appréhender le monde. Ça m’a été transmis tout au long de mon enfance.
Les thèmes récurrents : famille et liens humains
Lyon Bondy Blog : Avec Fille d’Ariane, qui a rencontré du succès au Festival d’Avignon, et maintenant Mécanique d’une famille, on retrouve des thèmes similaires autour des relations familiales et des parcours de vie. Qu’est-ce qui vous pousse à aborder ces sujets ?
Martin Kindermans : Il y a énormément de types de théâtre qui existent c’est un art extrêmement large. Ce qui me parle le plus, c’est le théâtre où on a des personnages qui suivent des évolutions, qui sont mis face à des dilemmes. Ce qui m’importe, c’est qu’on ait des personnages auxquels on peut s’attacher, avec lesquels on se projette.
Et ces liens humains sont d’autant plus forts quand ils se placent dans le cadre d’amitiés fortes ou de familles. C’est toujours intéressant de voir comment ces liens peuvent être mis à l’épreuve par tout type d’événements. Les événements sont très différents entre nos deux pièces, mais la thématique de la famille est bien présente comment ces liens, qui sont particuliers et forts, vont être mis à l’épreuve par les aléas de la vie.
Sources d’inspiration
Lyon Bondy Blog : Dans une interview pour J-Media, vous mentionniez être inspiré par la metteuse en scène Justine Heynemann. Avez-vous des sources d’inspiration en dehors du théâtre , le cinéma, la musique, le sport ?
Martin Kindermans : De ma modeste expérience, ça fait trois ans maintenant, plus on travaille, plus on affûte son regard sur tout. Quand je regarde des films, je fais attention à certaines choses. Par exemple, sur cette nouvelle pièce, au moment où on travaillait avec la costumière sur les costumes, je me suis retrouvé hyper attentif à tous les costumes — au théâtre, au cinéma, ou même lors de cérémonies. Ça peut aller jusqu’à un tapis rouge.
Donc oui, les inspirations sont multiples. Le théâtre m’inspire sur la forme. Mais notre œil est éveillé toute la vie. Quand on a une problématique particulière, on s’accroche à tout ce qui résonne avec elle, que ce soit dans le théâtre ou ailleurs.
La précarisation du spectacle vivant
Lyon Bondy Blog : Dans un contexte de précarisation du monde du spectacle vivant, comment envisagez-vous l’avenir et les enjeux du métier ?
Martin Kindermans : Cette compagnie, on l’a créée il y a trois ans. On sait qu’il y a une crise de la diffusion du spectacle vivant, mais on n’a pas connu l’âge d’or, pour peu qu’il y en ait eu un. On se construit dans ce contexte difficile, mais que je ne vis pas comme une crise parce que j’ai toujours connu que ça.
On essaye de faire deux choses : d’un côté, créer des choses dans lesquelles on se reconnaît artistiquement, défendre des idées qu’on a envie de défendre ; de l’autre, garder en tête que si on veut continuer à créer, nos spectacles doivent tourner et plaire au public. Ça veut dire avoir un double œil, trouver sa singularité tout en proposant des choses qui peuvent parler à d’autres.
Mais même sans crise, j’aurais envie que mon spectacle parle à d’autres gens, parce que c’est pour ça qu’on crée.
Bilan de la compagnie Le Petit Manteau Jaune
Lyon Bondy Blog : Pour finir, quel bilan faites-vous de ces années au sein de la compagnie Le Petit Manteau Jaune, fondée en 2023 ? Envisagez-vous de continuer avec les mêmes personnes ?
Martin Kindermans : Pour le moment, ça se passe très bien. On a de la chance, ce n’est pas le cas de tout le monde. On a de bons retours et, artistiquement, on a trouvé un terrain où on est tous à l’aise, ce qui est important, parce que dans ces métiers on met beaucoup de nous-mêmes.
Une journée de répétition est beaucoup plus intense qu’une journée dans un autre métier , on est plus vulnérable, en vigilance constante. On a besoin d’être dans un environnement particulièrement bienveillant. Au théâtre, on se met un peu tous à nu. C’est bien de trouver ce qu’on appelle les familles artistiques ,des gens avec lesquels on parle le même langage, où on se sent libre de créer et de proposer.
Aujourd’hui, l’équipe fonctionne bien. Tant que ça fonctionne bien, je ne vois pas de raison d’arrêter.





