Logement : Occupation de l’école Anne Frank en soutien à l’expulsion d’une famille

Expulsée de son logement, une famille de 4 enfants (3,6,9 et 12 ans) est hébergée dans une école de Vaulx-en-Velin, l’école Anne Frank. Elle est justement occupée depuis mardi 26 mai par le collectif lyonnais « Jamais Sans Toit » qui réclame une solution d’hébergement d’urgence à la préfecture du Rhône et qui reste sans réponse.

Le collectif explique qu’après l’expulsion de la famille il y a 3 semaines, des parents d’élèves, des enseignants et des habitants du quartier s’étaient cotisés pour financer dix jours d’hébergement à l’hôtel via des cagnottes organisées au cours du mois de mai. Toutefois, cette solution ne pouvait qu’être provisoire. D’après le collectif de soutien aux enfants scolarisés sans logement Jamais Sans Toit, à la suite de plusieurs appels au 115, la famille n’a reçu aucune solution d’hébergement d’urgence jusqu’à présent.

Cette situation n’est pas un cas isolé à Vaulx-en-Velin puisqu’une autre famille est touchée par une expulsion, toujours liée au même bailleur, Lyon Métropole Habitat.

Une situation révélatrice d’une crise du logement alarmante dans la métropole lyonnaise

Ainsi, dans une prise de parole le 30 mars, Jamais Sans Toit rappelait que depuis le 9 janvier 2026, « 72 enfants vivent […] dans une école désaffectée du parc Blandan ». Le collectif alerte sur la situation de grande précarité chez certain.es élèves à Lyon.  Jamais Sans Toit a recensé 373 enfants sans toit dans la métropole. C’est une augmentation de 40 % par rapport à 2022. Selon la Fondation pour le Logement, 22 500 personnes sont privées de logement dans la Métropole de Lyon en 2025. « Nous observons depuis plusieurs années (…) que l’endettement des ménages modestes n’est plus accidentel.

Face à l’augmentation des coûts des loyers et des charges, les difficultés des ménages sont de plus en plus récurrentes. » témoigne Vanessa Brossard, directrice de l’agence de la Fondation en Auvergne-Rhône-Alpes. Pour rappel, selon l’Unicef, en 2024, 31 enfants sont morts dans la rue en France.

Des solutions à cette crise généralisée 

À Lyon, lors de la campagne pour les élections municipales, la candidate soutenue par le Parti radical de gauche (PRG) Nathalie Perrin-Gilbert et La France insoumise (LFI),  a fait en cheval de bataille de se concentrer sur le patrimoine municipal vacant.  Cette dernière a également proposé de réquisitionner les logements vacants des «multi-propriétaires possédant plus de cinq logements». Une mesure qui passera d’abord par des «conventionnements volontaires», reposant sur un accord temporaire avec le propriétaire. Des mesures similaires ont vu le jour à Villeurbanne ou à Lyon avec l’entreprise immobilière Vinci.

« Jamais Sans Toit » pousse fermement pour une réquisition des logements par l’État. Selon l’ordonnance de 1945, celui-ci peut réquisitionner provisoirement des logements vides depuis au moins 6 mois. La réquisition est une mesure temporaire de 5 à 12 ans avec une indemnisation du propriétaire. 

L’association exhorte la préfecture du Rhône à prendre ses responsabilités. En effet, elle mentionne que selon le code de l’action sociale et des familles, « toute personne en situation de détresse a accès, à tout moment, à un hébergement d’urgence », indépendamment de sa situation administrative. Elle s’appuie aussi sur la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), ratifiée par la France. L’article 27 prévoit que « L’État doit aider les parents à assurer des conditions de vie suffisantes pour l’enfant, notamment en matière de logement ».

« On a besoin de mairies courageuses »

Face à l’absence de réaction de la préfecture, le collectif cherche à mobiliser les mairies progressistes qui se réclament de gauche pour réagir face à la gravité de la situation. En effet, comme l’explique Pierre Delivet, membre du collectif Jamais Sans Toit, « on a besoin de mairies courageuses». Pierre Delivet rappelle que la mairie est en capacité de mettre à disposition des logements dont elle est propriétaire. Également, dans le cadre de ses pouvoirs de police, la mairie peut réquisitionner des logements pour des raisons de trouble à l’ordre public. C’est pour cette raison que le collectif milite pour une reconnaissance du sans-abrisme et du mal-logement comme d’un trouble à l’ordre public.

Fin avril, le collectif avait rencontré la nouvelle mairie élue de Vaulx-en-Velin pour un audit permettant de dresser un état des lieux sur les enjeux liés au logement. La mairie insoumise avait fait bonne impression auprès du collectif, s’engageant à ne plus appeler la police lors des occupations. Cette pratique avait lieu régulièrement sous la mandature socialiste de Hélène Geoffroy qui avait pu ébranler les membres de l’occupation.

Toutefois, la situation de cette famille de Vaulx-en-Velin reste grave et préoccupante puisqu’elle s’accompagne de situations similaires pour d’autres familles, toujours en attente d’une prise de responsabilité du pouvoir public.

COMMUNIQUÉ DE LA MAIRIE DE VAULX-EN-VELIN :

La municipalité tient tout d’abord à souligner qu’elle est pleinement consciente de la difficulté de la situation vécue par cette famille, et partage les préoccupations exprimées par le collectif mobilisé à ses côtés. La solution d’accueil temporaire actuellement mise en œuvre ne saurait être considérée comme satisfaisante : une école en fonctionnement n’a pas vocation à devenir un lieu d’hébergement d’urgence, ni à se substituer à des solutions de logement dignes et pérennes. 

Dans ce contexte, la Ville prend acte que l’école Anne Frank subit une occupation. De ce fait, elle suit la situation avec une grande attention et vigilance. Notamment pour que le quotidien des élèves et les conditions d’apprentissage ne soient pas perturbés. Elle sollicite évidemment les services de la préfecture, compétents en matière de prise en charge des personnes sans solution de logement, pour qu’ils se mobilisent sans délai en vue de proposer une mise à l’abri efficiente.

Il est à noter qu’à ce jour, aucun logement d’urgence relevant du parc municipal n’est disponible pour accueillir cette famille. Ces dispositifs transitoires rares et fortement demandés doivent déjà faire face à des listes d’attente conséquences.  

La municipalité rappelle par ailleurs que les collectivités locales ne peuvent, à elles seules, répondre à l’ensemble des besoins liés à la crise du logement et aux insuffisances des dispositifs existants qui relèvent de l’Etat. 

Cette situation met en lumière l’aggravation et l’extension de la précarité dans notre pays, les difficultés structurelles d’accès au logement qui s’en suivent ; et, bien sûr, la pénurie de logements sociaux dans un contexte de brutalité économique. Le tout appelle un renforcement des moyens consacrés à ces politiques publiques, afin d’éviter que des familles ne se retrouvent dans des situations inextricables.

Parallèlement, la Ville poursuit son engagement en faveur d’un habitat digne et accessible à tous. Elle travaille notamment à renforcer ses actions de lutte contre l’habitat indigne et les logements insalubres, avec la création prochaine d’une « brigade » dédiée. 

Au-delà de l’urgence, la municipalité estime nécessaire d’engager une réflexion collective sur l’anticipation de ces situations. Prévenir vaudrait mieux que réparer. 

Comme l’énonce Houria Lagoune, adjointe déléguée à l’Action Sociale : 
« Il est indispensable d’arriver à mieux comprendre pourquoi personne ne tire la sonnette d’alarme suffisamment tôt concernant les situations d’expulsion. Pourtant, des réunions régulières ont lieu entre les bailleurs, la MDM et le CCAS. Il est donc légitime de s’interroger sur les raisons pour lesquelles il n’y a pas davantage d’anticipation face à ces situations qui finissent par devenir des urgences sociales. Une meilleure coordination et un repérage plus précoce des difficultés permettraient sans doute d’agir en amont et d’éviter que certaines familles ne se retrouvent dans des situations aussi critiques.»

Tout en restant en lien avec l’ensemble des partenaires concernés, la mairie s’engage à suivre la situation de cette famille pour s’assurer qu’elle a connaissance des dispositifs d’accompagnement et de soutien auxquels elle est éligible. Et à lancer un travail de fond afin d’améliorer en amont, ce qui peut l’être pour que de telles situations se règlent préventivement.

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