Il fallait s’y attendre. Avec la montée des températures, tout finit par se dilater en France : le bitume, les cerveaux… et désormais les ambitions présidentielles. Depuis quelques semaines, le thermomètre frôle les 35 degrés tandis que le compteur des candidatures, lui, atteint des niveaux encore jamais observés à un an des présidentielles (plus de vingt).
Alors que la course à la présidentielle de 2027 commence déjà à s’animer, les candidatures, les ambitions et les signaux de fumée se multiplient à droite comme à gauche. Le phénomène n’a rien de totalement inédit, mais il prend cette fois une ampleur particulière : chacun semble vouloir se positionner tôt, comme si l’anticipation était devenue la première condition de l’existence politique.
À droite, plusieurs noms s’imposent déjà dans le débat
Édouard Philippe continue d’occuper l’espace public avec l’image d’un ancien Premier ministre en réserve active. Il a déclaré il y a cinq jours sur France Inter vouloir aller au bout de sa campagne, même en cas de mise en examen dans le cadre de l’enquête sur les faits présumés de détournement de fonds publics au Havre. Décidément, le soleil du mois de mai ne fait pas que gonfler les français, il fait aussi enfler les chevilles du candidat Horizons.
David Lisnard, sur la ligne de départ de son troisième mandat municipal à Cannes, s’est déclaré candidat le 1er avril dernier, quittant LR (Les Républicains) pour fonder son propre parti (Nouvelle Énergie), dont le nom paraît effectivement digne d’un poisson d’avril. Il incarne une droite locale, gestionnaire, qui regarde de plus en plus ouvertement vers l’échéance nationale.
Gabriel Attal décide quant à lui de faire son premier meeting de campagne à l’abri des fortes chaleurs mais sans doute également à l’abri des spectateurs, choisissant de le programmer à quelques heures de la finale de la Ligue des Champions. L’ancien premier ministre cherche à se détacher de son image de « mini Macron », prévoyant des mesures plus que similaires en ce qui concerne les retraites, le pouvoir d’achat, l’éducation, la laïcité… la différence se creuse en revanche sur leur parcours scolaire: l’un est passé par Henri IV tandis que l’autre était scolarisé à l’Alsacienne !
Bruno Retailleau, déçu de l’ère Lecornu I et fier président du parti Les Républicains depuis 2025, vise également la présidence en 2027. Il a été choisi selon la procédure de la merveilleuse Constitution du parti, dont l’article 21 dispose que les adhérents du mouvement procèdent via un vote à la désignation du candidat aux présidentielles. Son nom a atteint 73,8% des suffrages, tandis que 12,2% étaient pour l’organisation d’une primaire ouverte, et 14% pour l’organisation d’une primaire réservée aux sympathisants. À cela s’ajoute la persistance de figures comme Nicolas Dupont-Aignan, dont la candidature relève presque de l’habitude politique, à croire que la France n’est debout qu’un mois tous les cinq ans.
À l’extrême droite, l’attente est longue pour le dauphin du RN, qui se prépare à l’éventualité d’une candidature en attendant la décision de la Cour d’appel de Paris quant à l’éligibilité de Marine Le Pen prévue le 7 juillet prochain. En attendant, il place ses pions sur la scène médiatique, privilégiant Paris Match et Closer pour leur portraits d’un homme engagé pour la France mais surtout au service d’une princesse accumulant les noms de famille.
Le camp conservateur donne ainsi l’image d’un vivier d’ambitions plus vaste que sa capacité réelle de rassemblement.
À gauche, la situation n’est pas plus lisible
François Ruffin, après la publication de ses innombrables oeuvres éponymes, s’est installé comme l’un des candidats les plus identifiables à la primaire de gauche, concurrençant Clémentine Autain, sa collègue de l’Après. Les deux anciens insoumis espèrent gagner le soutien du Parti Socialiste et des Écologistes en cas de victoire.
Cependant, cette primaire semble battre de l’aile, poussant la candidate écologiste Marine Tondelier, à l’origine en faveur d’une primaire, à se diriger vers une candidature autonome, à l’image de ce qu’elle a toujours su faire à Hénin Beaumont contre son homonyme d’extrême droite. Francois Hollande a quant à lui décidé d’annoncer en avance qu’il déclarera une potentielle candidature en décembre. C’est vrai que les Flanby fondent au soleil, il vaut mieux se garder pour l’hiver.
À Place Publique, bien qu’il n’ait pas encore officiellement déclaré sa candidature, Raphaël Glucksmann dit vouloir « plier de nouveau» Jean-Luc Mélenchon, faisant référence à « la dernière fois qu’il y a eu une confrontation avec la France insoumise dans une élection nationale » (14% des suffrages aux Européennes, les 8-9 juin 2024). Mais un mois plus tard, le 7 juillet 2024 aux élections législatives, c’est un seul siège sur 577 qu’il a réussi à déplier (Aurélien Rousseau, élu dans la 7e circonscription des Yvelines). Les restes du Nouveau Front Populaire auront tout de même servi au parti, depuis rattaché au groupe Socialistes et apparentés au sein de l’hémicycle. Glucksmann veut « plier » Mélenchon… comme si la politique était un duel de philosophes, et non une bataille de coalitions.
Cette tentation se retrouve également chez le candidat de la France Insoumise, annoncé le 3 mai dernier et dont le nom est inédit: Jean-Luc Mélenchon, qui a d’ailleurs manqué d’annoncer sa candidature aux quatre prochaines présidentielles. Il s’échauffe, et ce avant la Coupe du Monde, pour une chambre haute qu’il présente presque comme un objectif de rechange, preuve qu’en politique, certains ne quittent jamais vraiment la campagne.
Du côté de l’extrême gauche, Nathalie Arthaud est elle aussi toujours candidate, comme elle l’a été en 2012, 2018, et 2022, et souhaite toujours « renverser le capitalisme ». Arthaud est lisible, prévisible, cohérente : une vertu à gauche, une malédiction en politique. Elle ne trahit jamais sa ligne, c’est vrai. Mais elle ne la fait jamais avancer non plus, là où Philippe Poutou a davantage brouillé les repères de l’extrême gauche, au point d’avoir parfois semblé s’éloigner de la ligne attendue par son camp.
Au fond, la question n’est plus seulement de savoir qui sera candidat, mais qui parviendra à transformer une ambition individuelle en dynamique collective. Car en l’état, la présidentielle ressemble moins à une clarification qu’à une dispersion. Et à force de vouloir tous exister en même temps, beaucoup risquent de ne plus vraiment peser.





