Du 12 juin 2026 au 2 janvier 2028, le Musée des Confluences présente les cinq voyages en Corée du Nord du photographe français Stephan Gladieu.
C’est la quatrième fois que le musée lyonnais fait une exposition photo. Si les expositions éphémères durent qu’habituellement quelque mois, c’est la première fois qu’une exposition éphémère dure aussi longtemps. La mise en place d’une salle spéciale met en valeur le travail hors norme d’un artiste qui s’est rendu plusieurs fois dans un des pays les plus inaccessibles. Les futur.es visiteur.ices auront donc le temps d’admirer cette exposition originale d’un photographe qui l’est tout autant.
La Scénographie et le parcours
L’exposition s’ouvre sur un agrandissement de Pyongyang qui donne immédiatement le ton : la capitale nord-coréenne se déploie dans des teintes pastel, noyée dans une brume diffuse, à la fois familière et inaccessible. La scénographie prolonge cette impression en s’inspirant directement de l’architecture socialiste de la ville : disposition des cimaises, verticalité, répétition des façades et palette chromatique font écho aux choix esthétiques de Stéphan Gladieu.

Sur les murs périphériques, vingt-neuf tirages 80 × 100 cm s’enchaînent en accrochage linéaire. Au centre de l’espace, huit dispositifs recto-verso accueillent des portraits de grand format (120 × 150 cm). Face à l’objectif, les sujets s’offrent au regard à échelle humaine, au revers, le dispositif devient sonore. Ainsi, le photographe y prend la parole pour raconter les coulisses de chaque prise de vue. À mi-parcours, une interview de Gladieu replace le projet dans son contexte et éclaire sa démarche.
Un photographe à la recherche de « nouvelles clôtures à sauter »
Stephan Gladieu est un spécialiste des zones inaccessibles. Il a été pendant de nombreuses années reporter dans des zones guerres comme au Kossovo, ou en Irak. Mais il s’est aussi immiscé dans des sociétés secrètes comme le Ku Klux Kan. Il aime entrer dans des endroits difficiles. Il explique c’est son côté rebelle qui le pousse à tâter les limites. En les poussant, le photographe permet de s’immiscer dans des endroits souvent en autarcie et d’illustrer ce que ça imprime sur les individus.
Ainsi, il perçoit sur les individus une profondeur spirituelle, politique, mais aussi narcissique différentes. À l’aide de ses expériences avec les dictatures, il constate qu’elles reposent sur un paradoxe « comme un serial killer », un renfermement sur soi, mais aussi des fantasmes qui en émane. La Corée du Nord, autarcique et fantasmée, devient alors une destination idéale. C’est au bout de 15 ans de négociation qu’il arrive à 18 h 45 à Pyongyang en 2017.
« De la photo de studio, mais dans la rue ».
C’est comme ça que Stephan Gladieu décrit sa méthode de travail. Armée de son appareil photo et de plusieurs flashs portatifs (2 à 5), il réutilise les méthodes et les codes de la photographie studio mais pour la rue. Le flash lui sert à « garder le contrôle », lorsqu’il décide de les poser, c’est le moment de lui et de son appareil. Des photos où l’on a parfois l’impression de se trouver dans un décor monté de toute pièce.

Mais à la différence du studio, il « montre ce qu’on me donne à voir ». En effet, durant ses périples, Stephan Gladieu ne pouvait pas se balader dans la rue en totale autonomie. Le photographe a été accompagné durant ses cinq voyages de deux guides touristiques : Jong et Ri. Son objectif, créer un espace de liberté dans la contrainte qu’on lui donne à voir. Mais pour lui, « s’il n’y a pas de contrainte, il n’y a pas de liberté ». Ce manque de manœuvre est utilisé à des fins artistiques, en reprenant les codes de la propagande nord-coréenne. Il utilise ce qu’on lui impose afin d’en faire son art.
Mettre un visage sur les nord-coréens
Stephan Gladieu ne veut pas faire le portrait habituel que l’on trace de la Corée du Nord. Il ne cherche pas à montrer la brutalité du régime, la dictature ou la censure, mais « mettre un visage sur des gens à qui on n’en donne pas ». Des personnes autant invisibilisées par le régime que par les occidentaux. Ses photos sont comme des miroirs de la population qu’il rencontre pour mieux la comprendre. Les sujets se tiennent droits, face à l’appareil. Gladieu est réellement en face de ses sujets. Ce sont des images « iconiques » grâce à ces icônes qui nous apporte de manière pictural assez lisible ne dépassant pas plus de trois couleurs.

Mais parfois le manque de références communes posent des limites au partage. Quand le photographe se rend dans un stand de tir et qu’il prend en photo deux femmes pistolets à la mains, on y voit des « James Bond Girls ». Mais l’isolement avec la culture occidentale empêche ce partage de références communes.

Une exposition mêlant le documentaire et la fiction
Cette exposition qui dure presque deux ans questionne notre rapport à la vérité et aux stéréotypes que l’on peut projeter sur l’inconnue. Mais en nous montrant des femmes et des hommes au champs, chez l’ophtalmologue, au zoo ou encore au supermarché, Stephan Gladieu nous montre un quotidien que l’on partage avec des personnes souvent privées de visage.

L’exposition est à découvrir du 12 juin 2026 au 2 janvier 2028 au Musée des Confluences.
Photographies © Stéphan Gladieu / Courtesy School Gallery Paris





