Avec la crise sanitaire, les gouvernants ont semblé réaliser la situation précaire dans laquelle se trouvait une partie de la jeunesse. Garantie jeûnes, repas à un euro, chèques psy, les aides mises en place semblent insuffisantes. L’extension du RSA aux 18-25 ans est-elle une solution viable ?

Ce lundi 25 janvier, les écologistes présentaient le plan d’investissement (PPI) du mandat 2021/2026. Dans un contexte extrêmement difficile pour la jeunesse et après l’annonce de plusieurs mesures pour lutter contre la précarité des étudiants au niveau national, le budget à destination des jeunes a été particulièrement scruté par l’opposition. Le rapport annuel d’Oxfam intitulé “Le virus des inégalitéspointe du doigt, de façon nationale, une augmentation de plus de 50% du taux de pauvreté des 18/29 ans entre 2002 et 2018. Résultat, les groupes d’oppositions jugent le budget peu ambitieux et trop vague. Le groupe Progressistes et Républicains présidé par David Kimelfeld, ex-président de la métropole, annonce “prendre acte” de l’expérimentation du RSA jeune initiée par les écologistes mais s’interroge sur “le nombre de bénéficiaires ciblés”.

Severine Hémain, 16ème Vice-Présidente de la Métropole de Lyon, responsable des politiques d’insertion revient sur cette expérimentation pour le LBB 

L’exécutif métropolitain a été critiqué suite à la présentation du PPI, notamment sur la question des jeunes. Où en êtes-vous concrètement ?

Pour l’instant c’est de l’expérimentation, les premiers versements devraient arriver début juin et ils concerneraient environ 2000 jeunes. C’est difficile de voir précisément combien de jeunes ont besoin de ces aides, c’est tout un travail et on n’aura sans doute pas encore 2000 jeunes au 1er juin.

Sur quels critères ont été choisis les jeunes concernés par l’expérimentation ?

Ils doivent être âgés de 18 à 25 ans. Ensuite ils doivent être en situation régulière sur le territoire français, être présents depuis plus de six mois sur la Métropole de Lyon et avoir des ressources de moins de 400 euros. Le jeune doit également être sorti du système éducatif, donc cela ne concerne pas les étudiants.

L’idée est ensuite d’élargir l’aide à un maximum de jeunes ?

Il faut bien voir que le revenu solidarité jeune [RSJ, équivalent du RSA jeunes] n’est pas une finalité en soi, c’est-à-dire que l’idée est que cette aide soit vraiment un filet de sécurité. Ça ne concerne pas les personnes qui bénéficient de la garantie jeune ou d’autres aides. Il s’agit en fait du dernier filet. L’objectif est également d’aider le jeune à se réinsérer pour peut-être revenir sur une aide de droit commun, comme la garantie jeune.

On vous reproche de faire de la concurrence à l’Etat, quelle est votre position sur ce sujet ?

Les aides annoncées par l’Etat sont conjoncturelles, de notre côté cela fait longtemps que l’on travaille sur le RSJ, ce n’est pas lié à la crise. Il s’agissait d’une promesse de campagne qui était inscrite dans nos projets. On se positionne dans les interstices, on ne veut pas faire de concurrence à la garantie jeune par exemple. On pense que la garantie jeune, malheureusement, ne règle pas tous les problèmes.

 

Le RSJ, un outil de lutte contre la pauvreté

Séverine Hémain rappelle donc que le RSJ mis en place dans la métropole lyonnaise n’a pas pour but d’entrer en concurrence avec les aides de l’Etat. Mais pour qu’il y ait concurrence, il doit y avoir un adversaire. Hors, alors que tous les partis politiques semblent favorables à l’établissement d’un RSJ, le gouvernement et notamment son ministre de l’économie Bruno Lemaire s’y opposent fermement. Sacha Benhamou, coordinateur régional des Jeunes avec Macron juge le RSA “défaillant”, notamment dans sa mission d’incitation au retour à l’emploi. Mais pour Oxfam, il ne s’agit pas d’emploi ou d’éducation mais bien de survie : “Avec le RSA, on sauve les plus vulnérable qui n’ont rien d’autre” insiste Quentin Parrinello qui ajoute que “conditionner le niveau de vie des jeunes à un emploi, en cette période c’est incongru pour rester poli”. 

En Europe, la France fait partie de la petite minorité de pays qui n’ont pas encore de revenu minimum pour les 18-25 ans. « Étendre le RSA aux jeunes, c’est la formule la plus simple, on ne se pose pas de question. Si telle personne touche trop peu, on lui donne l’aide”. Mais cette perspective ne séduit pas tout le monde, une des problématiques régulièrement soulevée étant la de-responsabilisation. 

Un RSJ qui encouragerait le décrochage

Sacha Benhamou reconnaît que “le RSA est une allocation utile, on ne peut pas la retirer à ceux qui la touchent aujourd’hui”. Mais ce qui tracasse les “anti-RSJ”, c’est une potentielle incompatibilité entre une telle allocation et un retour à l’emploi ou la formation. Le coordinateur régional des Jeunes avec Macron explique que “les aides financières doivent-être accompagnées d’un dispositif. Ces jeunes ont besoin de plus qu’un accompagnement financier car beaucoup d’entre eux se laissent aller. Notre système est basé sur le fait que lorsque la société te donne, tu rends ensuite, le risque c’est de se retrouver avec une génération que l’on aura nourrie mais qui ne travaillera pas”. Mais pour Oxfam, “dans les pays qui ont mis en place le RSJ, il n’y a aucune preuve de corrélation entre cette aide et un taux de chômage plus élevé chez les jeunes. Il n’y a qu’en France que l’on a ce genre de débats”. 

Des alternatives plausibles ?

Le 25 janvier, dans un entretien accordé au journal Le Monde, Stanislas Guerini, le chef de file de la République en marche proposait un “Capital jeune”. En clair, un prêt de 10 000 euros à destination des jeunes pour se lancer dans des études où, comme on l’appelle dans le milieu, dans “une aventure entrepreneuriale ». Le prêt serait remboursable sur trente ans à taux zéro et à une condition : gagner au moins 1 800 euros brut par mois. Une proposition intéressante qui permettrait à plus de jeunes de faire des études selon Sacha Benhamou, coordinateur des Jeunes avec Macron en Auvergne-Rhône-Alpes : “C’est responsabilisant, tu peux te lancer dans un projet et ça ne mettra personne en difficulté. On a calculé sur 30 ans, ça fait 27 euros par mois. Je pense que les gens qui sont contre le sont par idéologie”. Il est possible que par idéologie, certains ne souhaitent pas engager les jeunes dans des prêts, si facilement remboursables soient-ils. Mais ici, le capital jeune semble être une proposition de long terme et une fois de plus la majorité “se contorsionne pour éviter la question du RSA jeunes. Quand on demande le RSA, on ne parle pas de long terme, c’est pour répondre à la pauvreté, point” affirme Quentin Parrinello d’Oxfam. 

La Garantie jeunes est un outil cohérent et qui semble être efficace, mais “si il y a autant de jeunes aux restaurants du coeur, au secours populaire, c’est parce que les jeunes en situation de pauvreté n’ont pas de filet de sécurité assez solide” insiste Quentin Parrinello. C’est précisément à cette situation de détresse que toutes les aides incitatives – enthousiasmantes au demeurant – ne répondent pas.