La plupart des universités étant fermées, les étudiants se retrouvent dans des positions délicates et beaucoup estiment que la crise sanitaire a aggravé leur mal-logement. Mathias, membre du syndicat étudiant Solidaires-Lyon revient sur leur difficulté à se loger. 

Le bâtiment du Crous à Lyon 7e / Source : Google Maps

 

Une étude menée par LocService a mis en lumière le budget logement moyen des étudiants à Lyon : 627 euros. Un chiffre bien plus élevé que la moyenne provinciale s’élevant à 518 euros. Selon l’enquête de l’Observatoire national de la vie étudiante menée en 2016, seulement 12,2% des étudiants vivent en résidence universitaire et peuvent donc avoir accès à un logement à moindre prix. Les loyers ne cessent d’augmenter puisqu’aucune réglementation n’a été mise en place, tandis que les APL sont à la baisse et que les bourses ne suffisent pas à couvrir toutes les dépenses.

 

Les étudiants étrangers, premières victimes du mal-logement

En ayant un budget suffisant, trouver un logement s’avère tout de même être une difficulté majeure pour de nombreux étudiants, surtout pour les étrangers. Beaucoup d’entre eux déplorent ne pas pouvoir se loger car les agences ne veulent rarement prendre en compte des garants étrangers. L’Etat a pourtant mis en place une procédure pour se porter garant de certains élèves, mais les étudiants étrangers ne sont jamais prioritaires. Mathias évoque ainsi le cas d’une étudiante algérienne : Elle avait pourtant un budget de 400 euros pour se loger, mais son dossier n’était jamais accepté. Elle a dormi dans un hall d’immeuble pendant un mois à la rentrée des cours. Elle a fini par trouver un squat à Saint Etienne pour dormir alors qu’elle étudiait à Lyon, dans un endroit où il n’y avait pas d’eau chaude et où déjà deux familles logeaient. C’était l’enfer. ”

 

L’insalubrité, le problème récurrent des résidences étudiantes

Le problème d’insalubrité des logements est un écho fréquent chez les locataires précaires. C’est le cas de la résidence étudiante Mermoz à Lyon, d’une capacité d’accueil de 600 personnes. Des résidents se sont plaint pendant des années et ont livré des témoignages glaçants. Entre cafards, punaises de lit, eau jaunâtre et système électrique défaillant, les conditions de vie étaient jugées intolérables. Certains ont été contraints de passer le premier confinement au “cœur de ce cauchemar”, dans leur chambre de 9m². La démolition de la résidence, initialement prévue en 2022, a finalement été avancée en août 2020. Une décision bénéfique pour les futurs étudiants, mais qui n’a pas été assez planifiée selon Mathias : “La résidence a été détruite mais sans réfléchir au relogement des étudiants dans l’immédiat. On se retrouve donc avec un déficit de logement à Lyon. Normalement on ne démolit pas avant d’avoir prévu autre chose, c’est plutôt l’inverse.”

La situation est aggravée par le manque de clarté du gouvernement. Les universités étant pour la plupart fermées, certains étudiants ont préféré rentrer chez leurs parents. Garder un logement alors que les cours sont à distance semble dérisoire. Lors du premier confinement, le CROUS a permis l’exonération du loyer si les logements n’étaient pas occupés et a facilité le préavis en le raccourcissant à 72h. Ces mesures n’ont malheureusement pas été possibles pour le second car les décisions gouvernementales étaient plus instables : “Il y a eu un vent de panique lorsque les facs ont failli rouvrir. Toutes les hésitations du gouvernement et des universités ont des conséquences. Les étudiants ne savaient pas s’ils devaient partir ou rester. La situation est particulièrement alarmante.” regrette Mathias. 

 

Les alternatives aux résidences étudiantes

Outre les résidences étudiantes, la colocation est parfois une solution économique. Ce n’est cependant pas une option facile à mettre en place lorsqu’un étudiant arrive dans une ville où il ne connaît personne. Les régies font peu de baux de colocation autre que solidaire. Or, il est difficile de s’engager dans ce genre de bail avec des inconnus. Les étudiants pourraient également prétendre à des logements sociaux mais peu en sont informés. Les syndicats aident les étudiants dans cette démarche s’avérant laborieuse selon Mathias : “J’étais venu à un rendez-vous avec une assistante sociale pour un étudiant. Déjà, il est nécessaire d’arriver deux heures en avance car il y a la queue. Ils ne prennent que 4 ou 5 nouveaux dossiers par permanence. Il faut venir avec un dossier complet, mais c’est quoi un dossier complet exactement ? J’ai beau penser à tout, il manque toujours des pièces.”

 

La précarité étudiante inquiète toujours plus et semble avoir atteint son paroxysme. Des pétitions circulent afin de mettre en œuvre des mesures améliorant le bien-être psychologique des étudiants. En espérant que la sonnette d’alarme a retenti pour de bon et que la situation tendra enfin à progresser.