Entre spectacles « nomades » et  podcasts, le théâtre du Point du jour n’est pas à court d’alternatives face à la pandémie. 

Un théâtre sans public, les Marthes en résidence au Point du jour du 2 au 9 janvier. / Source : Bertrand Gaudillère

Le 14 janvier dernier, Roselyne Bachelot refroidissait les ardeurs de la sphère culturelle :  “La situation sanitaire est trop instable pour envisager une date ferme de réouverture ». Même s’ils n’ont pas accueilli de public depuis le 30 octobre 2020, certains théâtres ne manquent pas d’imagination afin de rester attractifs. 

Le Point du jour est un bel exemple d’adaptation. Ce théâtre a continué à créer, à accueillir des compagnies en résidence pour leur permettre de réaliser leurs projets. Le fil conducteur de cette structure, selon le co-directeur Eric Massé, est la volonté de “faire société et parler de la société avec des problématiques d’actualité. Dans le processus de création, les artistes partent de faits divers, vont contacter des spécialistes, experts et personnes engagées dans des problématiques sociétales, tout dépend du sujet du projet. Ensuite, dans la restitution elle-même, il y a des formes assez ouvertes : du théâtre politique en passant par des formes très poétiques. La forme du résultat ne conditionne pas une esthétique mais plutôt un processus de création.” 

Le théâtre s’exporte hors des murs 

Le Point du Jour continue d’être actif à travers des projets “nomades” dans le 5e arrondissement de Lyon. Le théâtre peut notamment compter sur l’accueil d’une vingtaine de partenaires extérieurs au monde culturel. Angélique Clairant, comédienne, metteur en scène et codirectrice du Point du jour, a ainsi eu l’opportunité de travailler sur diverses créations récemment : “J’ai pu être en résidence dans nos lycées partenaires et jouer devant un public scolaire. J’ai mené la présentation de TUPP’ au lycée Saint Just en français parlé et en langue des signes (LSF). J’ai aussi continué à mener des ateliers auprès du service famille du centre social de Champvert. Je faisais un atelier théâtre avec les mamans, pendant que les équipes du centre gardaient leurs enfants.” 

Un autre projet a vu le jour en janvier : “Grand reporTERRE #2”. Deux fois par saison, des journalistes et artistes questionnent un sujet d’actualité au prisme du théâtre. Pour cette édition en collaboration avec Eric Massé, le collectif Marthe a travaillé avec la journaliste Claire Richard autour du cyber-féminisme. L’objectif est de mettre en lumière la manière dont “les femmes se réapproprient leurs identités virtuelles et parviennent à créer des espaces de résistance en déjouant les logiques capitalistes du net”. Cette pièce a eu la chance d’être jouée sur scène : “On a pu faire une présentation devant les professionnels et devant la presse. On avait installé le public selon les restrictions sanitaires qui sont appliquées dans les lieux de culte car nous n’avons pas de consignes dans les lieux culturels. On a donc laissé deux places entre chaque groupe de personnes”, commente la co-directrice. 

Les locaux du théâtre du Point du jour. / Source : Google maps

L’alternative numérique des théâtres face aux contraintes sanitaires

Pour pallier le manque de représentation scénique, le milieu de la culture s’est massivement tourné vers le numérique depuis le début de la crise. Le théâtre du Point du jour n’a pas souhaité opter pour la diffusion de spectacle entier en streaming. C’est ce qu’explique Eric Massé : “Nous sommes contre ce qui peut se passer dans certains théâtres de proposer une vidéo du spectacle, car le spectacle vivant est fait pour être partagé en salle. Nous, on essaye plutôt de diffuser des objets intermédiaires.” Ceux-ci peuvent se présenter sous différentes formes, comme le podcast, en vogue depuis le confinement. Avec l’aide de Claire Richard, journaliste sur Arte Radio, l’équipe artistique de “Grand reporTERRE” a ainsi choisi d’utiliser ce format afin de partager l’œuvre  au public. Pour son projet TUPP, Angélique Clairant a en revanche opté pour un teaser sur les coulisses du spectacle, soutenu par la ville de Lyon. Ce dernier montre la création de cette œuvre en LSF, et permet au public d’observer la manière dont les maisons continuent à vivre pendant la fermeture. 

Pour répertorier tous ces “objets intermédiaires”, le théâtre du Point du jour avait créé la newsletter “Confin’&créative” dès le premier confinement, saluée par l’UNESCO. “Le principe c’est que les artistes proposent toutes sortes de liens vers leur travail, souligne Eric Massé. On peut écouter aussi bien des podcasts que voir des films, des interviews, lire des articles etc. La plupart des spectacles sont reportés, alors en attendant on déplace l’intérêt du public au niveau de la temporalité. On nourrit le public pour lui permettre d’avoir une relation avec l’œuvre en cours de création.” Des initiatives suscitant optimisme et réconfort face à la crise du secteur culturel. La reprise des spectacles vivants ouverts au grand public reste toutefois attendue avec impatience.