Le club de football créé par des jeunes de Perrache est un exemple trop peu reconnu du monde associatif lyonnais. Au-delà du sport, son rôle social ne passe plus inaperçu. Le dynamisme de ses dirigeants lui a permis de surmonter de nombreuses difficultés et de continuer le combat. Découverte.

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Le stade Sonny Anderson, au coeur du la Confluence, lieu d’entraînement et de match de l’ASC.

 

 Le deuxième arrondissement de Lyon doit sa notoriété à une fusion de l’historique et du moderne. La gare de Perrache et l’Eglise Sainte Blandine cohabitent désormais avec La Confluence, fruit d’un long projet de réhabilitation. Il y a aussi les quartiers qui bordent la longue perspective traversée par la ligne de tramway T1 et même au-delà de la gare. C’est là qu’une jeunesse oubliée vit de l’intérieur l’expansion de la pépite urbaine faite de centres commerciaux, de bureaux ou de résidences luxueuses.

AS Confluence
Création : 2006
Président-fondateur : Hakim Abbassi
Secrétaire : Lalioui Hafid
Trésorier : Zouhair Benyahia
Budget : environ 2000 euros

Palmarès : Trophée Jacky Gally (2009 et 2012)
Champion de 4ème
Champion de 3ème
Champion de 2ème
Cinquième tour de la coupe de France en 2012

Stade Sonny Anderson
Adresse : 16 Quai Rambaud, Lyon

« La Confluence, c’est nous avant eux ! On était déjà là quand les grues n’étaient pas encore dressées sur le quartier». Hakim Abbassi (33 ans) est un réfractaire hors norme. Emu par le fait que les jeunes de Perrache, pour la plupart issus de la rue Laurencin, ne profitaient pas de l’expansion et des appels d’offres, il a décidé de répondre à la demande grandissante de ceux qui se « se sentent oubliés et dévalorisés

Une épopée sportive

Il créé alors le club de football de l’AS Confluence en janvier 2006 :« Ils étaient contents parce qu’ils avaient l’impression d’avoir enfin quelque chose à eux et qui leur ressemblait.»                          

Malgré la rude concurrence de l’AS Bellecour-Perrache régnant sur le synthétique du stade Sonny Anderson et ses centaines de licenciés, il se lance dans l’aventure avec un budget initial de 1500 euros. Seulement, le football amateur est teinté d’une certaine rudesse logistique et financière. Très vite, les élus locaux sont dubitatifs ou intrigués par la volonté de ces jeunes cavaliers en crampons, soupçonnés de communautarisme.

Avec vingt cinq licenciés, l’association débute son histoire en quatrième division de district, au pied du stade Gerland, sur un terrain en gore pendant une saison. Loin de la maison. « Nous étions la seule formation engagée en compétition officielle à la FFF n’ayant pas obtenu de créneau horaire pour les entraînements.»

Pour le trésorier du club Zouhair Benyahia (33 ans), les licenciés sont liés à l’écusson par l’intermédiaire de la vie du quartier, les copains ou les souvenirs en commun : « On a tous le même rêve : s’en sortir. On a vu le quartier grandir sans en tirer le moindre bénéfice mais on fait avec même si le regard des gens évolue très doucement vis-à-vis du club.»

Ce technicien de maintenance révèle que son meilleur souvenir parmi tant d’autres reste le premier match de l’histoire du club face à Couzon les Monts D’or (victoire 2-1) en 2006.

Les jeunes du deuxième ne s’enlisent pas dans le misérabilisme ou les plaintes. Le démarchage paie : l’hôtel Kyriad de Perrache soutient le club dès la première saison et s’engage avant d’être rejoint par l’enseigne Eni Shoes, la marque Sweety Drink et l’entreprise Romano Maçonnerie.

L'écusson de l'AS Confluence, un club fondé en 2006.

L’écusson de l’AS Confluence, club fondé en 2006.

Le dynamisme et l’enthousiasme des jeunes lyonnais leur permet d’être promus en troisième division avec la meilleure attaque du championnat (121 buts) en 2007 et sans entraînements : « On a finalement eu un créneau au stade Sonny Anderson lors de la saison 2007-2008 au milieu des habitations luxueuses. On savourait  ce renouveau pour retomber très vite dans la réalité, celle du délaissement. »

En 2009, ils réalisent un doublé coupe-championnat en remportant le trophée départemental Jacky Galli et réalisent une troisième montée consécutive. C’est ensuite la première division et le début des confrontations face à des formations existant depuis quarante à cinquante ans.

L’AS Confluence descend dans le quartier

 Les dirigeants n’en restent pas là. Il y a le foot mais aussi la vie associative, fibre du club. Hakim Abbassi s’acharne pour lui donner cette facette atypique. Elle va s’affirmer grâce à son partenariat avec l’ADSEA (Association Départementale du Rhône pour la Sauvegarde de l’Enfance, de l’Adolescence et de l’Adulte) et ses éducateurs présents sur le secteur de Perrache. Plus de six sorties de ski à Saint Pierre de Chartreuse ont été organisées depuis la création du club. Des opérations vides greniers permettent d’obtenir des subventions auprès de l’OPAC.

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Les jeunes de l’ASC engagés dans la vie de de leur quartier.

Les distributions de soupe sur la place Carnot font des bleus et blancs, les couleurs du club, de véritables samaritains. L’embauche de deux joueurs en 2007 dans les cuisines de l’hôtel Kyriad apparaît « comme l’une des plus grandes fiertés ». « Le concept de Confluence, on l’a étudié en CE1 à l’école : ce sont deux fleuves qui se rejoignent comme… deux mondes. » martèle l’entraîneur-joueur Mehdi Mejeri (33 ans).

Les demandes d’obtention d’autres créneaux ou d’un siège sont vaines auprès des adjoints des sports. Mais cela ne décourage pas le staff qui se contente de ce qu’on lui donne en donnant aux autres.

En Septembre 2012, la qualification de l’AS Confluence face au Isérois de l’US Gières évoluant cinq divisions au dessus, au cinquième tour de la coupe de France, marquera l’histoire du club. On sait désormais qui sont ces jeunes qui s’entraînent le lundi soir sur le terrain, en contrebas des propriétés de Karim Benzema ou Anthony Reveillère. Cependant, cette performance ne suffira pas à émouvoir le district du Rhône et autres instances régionales « qui ne montrent aucune reconnaissance ».

Depuis, l’AS Confluence est retourné vers d’autres réalités et préfère la coupe du Rhône à la coupe nationale devenue trop onéreuse. Et le président, loin de se considérer comme un jeune de banlieue, rappelle avec émotion :

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Gérard Collomb, maire de Lyon, avec le président du ASC.

« Ici on n’a pas les tours comme horizon, la verdure ou les infrastructures des zones périurbaines ni leur chauffage collectif ou leur salle de bain, ce qui n’a pas toujours été le cas pour beaucoup d’entre nous. En banlieue, le club aurait eu bien plus de chances d’évoluer car l’encadrement aurait été plus important et l’égalité des chances aurait pris tout son sens. » 

Il rappelle que rares sont les jeunes de l’arrondissement parvenus à entrer à « l’ENA ou dans une quelconque école supérieure sans oublier les sportifs de haut niveau qui sont souvent de vrais vecteurs ». Mehdi Mejeri pense que l’AS Confluence peut atteindre un jour le niveau ligue (régional) si les indicateurs reviennent au beau fixe. « L’agglomération lyonnaise est déjà un grand vivier de footballeurs alors ne parlons pas du centre  » explique t-il.

Quand le football est le social se rejoignent pour former une confluence, les appréhensions s’effacent aux profit d’espoirs renaissants mais bien souvent fragiles.