Ce mercredi 28 octobre, le secrétaire national du Parti Communiste Français Fabien Roussel s’est rendu sur le site General Electric de Villeurbanne. Il était aux côtés de salariés, des représentants syndicaux et d’autres acteurs politiques pour dénoncer les plans de restructuration de l’entreprise américaine. A cette occasion, le Lyon Bondy Blog s’est entretenu avec lui.

Crédit photo : Nina Sobetsky

Le rassemblement devant General Electric a duré plusieurs heures pendant lesquelles différents représentants des salariés et acteurs politiques se sont succédés à la tribune. Parmi eux, des syndicalistes de la CGT, de la CFDT et de la CFE-CGC. Côté politique, on retrouvait le maire de Villeurbanne Cédric Van Styvendael, la conseillère régionale LFI Emilie Marche, le sénateur PS du Rhône Gilbert-Luc Devinaz, la vice-présidente de la Métropole de Lyon Emeline Baume et Fabien Roussel, le secrétaire national du Parti Communiste Français.

Ce dernier a accepté de nous accorder un entretien à la fin du rassemblement. Après quoi, il a rejoint les hôpitaux SUD de Lyon puis les salariés de JTEKT à Irigny eux aussi concernés par un plan de restructuration de leur entreprise.

Crédit Photo : Corinne Matignon

Dans le Rhône on assiste impuissant à une série de délocalisations. Aujourd’hui les General Electric de Villeurbanne et de Saint Priest, demain les salariés d’Essilor à Vaulx-en-Velin. Que propose le PCF pour ces salariés ?

Pour chacune de ces filières industrielles, en l’occurrence ici celle de l’électrique, mais aussi pour Essilor à Vaulx-en-Velin ou JTEKT à Irigny cette fois dans la filière automobile, nous pensons que pendant cette période de pandémie, tout doit être mis en œuvre pour préserver nos emplois et les outils industriels. Quand il y a une crise sanitaire telle que celle que nous vivons, pour empêcher que la misère se développe, nous devons préserver les emplois existants. Bien sûr, il faut faire en sorte d’en créer de nouveaux mais au moins préserver les emplois existants. C’est pour cela que, dès qu’il y a l’annonce d’un plan social, nous devons nous mobiliser pour trouver les solutions ensemble pour maintenir l’activité, les savoir-faire, les emplois et les salaires.

Dans la métropole lyonnaise, le Parti Communiste Français s’est allié avec le reste de la gauche aux métropolitaines, aux municipales et aux sénatoriales pour n’avoir que peu d’élus. Est-ce une bonne stratégie ou plutôt quelle sera la stratégie électorale du PCF lors des prochaines échéances, que ce soit pour les régionales ou pour l’élection présidentielle ?

Tout d’abord, chaque scrutin est différent ! Parce que chaque mode de scrutin est différent. Ce n’est pas le même scrutin lors d’une élection régionale, une élection départementale et encore moins pour une élection présidentielle. Ce sont des scrutins qui ont des territoires et des enjeux complétement différents. L’enjeu, pour le Parti Communiste Français, c’est de montrer à chacune de ces élections que d’autres choix sont possibles : permettant de lutter contre la pauvreté et la misère, permettant de préserver nos emplois et reconquérir notre souveraineté industrielle, permettant de développer des services publics et de mettre en oeuvre la transition écologique comme c’est attendu depuis trop longtemps ! Nous voulons montrer nous -Parti Communiste Français- qu’il y a d’autres choix à faire et que les richesses que nous créons, peuvent servir à cela !

Notre objectif, c’est d’être présent dans les luttes mais aussi dans les élections pour porter ces idées. Alors parfois nous allons à ces élections avec d’autres forces politiques avec qui nous partageons des combats. Que cela soit au niveau local ou au niveau national comme par exemple lors de l’élection présidentielle, l’enjeu c’est de porter ces idées. Dans la manière dont est faite la Vème République, pour porter ces idées, bien souvent il faut présenter un candidat. C’est ce à quoi le Parti Communiste Français doit se préparer pour la prochaine élection de 2022.

Donc, vous nous dites qu’en 2022 le Parti Communiste Français va partir seul dans la course à la présidentielle ?

Non, je n’ai pas dit ça ! J’ai dit que nous devons nous préparer et faire en sorte que pour 2022, nos idées et nos propositions participent à ce débat. Cela peut passer par la présence d’un candidat du Parti Communiste à cette élection. On se prépare à cette échéance pour savoir comment nous allons faire vivre ces idées. 

Selon vous que faut-il faire pour éviter la casse sociale qui s’accélère avec la pandémie, en particulier pour les plus précaires ?

Alors justement on en a parlé hier à l’Assemblée Nationale dans le cadre du plan de relance. Il y a toute une partie des emplois qui passent au travers de l’ensemble des dispositifs mis en place par l’Etat, ce sont les emplois intermittents, les CDD, les emplois précaires qui ont été stoppés avec cette pandémie. Il faut pouvoir mettre un filet de sécurité à tous ces emplois. Ce que nous proposons, c’est faire en sorte que les usines ne ferment pas, que l’activité économique ne s’arrête pas pour pouvoir maintenir au maximum ces emplois et les CDI-ser si possible. Pour tous les jeunes et les précaires qui ont perdu ces emplois, il faut qu’ils puissent avoir accès aux aides, au chômage. Pour ceux qui ont moins de 25 ans, qu’ils puissent bénéficier d’une allocation de retour à l’emploi ou du RSA qui leur est interdit aujourd’hui.

Le meurtre du professeur Paty a remis au cœur du débat public la question de la laïcité. Historiquement les communistes sont en pointe sur cette question, comment expliquer ce retour en force du religieux dans la sphère publique ? 

C’est une vraie question, ce serait bien de la creuser… Je pense que ça doit servir les intérêts de quelques uns, une minorité. C’est d’ailleurs une construction politique théorisée par certains conservateurs américains, des évangélistes,… qui théorisent le choc des civilisations, la guerre des religions et qui alimentent ce choc des civilisations pour contribuer à ce qu’il y ait un affrontement. Quand des hommes et des femmes s’affrontent pour ces questions-là, pendant ce temps, les autres sont tranquilles. Ceux qui ont le pouvoir, le conservent. C’est un sujet qui est très préoccupant ! En France, la loi de 1905 a permis de faire en sorte que peu importe notre religion, que l’on soit croyant ou non, on puisse vivre ensemble dans la paix et la fraternité. L’enjeu, c’est de pouvoir maintenir cet équilibre et de pouvoir continuer à vivre ensemble !

Lors d’un entretien avec le Lyon Bondy Blog, le politologue Paul Bacot a expliqué « qu’une partie de la jeunesse semble préférer se consacrer à des formes de participations autres que la participation électorale ». Comment amener ces jeunes qui sont susceptibles d’entendre votre discours aux urnes ?

C’est en discutant avec eux avec le plus de sincérité, à cœur ouvert. En étant nous-mêmes responsables politiques, capables de se remettre en question et de partir de leurs préoccupations, pas de venir avec nos idées. C’est vraiment une démarche qu’il faut revoir entièrement. Il faut aussi en face que ceux que l’on rencontre soient ouverts à la discussion et prêts à écouter et à entendre. Pour que ça puisse fonctionner, il faut que chacun fasse un pas. Moi, je suis prêt à le faire dans cet esprit-là, c’est-à-dire en étant prêt à me remettre en question, à remettre en question les idées que l’on met dans la discussion pour être débattues et aussi en voulant écouter les jeunes et partir de leurs problèmes et d’y répondre et pas de venir avec mes sujets.

Nous travaillons beaucoup dans les quartiers populaires de l’agglomération, comment expliquez vous le déclin de l’influence des communistes dans ces quartiers et que comptez vous faire pour y remédier ? Comment faire pour reconnecter ces quartiers avec les centres urbains et leur enlever cette image de quartier dortoir voire de ghetto?

Je suis bien en peine de pouvoir répondre à votre question parce que les quartiers dont vous me parlez je ne les connais pas particulièrement. On a justement mis au cœur de nos priorités, au Parti Communiste Français, la lutte contre l’abstention, le fait que les gens se détournent complètement de la vie politique, qu’ils la rejettent et la vomissent, et que dès qu’un élu se pointe il est forcément vu comme un profiteur, un tricheur, un voleur. C’est terrible ce qu’il se passe dans notre pays et ça menace la démocratie. Je n’ai pas la baguette magique pour réparer ça. Ce que nous pensons nous c’est que si nous voulons redonner envie aux gens de s’y intéresser, il faut aller les voir et parler avec eux, il faut se montrer et être proche de leurs problèmes et essayer de trouver des réponses à leurs problèmes, les aider. Ce n’est pas leur parler du capitalisme mais c’est parfois leur parler de comment on trouve une solution pour remplir le frigo, comment on fait pour qu’il y ait un arrêt de bus là où il est le plus utile, comment on fait en sorte qu’un bureau de poste ait des horaires plus adaptés. Ce sont des combats que nous pouvons mener et que nous menons dans des quartiers et qui montrent aux gens que quand on est ensemble on arrive à gagner. C’est avec des victoires du quotidien que parfois on arrive à redonner envie aux gens de s’engager. 

Bien qu’une majeure partie de la population accepte les mesures prises pour faire face à la crise sanitaire, de nombreuses personnes se questionnent quant à un effacement progressif de nos libertés. Est-ce qu’il est légitime de se questionner vis-à-vis de nos libertés?

Oui c’est légitime parce que c’est la France et la France est le pays de la liberté. En même temps, on est face à un virus terrible, mortel, on n’est pas prêt de voir les ravages qu’il va faire dans notre pays. On vient de dépasser les 35 000 morts, donc il faut accepter, pour limiter la circulation de ce virus et tant qu’on n’a pas trouvé de vaccin, de devoir rester chez soi, enfermé, de limiter les contacts. C’est pour cela qu’au Parti Communiste Français nous disons que si cela doit pénaliser l’économie parce qu’on reste chez soi il faut le faire car la priorité c’est la santé, c’est la vie. On ne peut pas dire que pour des raisons économiques il faut continuer d’aller au travail, de s’entasser dans les bus et les tramways, au péril de sa vie et de créer des clusters. La priorité doit être la santé. Il ne faut pas forcément y voir une privation de libertés mais plutôt le souci des autres et de la santé publique.

Article écrit par Nina Sobetsky et Alexandre Tellier