Initialement prévues en novembre 2020, les festivités du centenaire du Théâtre National Populaire ont été repoussées d’un an à cause de la crise sanitaire. Cent après sa création, où en est l’objectif historique de démocratisation culturelle ? Coup d’œil sur les initiatives mises en place.

La façade du TNP. / Capture d’écran Google Maps.

Le centenaire du Théâtre National Populaire, reporté d’un an à cause de la crise sanitaire, se tiendra en automne 2021. L’occasion de fêter le passage à une nouvelle direction : celle de Jean Bellorini depuis janvier 2020. L’événement mettra à l’honneur l’engagement des metteurs en scène qui se sont succédé au TNP, leur art et la façon dont ils ont marqué l’histoire du théâtre.

Le 11 novembre 1920, Firmin Gémier créait le Théâtre National Populaire à Villeurbanne. Son dessein était d’attirer entre les murs du théâtre un public de tous les horizons sociaux. Il souhaitait briser les codes élitistes de cet art afin que chacun se sente légitime de prendre plaisir à regarder une pièce. Cent ans après, qu’en est-il de cet objectif ?

Jean Villar, à la tête du TNP entre 1951 et 1953, appréhendait ce théâtre comme un “service public” au même titre que le gaz ou l’électricité. Historiquement, le TNP a ainsi été le premier théâtre à adapter ses tarifs en fonction des classes sociales. Briser la barrière financière est primordial, certes, mais derrière le prix réside aussi une barrière sociale. Notamment la barrière physique de l’impressionnant bâtiment. En effet, le sociologue Olivier Donnat, démontre dans son enquête menée en 1997 qu’« aujourd’hui comme hier, participer à la vie culturelle demeure une propriété très inégalement répartie dans la société, car cela exige le cumul d’un maximum d’atouts (niveau de diplôme et de revenu élevés, proximité de l’offre culturelle, familiarité précoce avec le monde de l’art…), qui se retrouvent en priorité au sein des cadres et des professions intellectuelles supérieures». L’enjeu a donc été de tenter de désacraliser le théâtre, de lui enlever sa dimension élitiste. Pour ce faire, un travail de relation avec le public est nécessaire. 

Le TNP, un théâtre qui va à la rencontre du public.

Attirer des spectateurs aux origines sociales variées est au cœur des préoccupations du TNP. C’est là tout l’enjeu des cinq postes dédiés aux relations avec les publics. Ceux-ci sont divisés entre public scolaire, enseignement supérieur, monde du travail, handicap, et cohésion sociale. Sarah Sourp s’occupe de cette dernière branche. Elle travaille main dans la main avec des “relais”. Ce sont des partenaires sociaux au TNP tels que Les Petits-frères des pauvres, le centre d’animation de Saint Jean, l’OVPAR, Génération 44 et bien d’autres encore. 

Avec ses “relais”, Sarah avait mis en place le projet “Voyages au bout du fil” durant le mois de décembre afin de proposer la lecture d’un texte de théâtre par téléphone en temps de confinement. En outre, elle participe à une formation “théâtre et action sociale” avec ses partenaires. Il s’agit d’un moment d’échange et de partage avec les travailleurs sociaux. Ensemble, ils apprennent mutuellement à préparer le public à un spectacle en sachant s’adapter à chaque type de profil. Ce type de formation est importante, selon Sarah, afin d’amener au sein du TNP le public le plus large possible. “Travailler avec des gens qui ne sont jamais allés au théâtre, c’est vraiment un défi. Ils ont le droit d’avoir accès à ça. Le théâtre est un plaisir adressé à tous”, remarque-t-elle. 

La salle d’accueil du TNP / Crédits : Léa Dornier

Découvrir le théâtre par la pratique.

Pour Jean Bellorini, la pratique théâtrale est un facteur important de démocratisation culturelle. Le nouveau directeur a créé dès février 2020 la première “Troupe éphémère” du TNP, composée de 34 jeunes motivés âgés de 12 à 20 ans. Tous sont amateurs et vivent aux alentours de Villeurbanne. Le projet s’est constitué autour de textes de Firmin Gémier, car le directeur souhaite que les jeunes s’emparent de grands textes de théâtre. Le TNP rappelle sur son site que  “Si le lieu leur devient familier, si leur rapport au théâtre est modifié, s’ils grandissent avec le TNP, alors le théâtre grandira avec eux.”

Dans ce même esprit de théâtre participatif, le TNP prépare « La voix de ma mère » avec des femmes du quartier Saint-Jean. Ce projet est mené en collaboration entre la comédienne Pauline Coffre et Wahid Chahib, artiste et animateur du centre social Saint-Jean. Le texte, encore en cours d’écriture, relate les problématiques du quotidien des femmes de ces quartiers en s’inspirant de leurs témoignages. 

Démocratisation théâtrale, un pari réussi ?

Au sujet de la démocratisation théâtrale au TNP, Sarah Sourp est formelle : “Je trouve qu’on a fait beaucoup de pas en avant. Notre programmation est éclectique : jeune public, contemporain, classique, artistes étrangers… On embrasse à la fois Peter Brook et Ariane Mnouchkine. La programmation reflète le type de public qu’il peut y avoir. Pour le coup, je trouve qu’elle est diverse, elle est belle car elle s’adresse à différents publics, à un répertoire très large. On est vraiment en dialogue avec tout le secteur du social.” 

« Aujourd’hui je ne sais pas si ce terme est approprié. C’est un terme fourre tout et large, qui évolue dans le temps. Dans les années 70 on parlait de démocratisation, de décentralisation culturelle, mais aujourd’hui elle est installée. Il y a qu’à voir les différents théâtres qui existent c’est impressionnant. Ce terme là a un sens très fort encore aujourd’hui mais je ne le définirai pas comme c’était le cas à l’époque. On remplit clairement une mission de service public, j’en suis persuadé. Le TNP est engagé. Rien que mon poste “attachée à la cohésion sociale”, je suis pas sûre qu’il y soit dans tous les théâtres. Ça montre qu’il y a un engagement.” Un engagement qui s’inscrit donc sur le long terme, puisque la démocratisation culturelle est une quête perpétuelle.