L’humoriste vaudais de 26 ans Nassim Bombo sort de la mêlée grâce à un goût de la compétition exprimé lors des nombreux festivals et concours auxquels il prend part. Formé par l’association Vaulx Premières Planches, le vainqueur du tremplin de l’humour de Clichy-sous-Bois fait le bonheur de la section comédie du label Be Cool avec Rman Meva. Son nouveau spectacle Welcome sera présenté le 18 novembre prochain au café théâtre Graine de Star Comédie Club de Villeurbanne où il fait ses classes.          

Comment as-tu croisé le chemin de la comédie et de l’humour ?

Nassim Bombo en séance d'écriture

Nassim Bombo en séance d’écriture

Tout a commencé il y a un an, lorsqu’Ali Ben Osman a ouvert le café Graine de Star Comedy Club qui nous permet de nous produire trois fois par semaine. Avant, je ne jouais pas tellement. Je griffonnais quelques vannes et je me produisais dans des fêtes de quartier ou dans les MJC à Vaulx-en-Velin. Ce n’était pas grand-chose et je ne sentais pas encore la progression jusqu’à ce qu’Ali m’ait repéré lors du concours de Vaulx Premières Planches : À vos Rires Prêts Partez.

Tu as eu de bons parrains dès le début de ta carrière…

Dans le monde de l’humour Ali, c’est mon papa et Cheia Milouda, la présidente de Vaulx Première Planches, c’est ma Maman. Il y a quatre ans, lors d’une soirée organisée par la mairie de Vaulx-en-Velin elle m’avait laissé sa carte, mais à l’époque je travaillais à l’usine. Avec les trois-huit, j’avais moins de temps pour moi. Un an plus tard, je l’ai recroisée devant un bureau de tabac. Elle m’a tiré les oreilles devant mes amis en me reprochant de ne pas être passé. Elle m’a donné un ultimatum en m’invitant au concours de Vaulx Premières Planches l’année dernière. J’y ai finalement terminé second !

Vaulx-en-Velin ou Clichy, même public et même combat

Un espoir devenu un porte-drapeau du stand-up

Un espoir devenu un porte-drapeau du stand-up

Quel est ton attachement à l’association Vaulx Premières Planches ?

Très important car l’association donne l’accès au théâtre à des jeunes de Vaulx-en-Velin et c’est une émancipation qui se ressent depuis peu. Les mentalités ont changé. Dans nos quartiers, il y avait un peu cette honte de faire du théâtre. Cheia s’est lancé dans un challenge qui n’était pas facile au début puis d’autres bénévoles se sont progressivement greffés à l’association. L’année dernière elle a été appelée par les services de la mairie pour participer à des sessions d’impro-débats où l’on recevait des personnes venues de La Palestine. Une manière d’interpeller par le rire.

En un an, tu t’es déjà construit un palmarès dans la région et même en France…

J’ai fini deuxième en 2013 au concours Vaulx Premières Planches, mais le fait de finir derrière Antoine Demor qui est un grand professionnel m’a donné envie de progresser et de travailler mes textes. Je suis monté en région parisienne et j’ai remporté le tremplin de l’humour à Clichy sous Bois en 2014. Puis j’ai remporté le concours des arts burlesques de Saint-Étienne. Je me suis alors dit : il y a quelque chose à faire au niveau professionnel. On n’est comme des sportifs de haut niveau. Avant d’entrer dans l’arène, on sent la pression du public qui est agréable à vivre car on a envie de donner le meilleur de nous même. Rman, Lionel Lacroute et moi avons un petit rituel avant le spectacle : on se tape fort sur le dos. On appelle ça se décoller la plèvre (rires).

Clichy sous Bois est une ville à forte symbolique dans la culture urbaine depuis les émeutes de 2005. Qu’as-tu tiré de ton expérience en banlieue parisienne ?

1899977_975501632465371_7929349387099528777_nÀ Clichy sous Bois, j’ai rencontré le grand frère de Bouna Traoré, l’un des deux jeunes (avec Zyad Benna) dont la mort a provoqué les émeutes en 2005. Je n’osais pas aller le voir au début, mais après je me suis rendu compte que ces gens étaient super sympas et ils nous ont si bien accueillis ! Clichy ou Vaulx-en-Velin, c’est pareil, il n’y a que les kilomètres qui séparent. Je m’y suis retrouvé avec les tours et les bruits des motocross ! Je n’ai pas trop cherché la symbolique des choses avec le fameux transformateur et tout le reste. Le tremplin de l’humour de Clichy sous Bois existe depuis onze ans. Il y a des gens comme le comédien Thomas N’Gijol qui l’ont remporté ce qui confirme cet engouement en banlieue pour l’humour et le théâtre. Dans mon cheminement professionnel, c’est un tel enrichissement !

Welcome, un spectacle pour casser les codes

Comme Rman Meva, tu as atteint le summum en allant au Jamel Comedy Club en juin dernier !      

Tout au long de l’année, leur organisation propose un système de recrutement qui s’appelle la Deb Jam. On envoie une vidéo visionnée par le directeur artistique. Ce dernier nous a contactés en juin dernier et nous dit que ce qu’il avait vu lui a plu. Rman et moi n’avons pas encore eu de propositions concrètes de leur part donc Canal+, ce n’est pas pour maintenant, mais on touche du bois !

Il n’y a pas que le Jamel Comedy Club pour percer. Il y a tellement d’artistes aujourd’hui à Paris qui si on ne sort pas du lot avec son propre style, c’est mort ! Il faut d’abord se forger dans de petits endroits. Au Graine de Star Comedy Club, le public est super éclectique. Il y a toutes les origines et quand on voit ça, on se dit que c’est gagné.

L’humour et la religion font-ils bon ménage en banlieue ?

Dans les spectacles et les festivals, les gens ne sont pas sensés savoir que tel artiste est dans l’humour trash, vulgaire ou plus subtil. Pour un premier coup, on va leur faire quelque chose d’adapté. Des personnes issues de certaines confessions dans le public peuvent être choquées. Pourtant il arrive que des femmes portant le hijab ou des hommes arborant la barbe rient de vannes plutôt trash. L’ouverture d’esprit est chez ceux qu’on ne soupçonne pas au final. Après quand c’est ton spectacle, ton affiche et ton style, il n’y a plus d’appréhension. On vit en banlieue, on y joue et on se rend compte que l’ouverture y est la plus importante.

Avec Rman Meva

Nassim Bongo avec Rman Meva

Parle-nous du spectacle Welcome.

Le but c’est d’inviter les gens dans mon humour où ils seront toujours les bienvenus. J’ai un humour particulier dans le sens où je mêle stand-up et one man show. J’ai beaucoup de personnages, des grimaces, des déformations du visage. Comme Rman, j’ai le visage élastique ! Dès que je lance la vanne, j’amène des situations. C’est assez énergique. Dans le spectacle, je me raconte et j’essaie de faire comprendre que je suis quelqu’un de très ouvert. J’ai un texte intitulé La musique où je tape un peu sur tout le monde, j’explique que je n’écoute pas que du rap, mais aussi de la variété française : la variétoche ! Oui. En banlieue on écoute du Francis Cabrel et on peut s’émouvoir sur Petite Marie.

Cela permet de casser les codes…

Je décris beaucoup le monde dans lequel, on vit. J’ai par exemple un texte qui parle d’un gars qui épouse sa mère et lui fait un enfant, ce qui n’est pas toujours drôle. Il y a du cynisme, mais je préfère interpeller les consciences. Ce spectacle a été écrit au fil du temps. Je griffonnais au fur et à mesure et je testais mes vannes au Graine de Star Comedy Club donc je disposais déjà de mon heure de spectacle puis on a travaillé tout l’été avec mon coach Mehdi Aït Hamoudi pour le mettre en scène.

Mohamed Braiki

Natif de Lyon et enfant des Minguettes,je suis diplômé de Lettres de la Fac de Lyon 2 et l’EFAP Rhône Alpes. J’ai roulé ma bosse dans des rédactions lyonnaises comme la radio Lyon Sport 98.4, Le Progrès,Foot 69.fr, Tribune de Lyon et Lyon Capitale.

braikimohamed@yahoo.fr