Le conflit syrien a fait plus de 220 000 morts depuis mars 2011. C’est le conflit qui génère à l’heure actuelle le plus fort déplacement de population dans le monde. Le LBB a rencontré le groupe syro-palestinien Refugees of Rap lors du Festival RevolusonR en mai dernier. Ses deux membres ont connu la guerre et l’oppression imposée par le régime au pouvoir.

On écoute leur histoire dans un silence solennel en imaginant les ruines et les bombes s’abattre sur le camp de Yarmouk près de Damas. Yasser Jamous (28 ans) et son frère Mohamed (26 ans), fils d’enseignants et diplômés en sociologie et en infographie ont vécu un parcours des plus improbables. Inspirés par les rappeurs américains old school comme 2 Pac ou Public Enemy, les deux rappeurs syro-palestiniens forment le groupe Refugees of Rap en 2005 avec deux autres amis Ahmad et Mohamed, désormais exilés en Algérie et en Égypte. Le hip-hop apparaît alors comme un moyen de narguer la cruauté du régime dictatorial de la famille el-Assad ou de relater leurs expériences de réfugiés.

Yarmouk Camp

Photo du camp de Yarmouk

« C’était une musique qui permettait de bien exposer ce qui se passait en Syrie. Nous écrivons sur notre quotidien également. La guerre n’est pas notre sujet central. Au début des années 2000, le rap était quelque chose de nouveau chez nous et il avait du mal à être toléré même si les jeunes commençaient vraiment à l’écouter. »

Travaillant sur un album contre le régime, leurs chansons ne pouvaient être diffusées

Après avoir sorti leur première mixtape « Refugees of rap » en 2007, l’opus « Face to Face » est édité en 2010 avec des paroles toujours plus incisives à l’encontre du régime. Les premières menaces et intimidations se manifestent. Les deux rappeurs sont priés d’arrêter leurs activités musicales au risque de subir l’emprisonnement ou la mort. Ne voulant pas arrêter pour autant, ils préfèrent quitter la Syrie en 2013 et rejoignent la France.

« Nous étions menacés là-bas par le gouvernement et par certains partis politiques qui savaient qu’on travaillait sur un album contre le régime. Nos chansons étaient déjà enregistrées, mais nous ne pouvions pas les diffuser. »

De nouvelles terres d’accueil

Les deux frères s’installent à Paris puis tissent des liens avec des beatmakers et d’autres artistes. Ils animent des ateliers d’écriture comme ils le faisaient à Yarmouk pour libérer une partie de leur souffrance. Le dernier album « The Age of silence » sort à Paris en 2014. Les deux artistes arborent une thématique résolument revendicatrice et profonde. La chanson « Haram » dont le terme a pour traduction « illicite » témoigne bien du message de ce titre qui porte cet album. Bachar el-Assad est ouvertement désigné dans le refrain.

Déterminés, les deux réfugiés sont présents sur de nombreuses manifestations artistiques pour faire passer le message. En un an et demi, ils donnent près de quarante concerts en France, au Danemark ou en Suède.

 

« Au Danemark, malgré la virulence des partis d’extrême droite, nous avons pu travailler avec des associations qui aident les artistes en difficulté. Le pays organise beaucoup de choses et offre de véritables opportunités. Là-bas, c’est plus efficace au niveau des démarches et de l’organisation ».

70 000 visas accordés en Allemagne, 30 000 en Suède et en France

En France, on compte 3150 demandes d’asile de Syriens en 2014 d’après l‘OFPRA (office français de protection des réfugiés et apatrides). Dans un article de l’Express publié en février 2015, on apprend que depuis le début de la crise, 30 000 visas ont été accordés. L’Allemagne en a accueilli 70 000 ces dernières années et la Suède (10 millions d’habitants) 30 000. Le royaume compte en accueillir 100 000 en 2015. À savoir que le reste de la famille des deux rappeurs s’est également exilé en Suède.

Réfugiés, Mohamed et Yasser l’ont toujours été. Un statut que les deux rappeurs assument avec fierté :

« Nous sommes d’abord palestiniens, notre grand-père paternel est arrivé de Haïfa en Israël pour venir s’établir en Syrie en 1984. Nous avons vécu la révolution et nous nous sentons syriens. Mais la France est aussi notre pays d’adoption ».

Mohamed Braiki

Natif de Lyon et enfant des Minguettes,je suis diplômé de Lettres de la Fac de Lyon 2 et l’EFAP Rhône Alpes. J’ai roulé ma bosse dans des rédactions lyonnaises comme la radio Lyon Sport 98.4, Le Progrès,Foot 69.fr, Tribune de Lyon et Lyon Capitale.

braikimohamed@yahoo.fr