Un documentaire sur la marche de l’égalité et contre le racisme est en cours de réalisation. Un groupe parti de Villeurbanne le 30 juin, refait cette marche pour comprendre cette histoire et mieux la faire connaître. La parole est donnée à Nabil Merad, un des “nouveaux” marcheurs.

 Le 15 octobre 1983, 15 personnes partent de Marseille pour rallier la capitale en marchant. Ils marchent pour l’égalité et contre le racisme. La police de l’époque est extrêmement violente envers ces jeunes issus de l’immigration. Ils arrivent à Paris le 3 décembre, ils sont alors 100 000. Une partie des marcheurs permanents est reçue par  François Mitterrand.

Dans le cadre de l’association CLAP, nous réalisons un documentaire sur les traces des Marcheurs de 1983. Une histoire oubliée que nous souhaitons comprendre. Cette nouvelle marche de l’égalité est un pèlerinage (titre du documentaire).

Une rencontre avec les anciens marcheurs le 21 juin nous donne toute légitimité dans cette action en nous remettant le « flambeau ». Nous sommes sur les traces de l’histoire occultée de France.

Nous partons du quartier Jacques Monod de Villeurbanne (anciennement le quartier Olivier de Serres) vers 11h, à peu prés dans les temps. Peu avant on nous interroge sur nos motivations. Je parle notamment de mon souhait de voir un jour des maires de diverses origines élus. Cela prouverait que les mentalités ont vraiment changé.

Sur la route, j’échange quelques idées avec les autres marcheurs, mes craintes aussi. Serons-nous capables de reconstituer le puzzle de la marche de 1983 ? Serons-nous capables de ne pas tomber dans le piège médiatique.

Le tournage commence sur la plage de la Corbière, à Marseille. Nous nous présentons chacun à notre tour, expliquant nos intentions, à savoir le travail de mémoire, nos interrogations sur la première Marche. Si je parle d’interrogation, c’est parce que je ne cesse de me poser la question : pourquoi un évènement aussi important, réunissant des milliers de personnes, est-il tombé aux oubliettes, effacé de la mémoire collective ? Vous, par exemple, connaissez-vous cette histoire ?

Une personne d’une association des anciens marcheurs de Marseille nous confirme que nous sommes attendus dans une salle des quartiers nord.  Dès notre arrivée, je reconnais Marie-Laure, une ancienne marcheuse permanente. Elle nous raconte son expérience avec des mots simples et remplient d’émotion. Nous ne pouvons nous empêcher de lui poser quelques questions.

La suite devient confuse. Les anciens marcheurs marseillais (et organisateurs de la Marche à Marseille) veulent connaitre nos motivations. Nos réponses ne semblent pas les satisfaire déplorant, pour certains, le tournage d’un simple documentaire, regrettant, pour d’autres que notre démarche ne soit pas calquée sur la Marche de 1983. Nous sentons un certain malaise, devinant que notre initiative ne les intéresse pas.  Je cherche à comprendre. Je trouve un écho dans les yeux de Marie-Laure.

L’arrivé de Bouzid est comme une bouffée d’oxygène.  Il s’agit du seul marcheur permanent à avoir écrit un livre sur la Marche. Je me souviens avoir pensé : « Voila, c’est de lui dont les générations futures ont besoin pour savoir et comprendre ».

Son témoignage est  riche d’enseignements. Sa simplicité nous invite à lui poser des questions presque naturellement. Cette fois j’en suis sûr. Nous sommes sur la bonne voie.

Nous passons une courte nuit dans une paroisse de la CIMADE, conduit par Jean-Pierre, militant de cette association qui nous suivra jusqu’à Aix en Provence.

Nous débutons notre marche à la Cayolle, quartier marseillais, d’où les anciens marcheurs sont partis. C’est à cet endroit qu’un enfant âgé de11 ans, gitan, fut victime d’un attentat lors des élections municipales de  quelque temps avant la marche.

Notre marche dans Marseille est accueillie dans une certaine indifférence par ceux qui ignorent tout de notre projet, et teintée de méfiance par ceux qui nous attendent (hormis la Cimade bien entendu). Seules quelques personnes nous demandent pourquoi nous marchons. La fatigue se fait sentir de façon très vive à l’arrivée à Aix en Provence où l’accueil des associations militantes est formidable.

Demain une autre journée de marche nous attend. Un pèlerinage au bout duquel nous comprendrons enfin pourquoi nous avons oublié.

Auteur : Nabil Merad

La rédaction

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