Miriame retrace le parcours insolite d’Aïda Chouabbia, cette marocaine, mère de 3 enfants et nounou, qui chante à présent à l’opéra de Lyon.

Lorsqu’Aïda m’ouvre la porte ce vendredi après-midi, elle porte une djellaba blanche et un grand sourire. Et pour nous souhaiter définitivement la bienvenue, nous prenons le café avec des petits gâteaux. C’est dans cette ambiance conviviale qu’elle déroule pour nous son parcours qui la conduit de Rabat jusqu’à Lyon. Cette femme âgée de 53 ans, d’origine marocaine et mère au foyer de 3 enfants, est veuve depuis quatorze ans. Avant d’arriver sur Lyon en 1982, elle était la nounou des enfants de l’ambassadeur de France à qui elle chante de nombreuses berceuses. Les prémisses de sa carrière à l’opéra ?

Reste que son travail au sein de la famille de diplomates lui donne la possibilité de voyager dans plusieurs pays d’Europe. Et ce alors même qu’elle ne parle et n’écrit que très peu le français. Mais ce n’est qu’au moment du décès de son mari, en 1994, qu’elle ne se décidera à prendre des cours d’alphabétisation au centre social Eugénie-Cotton de Vénissieux : elle doit désormais seule s’occuper des procédures administratives et des tâches quotidiennes.

C’est à partir de ce moment-là que tout a commencé pour Aïda ; le début d’une nouvelle vie. Ces cours de français lui ont permis de rencontrer et d’échanger avec d’autres femmes et d’avoir l’opportunité de participer au projet « Kaléidoscope ». Cette initiative vise à réunir des habitants du quartier de la Croix-Rousse et de Vénissieux, le temps de créer de minis spectacles de théâtre musicaux. Ils peuvent ainsi imaginer et fabriquer leurs propres spectacles avec l’aide de l’écrivain Patrick Laupin.

Ce projet est mené par l’animatrice Marie-Hélène Mathurin du centre social Eugène-Cotton de Vénissieux qui travaille main dans la main avec le pôle développement culturel de l’Opéra de Lyon. Une préparation de deux ans a été nécessaire, avec le concours d’artistes, d’auteurs et de techniciens professionnels pour mener le projet à bien. Et depuis février 2007, une demi-douzaine de personnes issues notamment du groupe d’alphabétisation ont bâti leurs propres textes puis apprennent aujourd’hui à chanter et à les mettre en espace avec le musicien Maxime Lavieville.

Aïda est l’une des interprètes et elle chante en arabe. Comme elle, la plupart des participants sont des mères de famille récemment arrivées en France. Les textes évoquent volontiers leur vie d’avant, l’avenir ici et la culture qui en reste. Une première présentation publique a eu lieu en décembre à l’Opéra de Lyon. Prochain rendez- vous : Le jeudi 8 mai 2008 de 14h à 16h, à la MJC le Cadran, pour poursuivre le projet Kaléidoscope.

Jusqu’ici, Aïda voyait le projet comme une simple occasion de se retrouver avec d’autres femmes : désormais, elle a « la volonté de réaliser quelque chose ».

 

Miriame Chorfa