Ce lundi 15 avril à 11h se tenait à Jean-Macé la conférence de presse en présence des sept candidats régionaux de la liste Lutte Ouvrière aux élections européennes qui se dérouleront le 26 mai prochain.

Le clan des travailleurs, conduit par Nathalie Arthaud et Jean-Pierre Mercier, a présenté, ce lundi 15 avril à Jean-Macé, un programme « non électoral » pour des objectifs de luttes futures, programme qu’ils nomment « communiste révolutionnaire ». Demandant une hausse du SMIC à 1800€, une unification de l’Europe ainsi que de meilleures conditions de travail, ceux qui soutiennent les revendications sociales des Gilets Jaunes depuis le début voient les élections comme un « moyen de populariser ce programme ». Luttant contre les grands groupes, ils espèrent avoir plus de votes que pour les élections européennes de 2014 pour lesquelles ils n’ont eu que 1,5% des voix. Convaincus que « collectivement, nous, les travailleurs en décidant de tout ça démocratiquement on ferait bien mieux que les capitalistes », ils militent pour obtenir gain de cause et revendiquent la phrase de Karl Marx « travailleur de tous les pays unissez-vous » car « elle est plus que jamais d’actualité ».

Les candidats de Lutte Ouvrière / Crédit photo : Morgane Michat.

La tête de liste du parti communiste Lutte Ouvrière Nathalie Arthaud a accordé une interview au Lyon Bondy Blog. Nous avons pu évoquer son absence au débat de l’Émission politique de France 2 du 4 avril dernier et son ambition européenne pour les élections du 26 mai prochain.

Lyon Bondy Blog : Vous avez été écartée du débat sur France 2 de début avril et vous avez saisi la justice. Le Conseil d’État et le CSA n’ont pas jugé problématique que vous ayez été absente. Est-ce que c’est une forme de censure pour vous ?

Nathalie Artaud : En tout cas, ça en dit long sur l’interprétation de France Télévision, sur leur souci du pluralisme. Il y avait douze candidats, douze listes représentées, dont certains qui représentaient un courant tout frais, sorti du chapeau. Il manquait finalement le nôtre, qui est un courant qui existe depuis des décennies et qui porte la voix des travailleurs et des classes exploitées. Pour nous c’est surtout une preuve supplémentaire du mépris qui s’exprime régulièrement à l’encontre du monde ouvrier.

LBB : Pourquoi il y aurait un manque de pluralisme selon vous ?

NA : Ils ont présenté ce débat comme celui du lancement de la campagne européenne, mettant sur la ligne de départ tous les candidats. C’est ainsi qu’ils se sont présentés. Sauf que ce n’est pas vrai. S’ils donnaient le top départ de cette campagne, il aurait fallu qu’ils invitent toutes les listes qui sont en campagne, parce que ce n’est pas seulement une conférence de presse.

Nous menons une campagne avec des meetings, on a un site de campagne qui présente toutes nos activités de campagne, nos activités militantes bien sûr mais pas seulement. C’était un choix, c’est un manque de pluralisme et de sérieux évident. Vous savez, France Télévision ne fera pas d’autre débat. C’était le seul et unique de la campagne. De façon très solennelle ils organisent ce débat là, qui peut effectivement laisser croire qu’ils ont invité toutes les listes. Il s’agit véritablement d’un mauvais coup. Ils ne nous ont pas mis sur la ligne de départ tout simplement.

LBB : Vous militez pour les travailleurs et contre le grand patronat et la bourgeoisie. Mais concrètement, quelle serait l’action de Lutte Ouvrière au Parlement européen ?

NA : Tous ceux qui se présentent nous expliquent que ceux qui dominent et pèsent sur le Parlement européen, ce sont les lobbies. Nous, nous parlons du grand capital. C’est le grand capital qui pèse sur les institutions européennes. Si l’on veut que cela change, il ne faudra pas que les députés au Parlement européen. L’ensemble des peuples et classes exploitées d’Europe doivent se faire entendre, dans des mouvements aussi puissants que ceux qu’il y a aujourd’hui en Algérie et au Soudan. Ce que nous voulons dire c’est que l’Union Européenne, elle a unifié les travailleurs d’Europe. Mais elle les a unifiés dans le chômage, la précarité, la misère. Elle a permis à la grande bourgeoisie d’Europe de prospérer. C’est ce combat là que nous proposons de mener, y compris si on est élu au Parlement, c’est-à-dire tout faire pour conforter les travailleurs dans les luttes qu’ils ont à mener.

Nous souhaitons une Europe unie, sans frontière. Nous sommes pour la libre circulation, la libre installation des hommes et des femmes d’Europe mais aussi de ceux qui n’ont pas d’autre possibilité, pour survivre, que de rejoindre l’Europe. Nous serons les adversaires résolus de cette « Europe forteresse », de cette Europe qui amène une politique criminelle vis-à-vis des migrants. Ce sera un combat que nous mènerons parce qu’il est aujourd’hui révoltant de voir qu’on cherche à emprisonner des peuples dans leur pays de misère, ravagé par les guerres, par la pauvreté.

LBB : Avec une abstention toujours plus forte, surtout pour les élections européennes (56 % d’abstention en France en 2014), comment peut-on inviter les Français à venir voter ?

NA : On va les inviter à venir voter pour exprimer leur révolte. Ils peuvent se saisir de ces élections pour prolonger leur cri de colère et pour faire entendre, encore et toujours, leurs revendications. Il n’y a pas de raison qu’ils se taisent. Nous les appelons à prendre la parole sans se laisser piéger par ce discours consistant à dire qu’il faut défendre un certain point de vue vis-à-vis de l’Europe et des institutions et se positionner sur tel ou tel type d’Europe. Nous disons qu’en réalité, il faut une Europe des travailleurs et ce sera à nous de la faire, par en bas et en nous mobilisant.

Ne tombons pas dans ce piège de devoir choisir pour ceux qui nous proposent une vision de l’Europe rabougrie, repliée sur elle-même. Faire croire qu’il n’y a que deux options, Le Pen d’un côté et Macron de l’autre, c’est un piège. L’un comme l’autre gouvernera au profit de ceux qui dominent aujourd’hui la société, c’est-à-dire la grande bourgeoisie. Leur opposition sur l’Europe, l’immigration est complètement superficielle. Donc voilà, il n’y a pas de raison que ceux qui sont mobilisés, qui ont fait entendre leur voix dans le mouvement des gilets jaunes ne continuent pas de le faire dans ces élections. Il faut qu’ils en profitent, c’est une occasion supplémentaire de le faire.