Le football espagnol est perché au sommet grâce à une génération brillante et enviée. Les champions du monde s’attèlent à faire oublier la crise à un peuple meurtri par la crise et l’austérité. À Lyon, un club représente la communauté espagnole tout en restant ouvert aux autres. Joueurs et dirigeants se livrent sur la situation du pays et la Coupe du Monde au Brésil au mois de juin.

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Lorsque les vitres des tramways sont embuées par la fraîcheur, l’Espagne apparaît comme un idéal : la chaleur, la mer et le football. C’est aussi le pays de la deuxième langue qui ne laisse pas forcément de bons souvenirs. Elle devient toutefois chantante une fois apprise ou maîtrisée. On compte quatre cents millions d’hispanophones dans le monde.

L’Espagne est aussi un havre de culture fier de ses écrivains, ses peintres et d’un cinéma toujours présent au Festival de Cannes avec Pedro Almodovar, Luis Bunuel ou Penelope Cruz…  

L’Espagne veut tout

Si on extirpait les gènes de sa jeunesse, on y lirait une rage de vaincre largement assumée depuis plus de dix ans et qu’on dit héritière des Jeux olympiques de Barcelone en 1992. En 2008, la sélection nationale de football amorçait l’une des plus grandes épopées sportives en remportant le Championnat d’Europe des nations.

Championne du monde en 2010, la Roja faisait oublier la crise à son peuple grâce à une génération intouchable, dont la plupart des joueurs issus du FC Barcelone, allait elle même s’octroyer la ligue des champions (2006, 2009, 2011). L’enfant de Majorque Rafael Nadal et ses huit titres à Rolland Garros a aussi contribué à symboliser cet esprit.

Au Brésil, les coéquipiers de Andrés Iniesta débuteront dans la poule B avec le Chili, les Pays et l’Australie. On retrouvera donc l’affiche de la finale 2010 en Afrique du Sud où la Roja s’était imposée face aux Hollandais (1-0).

Le sport, une rampe d’espoir

En septembre 2011, après la victoire de l’équipe nationale à l’Eurobasket, Le Nouvel Observateur soulignait : « L’un des instruments de l’unité nationale du pays. Au sortir d’un demi-siècle d’une dictature qui avait attisé les divisions en jouant, notamment, sur ses particularismes régionaux, il fallait des symboles forts pour ressouder la population autour d’un destin commun. Et le sport fut l’un de ceux-là. »

Le paradoxe est ressenti dans le fait que la jeunesse espagnole est articulièrement touchée par la crise internationale, comme la Grèce ou le Portugal, avec un chômage chez les moins de vingt cinq ans ayant atteint les 56,5 % en 2013 alors qu’il était de 26,1 % en France et 8,7 % en Autriche, pays le plus épargné.

Les clubs espagnols sur la brèche

Le 24 mai prochain, la finale de la ligue des champions opposera à Lisbonne le Real de Madrid à l’Atletico de Madrid. Au-delà des grandes performances, le football espagnol est souvent pointé du doigt. Aussi prestigieux soient-ils, les clubs du royaume sont très endettés. En décembre 2013, le journal Le Point révélait une dette accumulée des clubs s’élevant à 3,6 milliards d’euros. Ceux-ci sont tous visés par le fisc auquel les clubs devaient plus de 660 millions au 30 avril 2013.

En février dernier, le journal sportif AS se voulait rassurant sur la situation en affirmant qu’« entre le 1er janvier 2012 et le 31 mai 2013, les clubs professionnels espagnols auraient réduit leur dette de 20 %. »

Lyon Espagnol : une histoire de maillot

« Il est vrai que porter le maillot de l’Espagne fait rêver les gens pendant cinq minutes. On ne joue pas de ça pour autant » sourit Alfonso Rojas (43ans) vétéran de la formation Lyon Espagnol avec vingt ans d’ancienneté.

À travers les terrains du district du Rhône, la cinquantaine de licenciés repartis ne passe pas inaperçue avec sa parure. Lyon Espagnol a été créée sous le nom de Centre Espagnol de Lyon en 1966 par des membres de la communauté locale. Celle-ci a donné naissance au club en 1972, basé dans le septième arrondissement et présidé par Poncelas Longines.

« Ici la communauté espagnole est moins représentée qu’au début explique Alfonso Rojas.  Malgré la dénomination, il y a le fait de se retrouver en communauté, mais aussi de s’ouvrir aux autres. Il faut un juste milieu. Au niveau sportif, cela profite toujours. Je pense qu’en Espagne, ils sont tout aussi ouverts. C’est une règle qui s’applique partout de nos jours. »

Inquiet, il note « le manque d’infrastructures et de soutiens financiers de la part de la mairie du septième. Le consulat d’Espagne reste également très muet par rapport aux sollicitations. »

Manuel Gonzalez (65 ans), ancien président de l’association, mais toujours bénévole actif loue le dynamisme du Centre Espagnole de Lyon : « Bien sûr, il y a le foot, mais c’est surtout une association culturelle avec des soirées dansantes. On organise des voyages en Espagne pendant les fêtes de l’ascension. C’est une bonne chose pour la jeunesse, mais aussi pour les générations plus anciennes. Il y a des gens de différentes origines, on s’entend bien. Cela leur donne une bonne image de notre pays. »

Le bénévole n’hésite pas à donner son point de vue sur la crise actuelle en Espagne :

« L’important c’est qu’au pays, ils relèvent la tête » espère-t-il tout en restant sarcastique sur les promesses du chef du gouvernement espagnol depuis 2011 Mariano Rajoy.

L’Espagne jusque dans les quartiers

Grand supporter du FC Barcelone, Alexandre Lopez (21 ans) effectue sa première saison au sein du club : « Pour le mondial, les Espagnols seront attendus, mais la domination de la sélection donne envie de jouer. On a l’impression que ses joueurs ne se compliquent pas la vie. J’habite en banlieue lyonnaise à Vénissieux et on s’aperçoit que l’esprit du FC Barcelone dont s’imprègne La Roja influence les jeunes au-delà du jeu. »

Et d’ajouter :

« Quand je vais en vacances en Espagne, je me rends compte de l’ampleur de la crise avec tous ces gens qui partent travailler à la frontière française. Le football est un exutoire pour eux. »

D’origine algérienne, l’attaquant Djafer (32 ans) réside à Charpennes et explique le bon fonctionnement du multiculturalisme dans ce club par « le melting pot que le foot peut nous offrir en tant que sport populaire. »

« Je ne suis jamais allé en Espagne, dit-il, mais par rapport à la crise qu’il y a là-bas, je reste mesuré. Je me suis rendu en Tunisie pendant le Printemps arabe et ça s’est bien passé. Je ne me fie pas à ce que montrent les médias à la télévision. »

Pour Manuel Gonzalez, il est hors de question d’organiser une soirée ligue des champions le 24 mai prochain : il sera trop difficile de canaliser les socios du Real et ceux de l’Atletico dans les locaux du club !