Certains ont beau jeu de voir dans cette triste affaire une sorte de choc des cultures. On entend un député UMP, monsieur Ciotti, qui ne dissimule pas une lecture communautarisée des faits. De l’autre coté, le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France) dénonce une dérive autoritaire de la police durant le contrôle à l’origine de la situation à Trappes. Et au centre, il y a une Valls de déclarations incantatoires sur le devoir de fermeté de la République, par le premier policier de France.

trappesPetit résumé des faits

Nous sommes jeudi 18 juillet, au environ de 21 heures, quelques minutes avant la rupture du jeûne. Cassandra et Mikaël, deux Français convertis, se font contrôler par la police. Le contrôle semble dégénérer rapidement, sans que les détails des faits soient connus et reconnus. Les deux parties, comme de juste, se revoient la responsabilité d’une situation qui en vient à l’arrestation des deux passants.

Quand la rupture du jeûne devient la rupture avec les jeunes

Visiblement, quelques écervelés ont eu du mal à goûter la nouvelle en plein ramadan, et l’on vérifie que des ventres vides n’ont pas d’oreilles, ou de cervelle, en l’occurrence. Forts de leur indignation, un groupe de trente personnes environ, toutes jeunes, se rend au commissariat central de Trappes et transforme la prière du vendredi en exigence de fin de semaine. Au passage, cela ressemble à un mauvais remake d’une scène du film « Malcom X ». Une fin de non recevoir des policiers, prévisible, les laisse sur leur faim, et c’est la goutte qui fait déborder le vase. Plus tard, par un prompt renfort, la trentaine devient quatre cent et commence l’Intifada des fadas.

S’en suit une nuit de ramdam avec grillades de poubelles, brochettes de pierres, sorbets de pétards et moult spécialités nocturnes servies aux forces de l’ordre. Une « datte » que n’oublieront pas les convives. Voici, ci-dessus, la lecture islamisée des événements, que nous servent certains médias, où le champs lexical, parfois suggéré entre les lignes, voudrait nous amener sur le champ religieux.

Le chantre de cette lecture se trouve être le député Ciotti, qui joue les dépités en invoquant tous les saints de la laïcité contre l’hydre islamiste cachée derrière la meurtrière (au sens architectural) d’un niqab. Ce fait divers lui sert de pain béni, à défaut de pain au chocolat… Il serait malheureux que la France se sente effilochée par un morceau de tissu. D’autant que depuis le passage de la loi contre le port du voile intégral, il y déjà quelques années, nous sommes face au tout premier dérapage notable dans l’application de celle-ci.

Ceci étant dit, rappelons quand même au CCIF, que le voile intégral, voire intégraliste, ou encore intégriste, est une invention tout droit venue de la péninsule arabique. Le conseil très appuyé du Coran faisant mention du voile, indique que les épouses du prophète Mohammed, ainsi que les épouses des croyants doivent « rabattre leurs voiles sur leurs poitrines ». Le niqab est donc une lecture faite par une partie des musulmans concernant l’injonction faite au femmes de ne pas se promener en exposant leur poitrine. Sachant qu’en Arabie Saoudite, où les femmes n’ont pas même le droit de conduire une voiture, cela s’inscrit dans un axe machiste patriarcal et tribal d’un régime autoritaire, théocratique et royaliste. Le statut de la femme dans le Hidjaz n’est pas une découverte, c’est le cas de le dire, et c’est un peu le « niqab’riolet », ni permis de conduire…Cela n’a plus grand chose à voire avec le réel progrès pour les femmes de l’époque que fut la révélation de l’islam. On enterrait vivantes les petites filles avant que cette nouvelle religion ne l’interdise, paradoxal non ? Il serait donc plus approprié de parler d’ « arabisaouditophobie » que d’islamophobie concernant l’interdiction du voile intégral. Et puis comment justifier que l’on puisse aller et venir sans possibilité d’être reconnu dans un pays comme le notre. Le niqab serait alors le dernier endroit où se cacher plutôt que d’être un exilé fiscal, où encore un endroit sûr pour tout les évadés en cavale, ou bien l’ultime havre de paix contre les paparazzi pour le peoples décérébrés du paf ?…

Quant à notre cher ministre de l’intérieur, espérons que ses déclamations seront suivies d’actes par l’ensemble des ministère concernés par une politique de concentration urbaine, sociale et ethnique catastrophique. En effet, cela fait des décennies que les habitants des banlieues, puisqu’il s’agit bien de cela, attendent de voir se déployer la splendeur de la République autrement que dans des déclarations de principes ou encore avec la migration de policiers sous des climats plus chauds qu’en centre-ville, à chaque poussée de violence… Souhaitons que la fracture sociale sera colmatée un jour par autre chose qu’un mastic verbeux ponctué d’intentions par trop velléitaires.

Pour finir, cela n’enlève rien à la bêtise de ceux qui pensent que la violence est un moyen d’obtenir des droits. En effet, plutôt que d’avancer dans le bon sens, cette forme d’expression ne fait qu’ajouter aux incompréhensions des uns et des autres pour finir par dans rapport de force faisant peu de place au vivre ensemble. Chaque pierre lancée et chaque flash ball ne font qu’affaiblir les fondations de la République. Chaque voiture brûlée, ou grenade lacrymogène ne fait qu’enfumer le débat, et chaque barricade ou paire de menottes ne fait qu’entraver les libertés de tous.