Un groupe d’amis avant d’être un crew, c’est la loi de la Jungle. Ils sont Lyonnais, rappeurs, beat makers ; ils ont entre 19 et 26 ans et présentent sur scène leur premier projet qui sortira le 28 novembre 2015. Rencontre avec les oiseaux rares et animaux sauvages qui composent La Jungle.

C’est à l’occasion d’un Open Mic animé par FayaBoyz précédé d’un concert d’Eff Gee à la Marquise le jeudi 12 novembre que le LBB a rencontré les nombreux membres de la Jungle : les rappeurs Neuja, Pers, S Tedy, Shapyro, l’Ours et Orphé Double H, ainsi que les beat makers l’Exodus et Sale Gosse.

En 2013, vous aviez terminé deuxième du Hip Hop Talent Tour à Lyon. Deux ans après, vous avez de gros projets qui vont arriver, vous pouvez nous en parler ?

Notre projet c’est « De l’Herbe à la cendre », qui sort le 28 novembre 2015 !

Ces dernières années, vous avez participé à des tremplins Hip Hop, des concours, des concerts du côté de Valence et de Grenoble aussi… Est-ce que vous avez fait des concerts dans les quartiers populaires de la région ?

Certains oui, et moi (l’Ours) j’ai fait un concert dans une prison à Bourg-en-Bresse, il y a déjà un petit moment. C’était avant la création de la Jungle, on avait eu une opportunité de faire un concert pour des détenus. Personnellement, si on me le repropose, je dis oui direct, c’est trop de la balle en fait ! De pouvoir jouer pour ces gens qui sont enfermés, privés de liberté, ça fait plaisir.

Dans les MJC, des ateliers d’écriture sont organisés pour les jeunes MC’s. Vous avez déjà fait des ateliers ou des concerts dans des MJC comme pour retourner à la source et faire partager aux plus jeunes votre expérience ?

Certains ont déjà fait pas mal d’ateliers d’écriture sur Valence. Si c’était à refaire ce serait super ! On a déjà fait un concert dans une MJC pour le Secours Populaire, si on en a d’autres on en fait d’autres ! Après, en termes de retour aux sources, on se considère encore à la source et on aimerait déjà faire des concerts ailleurs qu’à Lyon.

Pour revenir sur la sortie du projet qui est imminente et que vous allez défendre ce soir sur scène, est-ce que vous avez une tournée en perspective ?

On cherche des dates, on accepte tout. Salle de concert, MJC, même un parking ou ton salon on vient ! On part du principe qu’on ne refuse aucune scène.

D’ailleurs vous avez déjà prévu quelque chose pour la Fête de la musique ?

C’est encore loin, mais il faudrait peut-être y penser oui !

Depuis 2 ans, est-ce que vous avez réussi à vous faire un public ?

On fait une grosse dédicace à Tanya (Tay-c) qui est déterminée (rires) et qui nous suit de partout ! On a pas mal tourné en fait. Sur Grenoble, on a fait la première partie de Lucio Bukowski et Anton Serra pour la sortie de leur album « La plume et le brise-glace ». Ils nous ont vu là-bas et ils nous ont proposé leur première partie au Marché Gare, c’était vraiment (du) lourd ! Si on peut en avoir d’autres des scènes comme ça, ça peut être vraiment sympa surtout pour défendre le projet.

Quelles sont vos influences musicales ?

Certains ont des influences plutôt rap. Moi (S Tedy) je suis plutôt rap français que ricain déjà . J’ai commencé à aimer le rap grâce à Disiz : j’avais trouvé une cassette audio par terre quand j’étais gamin et franchement je me suis dit le mec est trop fort et j’adore ça. En rap US, pour moi, il n’y a que deux mecs vraiment énormes : Hopsin et Eminem. Ils m’ont énormément influencé et inspiré, j’ai fait des études de leurs textes, je me suis vraiment pris la tête. Pour d’autres (l’Ours et Pers), c’est plutôt du rap indépendant comme Furax.

Moi (Neuja), j’ai moins d’influences rap. Je suis plutôt Stromae, Christine and the Queens, même si j’aime bien ce que fait Nekfeu ou Maître Gims (rires). Et aussi la vieille chanson française comme Brassens, Brel ou encore Piaf. Ces trucs à l’ancienne je kiffe ! Dans la forme, je préfère ce qui se fait aujourd’hui, mais dans le fond, j’écoute grave des trucs Old school.

Comment vous faites pour écrire vos textes ensemble et à tous vous mettre d’accord sur l’idée et le message ?

En général, il y en a un qui arrive avec une idée, un thème, un couplet ou un refrain et ensuite ça va enclencher l’inspiration chez les autres qui vont pouvoir compléter le texte. Il y a aussi des morceaux pour lesquels on s’est calés tous ensemble et on s’est dit : on va découper le morceau comme ça, toi tu te mets sur tel couplet, toi tu dis ça… ça dépend.

Et pour l’enregistrement, le montage ou vos clips, vous vous débrouillez avec les moyens du bord ?

On part toujours du principe qu’il vaut mieux faire un truc qui n’est pas parfait plutôt que de ne rien faire du tout. Sur le processus de création, on n’habite pas tous en colocation, mais presque. Le beat maker Sale gosse fait les instrus avec l’Exodus et on est souvent en train d’écrire. Sale gosse commence à faire les mix lui-même, on s’enregistre nous-mêmes. À terme, le but c’est de tout faire nous-mêmes. Si on peut n’avoir besoin de personne, c’est mieux : on veut de l’autonomie.

Être autonome c’est synonyme d’indépendance pour vous ? Vous voulez rester indépendants ou si on vous propose un contrat vous signez direct ?

On a une manageuse déjà ! Au niveau des contrats, on passe un Big up au Collectif Améthyste Valence. Sans eux, on n’aurait pas pu faire tout ça, donc merci à eux. Pour l’instant, on bosse avec eux, on nous a déjà proposé deux ou trois trucs, mais on veut rester autonome. Surtout artistiquement, pouvoir faire ce qu’on veut et dire ce qu’on veut. On verra ! Si demain quelqu’un nous propose des trucs cools avec plein d’argent et pleins de libertés pourquoi pas, sinon on le fera tout seuls.

LA JUNGLE

Est-ce que vous êtes des habitués de la scène ? Ce soir, est-ce que l’enjeu est un peu différent à la Marquise avec Eff Gee ?

Franchement, on a déjà joué ici donc moi (Neuja) je me sens comme à la maison. On a organisé une soirée où on avait loué la Marquise, on était en tête d’affiche et on avait invité nos potes pour les premières parties, on avait grave kiffé! Donc la Marquise c’est un peu sentimental. Ça fait plaisir de faire la première partie d’Eff Gee, parce que l’Entourage c’est des mecs qui ont enclenché un truc.

On a pas mal tourné, mais pour le coup cette scène-là est quand même importante. Pour la sortie du CD, il y a eu un remaniement du groupe, une division des tâches, on tend plus vers la professionnalisation. Pour nous, c’est un peu un galop d’essai, c’est pour ça que le fait d’être à la maison, à Lyon, c’est très important. Ça nous enlève une partie d’anxiété qu’on peut avoir quand on débarque dans des villes qu’on ne connait pas, comme Grenoble, Valence, ou Paris. Cette scène va définir ce qu’il va se passer par la suite, on l’espère en tout cas.

On a fait beaucoup de lives en 2014, ça s’est un petit peu calmé depuis. Et on espère qu’avec la sortie du projet ça va repartir. Un grand merci à New Castle qui nous a sélectionné pour ce soir, merci à Alban et Hugo !