Ex-membre du Pockemon Crew, co-fondateur de la compagnie Tie-Break et membre de l’association Street-Off, le danseur et chorégraphe Niggaz, de son vrai nom Nagueye Mahmoud, est à 27 ans une figure importante du hip-hop français et international. Au travers des actions menées par les collectifs dans lesquels il évolue, l’artiste participe à faire de la culture hip-hop un outil social et pédagogique en transmettant aux plus jeunes les valeurs de tolérance et de solidarité.

Photo issue de l’instagram de l’artiste. Crédit : Nagueye Mahmoud

Comment as-tu découvert la danse ?

J’ai découvert la danse par mon grand frère. C’est lui qui m’a donné envie de danser, il a commencé en premier. J’avais 9 ans quand j’ai commencé. En le voyant s’entraîner, je me suis intéressé à la danse j’ai beaucoup aimé. À partir de là, je me me suis mis à fond dedans et mon frère a arrêté juste après.

Tu fais partie du Pockemon Crew de 2009 à 2016. C’est la compagnie de hip-hop la plus titrée au monde. Comment en es-tu venu à rejoindre ce collectif ?

Je m’entrainais souvent à l’Opéra de Lyon. Je dansais dehors, sur le parvis. Les membre du groupe Pockemon étaient en résidence dans l’Opéra. Ils passaient souvent devant s’entraîner avec nous et après il montait faire leurs répétitions. J’ai rencontré l’un des danseurs de Pockemon, qui s’appelle Patrick, de son nom d’artiste Bboy Wazz. Je me suis bien entendu avec lui. Du coup, on a fait quelques battles ensemble. Ensuite, j’ai intégré le groupe avec sa validation.

Tu as cofondé Tie Break. Peux-tu me parler de cette compagnie ?

On a fondé cette compagnie en 2016 après avoir quitté le Pockemon Crew. On est quatre ex-danseurs du groupe Pockemon : Patrick, par qui j’ai intégré le groupe Pockemon, Moncef Zebiri, Farès Baliouz et moi. Ensuite, on a recruté des jeunes avec nous. On a pris quatre autres jeunes danseurs pour pouvoir monter un spectacle et le faire tourner. Ce spectacle s’appelait Lobby et on a commencé à le monter en 2016. On a fait la tournée en 2017.

Tu es aussi membre de l’association Street-Off. Peux-tu présenter cette association ?

Street-Off est une association fondée en 2015 par Bboy Lilou. Il l’a créée pour partager avec les jeunes du monde entier son expérience et sa vision de la danse. Il va partout dans le monde, dans les pays les plus durs. Il est parti au Kazakhstan par exemple, il va dans des pays où la danse hip-hop est difficilement accessible. Le but c’est de transmettre son expérience. Il leur donne des cours de danse, il essaye de les mettre en avant à travers des vidéos. C’était ça le projet de base.

Tu as participé à ces voyages ?

Tie-break et Street-Off ont été fondé à la même période. On avait beaucoup de travail avec Tie-break. Il fallait monter la compagnie. On venait de quitter le groupe Pockemon donc on devait repartir de zéro. Je ne pouvais pas être très présent dans l’asso Street-Off au début et je n’ai pas participé aux voyages. Depuis plusieurs mois, je suis beaucoup avec Lilou mais le Covid-19 fait qu’on ne peut pas voyager où on veut, donc on est tous à Lyon pour l’instant.

Les « Battle de Vaulx » sont organisés tous les ans par Street-Off depuis 2015. Qu’est-ce que ça signifie en tant que vaudais que ce gros évènement ait lieu dans la ville où tu as grandi ?

C’est une forme de réussite ! Avoir grandi avec un mec qui aujourd’hui est un danseur reconnu dans le monde et qui en plus ramène un gros événement comme ça à Vaulx-en-Velin et se bat pour les jeunes, c’est une grande fierté. Des danseurs du monde entier viennent à Vaulx-en-Velin pour cet évènement. On en est très contents de faire rayonner Vaulx-en-Velin de cette manière.

 « Les Héros des Hostos » est un autre évènement créé par Street-Off pour collecter des fonds en faveur des enfants malades. Depuis 2015, 74 000 € ont été collectés pour les enfants. D’où part cette initiative ?

Un membre de notre groupe, qui est un frère, un ami, a perdu son fils très jeune. Son fils était malade et il savait qu’il n’allait pas vivre jusqu’à l’âge adulte. C’est ce qui lui a donné envie de créer Héros des hostos. C’est un gros événement qui a fait participer plein d’artistes, que ce soit du graff, du rap, de la danse. À l’hôpital Léon Bérard, beaucoup d’enfants ne viennent pas de Lyon. Il y a des enfants hospitalisés là-bas dont les parents habitent dans d’autres villes. Donc, sur certaines périodes, ils sont obligés de venir à Lyon et se loger, par exemple en louant des chambres d’hôtels. L’argent récolté durant l’événement des Héros des Hostos sert en partie à les aider financièrement pour qu’ils puissent être auprès de leurs enfants. L’argent est reversé à l’association APPEL qui investit dans du matériel pour améliorer le quotidien des enfants malades.

Vous revenez tout juste d’une tournée dans le sud avec Street-Off. Peux-tu m’en dire plus sur cette tournée ?

Ce qu’on a fait dans le sud c’est parti d’une discussion entre membres du collectif. On s’est dit que par rapport au Covid, il ne pourrait pas y avoir de gros événement comme le Battle de Vaulx par exemple. Impossible cette année de ramener des danseurs du monde entier. Tout a été annulé cette année. Du coup, on s’est dit : « Pourquoi pas ramener la danse aux gens ? ». Donc, on est parti à Marseille. On a contacté des écoles de danse. Il y a des jeunes qui sont venus de Toulon et de partout autour de Marseille et on a échangé avec eux. On a fait un battle pour rigoler, avec des lots à gagner. On s’est entraîné avec eux. Vu que c’est difficile en ce moment d’organiser de gros événements, on a décidé d’organiser un petit événement à notre échelle. Tous les ans en août, on va à Haarlem, une petite ville en Hollande où il y a l’un des plus gros événements hip-hop du monde qui se passe. Malheureusement, à cause du Covid-19, ça a été annulé. On s’est donc dit qu’on allait remplacer cette petite tournée là par une autre organisée par nous-même.

Vaulx-en-Velin a enregistré un taux d’abstention de 75 % aux dernières élections municipales. La majorité des citoyens qui ne vont pas voter sont les jeunes. En tant que Vaudais qui s’investit dans sa ville auprès des jeunes, que penses-tu de ce taux d’abstention chez les jeunes de milieux populaires ?

Les jeunes n’y croient plus ! Je ne vis plus à Vaulx-en-Velin, mais pour y avoir vécu longtemps, ni mes frères ni mes sœurs n’allaient voter et pareil pour les autres jeunes. Pour nous, ce n’est pas voter pour un tel ou un tel qui va changer notre vie. On ne se sent pas représentés par ces personnes. Pendant toutes les années où j’ai vécu à Vaulx-en-Velin, je ne connaissais aucun nom d’élu. Ça ne m’intéressait pas.

Même artistiquement, je suis anti-subvention et anti-institution. Je suis contre tout ça. Je vais te donner un exemple qui me fait penser à ça ; Un programmateur de spectacle, par exemple, va se baser sur ce que lui aime ou non pour te programmer. C’est ce qui me dérange. Il ne se basera pas sur ce que son public aimerait ou non, mais sur son avis personnel. Il te dira : « On ne va pas vous programmer parce qu’on n’a pas aimé votre spectacle », mais peut-être que son public, lui, aimerait ce spectacle. C’est ce genre de truc qui me gêne.

On ne se sent représentés que par nous-même. Nous, on est fiers de notre ville. On représente Vaulx-en-Velin à travers notre art. On sent beaucoup de solidarité dans les quartiers populaires entre les jeunes. Ce qu’on se dit c’est qu’on ne peut pas compter sur les politiques, donc on compte que sur nous-même. Quand il y en a un qui réussit à Vaulx ou ailleurs, il se dit :« Comment je vais faire pour aider les plus jeunes à réussir aussi ? ».

En quoi la culture hip-hop peut-elle créer du lien entre les gens ?

Ce que j’aime avec le hip-hop c’est qu’il n’y a n’y a aucune barrière. Une femme peut danser contre un homme, un petit peut danser contre un grand, un handicapé peut danser contre un valide etc… Il n’y a aucune forme de discrimination. Il n’y a pas de racisme ou de mise à l’écart de qui que ce soit. Le hip-hop est rassembleur. On inclut tout le monde.