1998 nous semble loin. Ces temps de cohabitation furent riches en événements. La gronde des chômeurs traités à la carotte mais surtout au bâton par la Gauche plurielle menée par Lionel Jospin, l’affaire Elf, mais aussi l’assassinat du préfet Erignac… Pourtant, cette année évoque immédiatement la victoire des bleus en coupe du monde et les images de liesses.

 La France redécouvrait sa diversité et la force que cela pouvait constituer. Le rêve ne durera pas. La présence du Front national au second tour de l’élection présidentielle, la campagne calamiteuse de l’équipe de France à la coupe du monde 2002 marqueront la fin de l’état de grâce largement entamés par le 11/09/2001 et une campagne électorale consacrée à « l’insécurité ».

Et pourtant, même les plus rabat-joie s’étaient mis à espérer des lendemains meilleurs à l’issue de ces nuits estivales et glorieuses… Que reste -t-il de l’esprit de 1998 ? L’un des effets pervers de cette victoire avait été de reléguer certaines populations dans les registres sportifs, esthétiques… Pour d’autres, ces événements impulseraient des projets concrets éloignés de l’angélisme du tout multiculturel, rejetant une certaine conception de la politique de la ville consistant uniquement à faire de nos quartiers des réserves infinies de break dancers et de footballeurs… C’est le cas de “Sport dans la ville”, une association reconnue d’utilité publique et présente depuis bientôt 15 ans dans nos quartiers.

Le respect de la règle du jeu …

Créée en 1998 par deux anciens étudiants de EMLYON Business School, l’association a pour vocation d’agir dans les quartiers difficiles. Les fondateurs affichent clairement leurs intentions : aider les enfants à acquérir ou à renforcer certains codes, certaines règles à travers la pratique d’un sport collectif. Le respect du règlement est à la base du contrat, de l’engagement.
Les plus assidus, les plus disciplinés des enfants se voient offrir la possibilité de participer à des camps de vacances ou à des programmes d’échanges internationaux. Parallèlement à cela, un volet insertion professionnelle doit permettre aux membres d’acquérir une première expérience en entreprise et de se constituer un réseau. Les résultats sont encourageants et les jeunes sont de plus en plus nombreux sur les terrains de l’association. Ils sont aujourd’hui près de 2800 jeunes âgés de 7 à 20 ans, répartis sur 20 sites Rhône Alpins.

Campus, le siège

En 2006, Sport dans la Ville inaugure son « Campus » : ce centre regroupe le siège de l’association et ses salariés, ainsi que des salles de formation pour les jeunes. Le site compte plusieurs terrains de football, de basketball et des vestiaires. Enfin, depuis 2011, une pépinière d’entreprise appelée « Campus Pro » a également vu le jour sur le site, en lien avec le programme Entrepreneurs dans la Ville.

Entrepreneurs dans la ville

Les bonnes idées, le sens des affaires, la fibre commerciale sont des qualités qui n’ont pas d’origines ethniques ou sociales. De véritables success story sont nées « en zone urbaines sensibles ».

Souvenons nous des lignes de vêtements “Dia” ou plus récemment d’”Airness”. L’association convaincue de l’existence d’un véritable potentiel prospecte dans les quartiers, à la recherche d’entrepreneurs chevronnés. Après entretien, les candidats retenus suivront un programme destiné à approfondir les connaissances théoriques mais surtout pratiques liées à l’entreprenariat. Le programme est animé par les professeurs et coachs de EMLYON Business School, partenaire de “Sport dans la Ville”, dans leurs locaux d’Ecully. C’est business plan en poche que le futur dirigeant abordera le concours qui sanctionne le programme. Cette épreuve marque la fin de la première phase d’Entrepreneurs dans la Ville.

La seconde étape est avant tout une phase d’accompagnement. C’est à ce moment décisif de la création que le jeune candidat se voit proposer la possibilité d’être accueilli dans l’incubateur de l’association. Outre le coaching d’un chef d’entreprise et le conseil de nombreux professionnels, il est possible d’intégrer un réseau constitué par les membres des anciennes promotions. Depuis octobre 2010, cette étape se déroule dans les 600 m2 du Campus pro, bâtiment entièrement consacré à l’insertion professionnelle.

Le coût de la formation est estimé à 9000 euros par candidat. L’investissement est à la hauteur des espoirs placés dans les différentes promotions. Le responsable du programme, Olivier Maturin, ne cache pas son ambition: « arriver à un taux de création de 50% et une pérennité de 80% pour les sociétés lancées». Les entreprises créées doivent également générer de l’emploi. L’une d’entre elle, spécialisée dans l’assistance à domicile compte déjà 17 employés.

L’insertion professionnelle revêt une importance capitale pour Sport dans la ville. Les garçons mais aussi les filles peuvent à la veille de leur parcours professionnel solliciter l’association.

“Job dans la Ville”, “L dans la Ville”, “l’Apprentibus”…

Accessible à partir de 14 ans, Job dans la ville propose une série d’ateliers destinés à aider les jeunes adhérents dans leurs futures recherches d’emplois. Création de CV, travail sur l’élocution en vue d’entretiens, le programme est aussi une formidable vitrine pour ces jeunes. Ces derniers peuvent partir en immersion dans les entreprises partenaires et compter sur le soutien de nombreux parrains. L’association ne s’adresse pas seulement aux garçons, à priori plus réceptifs au volet sportif, les filles peuvent profiter des mêmes activités à travers le programme « L dans la ville ».

Enfin, “l’Apprentibus” est sans doute l’un des programmes les plus intéressants de Sport dans la Ville. S’adressant à un public plus jeune, cette activité marque une volonté de travail à long terme. L’Apprentibus est une petite salle de classe mobile. Le bus fait étape dans un quartier différent chaque soir. Au programme des réjouissances : lire et travailler sa diction.

Sport dans la ville démontre avec une réussite certaine qu’une démarche associative peut avoir une plus grande portée, une plus grande efficacité qu’un engagement politique. En plus de ringardiser une conception traditionnelle de la politique de ville, réglant à grand coup de distractions tous les problèmes des zones sensibles, elle offre une chance concrète à des jeunes, volontaires et décidés à s’en sortir.