Nous revoilà pour une nouvelle immersion tout aussi intéressante et qui pourrait vous concerner. Après les camps de Roms et une zone de guerre, au tour du monde ouvrier. Et pas n’importe lequel puisque nous avons travaillé incognito dans une usine lyonnaise de surgelés. Notre travail consistait à charger de nuit (21h-6h) des palettes de surgelés dans des camions à -25 C°, pendant 4 mois. Ceci est le récit subjectif d’une immersion dans une entreprise particulière et ne représente en aucun cas une généralité sur les entreprises de livraisons.

De l’intégration

IMG_0014L’embauche a été très brève. Un simple entretien avec le chef d’exploitations sans aucune question piège. Il a surtout cherché à savoir si j’étais sociable. Je découvrirai plus tard que la cohésion est un critère très important, particulièrement dans le monde ouvrier. En effet, un manque de cohésion entre ouvriers et patrons, ou entre ouvriers eux même, pourrait être synonyme de bloquage. Nous reviendrons sur ce point plus tard.

Mon premier jour a été à la fois très simple et différent de ce à quoi je m’attendais. En arrivant on me présente à tout le personnel. Et gare à celui qui oublie de serrer la main d’autrui. Cela fait parti des us et coutumes du monde ouvrier. Sans cela, pas la peine de compter sur la solidarité des autres dans un univers où, travail à la chaine oblige, nos actions ont une grande incidence sur le travail des autres.

De plus, pour l’anecdote, vous même devez le savoir, la poigne d’un ouvrier est plutôt rude et sèche. Je ne parlerai donc pas du temps qu’il me fallait avant de rentrer en chambre froide pour que me remette d’avoir serré la main d’une vingtaine d’ouvriers. C’est là que je comprends la réticence des hommes politiques à se déplacer dans les usines serrer des centaines de mains. Une petite pensée pour les ministres qui se rendent dans les usines à la rencontre des ouvriers…

Trêve de plaisanterie, après m’être présenté, je trouve ma place sans aucun problème. Deux groupes étaient établis. Celui des jeunes (25 – 33 ans) et des plus âgés (35 – 55 ans). Naturellement c’est le groupe des plus jeunes qui m’a accueilli et m’a pris sous son aile pour me former. La formation est une étape importante pour l’intégration dans le groupe. En effet la capacité à comprendre vite et correctement est importante car en cas de faute individuelle, tout le groupe est pénalisé.

La théorie du complot

Comme vous devez surement le savoir, il n’y a pas vraiment de plaisir à charger des camions de 21h à 6h à -25°C. Pour autant l’addition de certains facteurs rend la tâche nettement plus plaisante. A commencer par l’ambiance. Il est vrai que la bonne humeur et les rigolades sont des éléments que personne ne néglige car facteurs de productivité. En gros un ouvrier qui sourit est un ouvrier productif et consciencieux. L’antre de cette bonne humeur n’est autre que la salle de pause intérieure pour ceux qui ne fument pas, généralement les jeunes. Et extérieur pour ceux qui fument, généralement les plus âgés. Même s’il arrive que ces deux entités se retrouvent autour d’une bonne pizza. Nous reviendrons sur cet espace de pause dans un prochain numéro.

Au sujet de ces pauses, j’ai constaté une chose assez difficile à comprendre de l’extérieur mais qui paraît plus logique après coup. Tous les services de nuit commençaient par une pause café ou thé. C’est d’ailleurs lors de cette pause que tous les plans de travail sont décidés par consensus par les chefs d’équipe et les personnages les plus charismatiques de l’équipe de nuit. A savoir quel camion est-il plus judicieux de charger vu de la quantité de travail qu’il y a et les heures que nous avons devant nous ? Tous ces choix peuvent paraître anodins mais n’est pas le cas. Un exemple très simple par lequel on constate la fraternité qui lie ces ouvriers via une préoccupation commune. Si le rythme de travail reste le même alors que la quantité de camions à charger est moins importante qu’à l’habitude, les patrons se rendront vite compte qu’il faut soit moins d’ouvriers soit moins d’heures de travail les jours où la quantité est moins importante. C’est donc un juste équilibre qu’ils doivent trouver pour ne pas faire flancher la productivité. Et ne pas montrer qu’à effectif ou horaires réduits, ils peuvent faire le même boulot…

La rédaction

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