Le 23 mars prochain, les Lyonnaises joueront leur premier match dans l’enceinte du Grand Stade de Décines. Et pas n’importe lequel : un quart de finale de la Women’s Champions League contre les Tchèques du Slavia Prague. L’occasion pour le LBB de revenir sur la place du football féminin dans les médias et dans la société ainsi que sur l’engagement d’associations pour la reconnaissance des footballeuses. Rencontre avec Isabelle Bernard, dirigeante de l’OL féminin et Présidente du club de supporter OL Ang’Elles, et Marianne Gazeau, Présidente de Foot d’Elles.

Installée en décembre à la Bibliothèque de la Part-Dieu, l’exposition photo itinérante Mêmes Rêves de foot poursuit son tour de France à l’occasion de l’Euro 2016. L’objectif ? Promouvoir l’égalité Homme-Femme et la mixité dans le sport. À cette occasion, quelques joueurs et joueuses de l’Olympique Lyonnais se sont retrouvés le temps d’une photo et d’une interview. Marianne Gazeau, qui est à l’origine de l’évènement, défend son projet et son envie de sensibiliser le footballeur au football féminin en « taclant » les préjugés :

« Le monde du foot masculin ignore totalement le foot féminin, c’est pour ça que j’ai fait cette expo. Il y a encore beaucoup trop de clichés : les femmes jouent mal, c’est trop lent… » Pourtant, tous pratiquent le même sport : « Le ballon a la même densité, le terrain a la même dimension, il n’y a pas de différence sportive ! » Assure Isabelle Bernard, dirigeante de l’OL féminin. Mais il est vrai que le traitement médiatique diffère toujours : « L’image du foot masculin est catastrophique mais les médias ne s’intéressent pas encore au foot féminin. Ils vont commencer avec la Coupe du monde de 2019 en France. Mais il faut d’abord des résultats. »

S’il n’y a certes pas de différence d’un point de vue sportif, Isabelle Bernard défend les valeurs propres au foot version féminin : « À part jouer le même sport, ce n’est pas le même public, pas la même ambiance, pas la même mentalité, et surtout pas la même vie pour les joueuses. » C’est pour cela qu’elle s’est lancée dans la création d’un Club de supporters : « C’était important d’en créer un dédié aux filles. C’est d’ailleurs le seul en France ! »

« Nos joueuses sont des exemples pour les autres femmes »

Marianne Gazeau, quant à elle, a créé le site internet Foot d’Elles dédié à l’actualité de ce sport. Elle organise de nombreux évènements pour promouvoir le leadership féminin et la mixité sociale à travers le foot.

« J’ai créé, avec l’association Nos Quartiers Ont des Talents, une petite équipe de foot composée de femmes cadres d’entreprise et de jeunes femmes qui cherchent un emploi. L’objectif, c’est que celles qui sont sans emploi trouvent un job. Il y a une réelle mixité culturelle dans cette équipe, c’est ce qui fait sa richesse. Nous organisons également des tournois dans des banlieues populaires avec des équipes mixtes. »

Ce type de tournoi serait d’ailleurs en projet dans la région lyonnaise. Si favoriser la mixité sociale dans les quartiers populaires est une des principales thématiques de l’association Foot d’Elles, pour la dirigeante de l’OL féminin, le foot a d’autres mérites :

« Ce n’est pas tant la mixité que je recherche, c’est surtout l’émancipation et l’épanouissement des femmes. Le football est un sport populaire, donc c’est évident que ça touche tout le monde. C’est un facteur d’ouverture d’esprit. Nos joueuses sont des exemples pour les autres femmes. »

« Laisser les filles jouer au foot, c’est un facteur d’évolution sociale »

Aujourd’hui, l’essor du football féminin est incontestable :

 « Tous les clubs de dimension internationale ont maintenant un club féminin. Chez les garçons ça parait difficile d’augmenter le nombre de licenciés alors que chez les femmes il y a un potentiel de développement énorme ! » S’enthousiasme Isabelle Bernard. Marianne Gazeau confirme : « Beaucoup de femmes sont en demande pour jouer au foot, mais il n’y a pas toujours de clubs à proximité. Dans les entreprises par exemple, il y a souvent un club pour les hommes mais pas pour les femmes ».

S’il reste difficile d’imposer le foot féminin à la télé ou dans nos sociétés, il faut rappeler l’importance des actions de promotion et de médiatisation de ce sport :

 « Il y a encore beaucoup de pays où ce n’est pas dans la mentalité de laisser les filles jouer au foot, mais c’est un gros facteur d’évolution sociale. En France ou ailleurs, quand on voit que les filles ne peuvent pas mettre de jupes un peu courtes, comment elles font pour jouer au foot ? C’est difficile mais c’est fondamental pour l’évolution sociale et la cohésion sociale. » Affirme Isabelle Bernard ; et de conclure, « On demande aujourd’hui à ce qu’il y ait une parité dans tous les domaines, imposons nous et les mœurs évolueront. »

Cela commence par aller soutenir, le 23 mars prochain, l’OL féminin par ailleurs élu meilleure équipe féminine au monde en 2015.