Issu du quartier des Minguettes, l’animateur historique du festival l’Original ne s’est pas seulement fait un nom dans le hip-hop. A trente ans, le coach des Ming8 Halls Starf est aussi un humoriste qui s’est révélé dans de nombreux stand up et autres évènements artistiques. Ses vidéos sur internet rencontrent également un grand succès. Le LBB l’a rencontré à quelques minutes de l’ouverture du festival, ce samedi au Transbordeur. 

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Quelle est l’originalité du festival ?

C’est le seul festival de hip-hop et de musique urbaine en France ou dans le monde permettant à des  rappeurs français de partager l’affiche avec des grands noms du rap US. J’ai fait toutes les sessions-celle-ci est ma onzième- et cela me permet de revoir de tous les artistes que j’écoute et que j’adore comme Mobb Deep par exemple.  Il y a toujours eu des références françaises impressionnantes comme Oxmo Puccino ou Kerry James. Ici, on traverse le temps en suivant la tendance. Ce festival permet de s’éclater de par son authenticité musicale. Cette année, on a des artistes de renom comme Lino et Arsenik, Krondom ou Deen Burbigo qui côtoient le belge Scylla. Il y a les fondateurs et les nouveaux. On est vraiment dans un mélange.

Quel rôle joues-tu dans le dispositif de l’organisation ?

Je suis un peu à la pointe de l’attaque sans prétendre être le Zlatan de l’Original. On me donne le micro pour annoncer les artistes et animer la soirée. A Lyon on a un problème de public. Les Lyonnais sont très exigeants et  avec le manque d’artistes émergents, les gens fantasment sur les rappeurs parisiens. Ils ont tendance à critiquer sur le moment. Mon rôle c’est de mettre une certaine légèreté au spectacle. Faire participer les gens au show pour qu’ils se disent en sortant : « J’ai passé une bonne soirée ». Alors je fais du stand up et du one man show. L’année dernière à La Sucrière je me suis retrouvé devant quatre mille personnes. A la place des Terreaux il n’y en avait pas moins de trois mille. Je connais les gens et ils commencent à me reconnaître. On est donc dans un vrai partage.

« Le rap lyonnais a fait beaucoup de progrès »

Comment perçois-tu ce style de musique qu’est le hip-hop ?

Je ne suis pas un puriste. Dire ceci c’est se persuader qu’hier c’était bien et demain ce sera toujours moins bien. C’est un art qui se développe et évolue avec son temps. La musique urbaine vit par rapport aux instants. J’ai découvert le rap par Skyrock et grâce aux premiers rappeurs de mon quartier. A l’époque, j’étais en CM1. Et, je vous préviens, je ne sais pas rapper !original_2014_120x150

J’ai la dégaine mais pas le flow. Toutefois je l’assume. Je n’ai pas de style de rappeurs. J’ai un style de rap. S’il y a une chanson qui m’a marqué c’est Hardcore de Kery James. Et je lui dis à chaque fois que j’ai l’honneur de le croiser car il faut reconnaître le bon travail.

Quelle est ta vision du rap lyonnais ?

Au niveau du rap lyonnais, on a fait tant d’efforts et de progrès !  Ca n’émerge pas encore mais ça va arriver. On est à deux heures de Paris. Les Parisiens sont à deux arrêts de métro de Skyrock ou des maisons de disque comme Polydor. Ca va plus vite, c’est plus simple mais ça reste une guerre qui est la circonstance de cette simplicité. A Lyon, nous sommes encore dans l’utopie. Vendre son produit, c’est un art en soi. On ne peut pas arriver avec un flow de fou ou des super punchlines. Il faut monter un staff et un show qui va avec ! C’est tout un travail…

Le grand frère des Ming8 Halls Starf

Alors qui se démarque selon toi ?

A Lyon, c’est Ming8 Halls Starf qui selon moi tient la barre. Enfants sauvage, ALZ, Gerri Madani, Nanoo sont aussi des portes drapeaux à Lyon car ils sont tous très organisés. Ils sont montés en association ou en auto entreprise et assument ouvertement l’idée de devenir professionnels et d’émerger en démarchant les maisons de disques ou en montant sur Paris.

Tu es très proche des Ming8 Halls Starf qui sont passés en mars 2013 à La Sucrière dans le cadre du Festival …

Ce fut un bon souvenir  par rapport au show mais pas par rapport à la qualité du son. Pour ce qui concerne le groupe, je suis le coach, j’ai donc un œil avisé sur le travail de l’équipe. Nous sommes tous issu du Plateau des Minguettes (La Darnaise, La Rotonde entre autre) avec le même état d’esprit. Ils avaient dix sept ans quand j’avais commencé avec eux. Ils n’avaient pas froid aux yeux et savaient ce qu’ils voulaient. Avec Mitch leur manager, on est là pour les conseiller sur la qualité de leur travail. C’est comme être un baromètre artistique. Ce rôle est difficile car on peut mettre en jeu la sensibilité des uns et des autres. En tout cas, ils ont perçu l’importance du facteur temps dans l’évolution de la carrière. Il faut accepter que rien ne se fait en un an. On commence à s’expatrier à Marseille par exemple, il y a d’ailleurs une collaboration prévue avec le rappeur phocéen MOH. On a déjà collaboré avec Sexion D’assaut (Première partie au Double Mixte en 2012) ou Nemir. Le groupe reste encore en apprentissage.

Une carrière sur fond de comédie

Comment es-tu arrivé dans la comédie ?

J’ai commencé à faire des shows de manière toute simple : pendant les fêtes de quartier. J’animais, je faisais des blagues et de fil en aiguille, on m’a appelé sur d’autres quartiers. J’aime m’amuser et faire rire, c’est dans ma nature. Puis on m’a demandé d’animer des festivals. J’ai connu l’association Vaulx Premières planches qui faisait du théâtre d’improvisation et j’ai gagné un concours de stand up A Vos Rire en 2012. Aujourd’hui mon label est Graines de star Comedy Club et je compte plus de onze festivals à mon palmarès que j’ai tous fait l’année dernière.

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Tu ne passes plus inaperçu sur internet !  

Je fais des vidéos décalées sur une chaîne internet Ptit Délire TV lancée depuis trois ans. Nous nous rendons dans toutes sortes d’évènements artistiques ou les lancements de jeux comme FIFA 14 pour effectuer des interviews. On a eu beaucoup de monde comme Médine, Youssoupha ou La Fouine. Il ne nous a manqué que Rohff et Booba. Même l’acteur Fabrice Eboué s’est prêté au jeu. Les quatre millions de vues sur YouTube ont été atteintes pour l’ensemble des vidéos et nous comptons quinze mille abonnés. J’ai fait aussi une vidéo avec John Rashid qui a été nominé au Web Comedy Award cette année. C’est l’un des humoristes internet qui  a  le plus d’influence avec ses vidéos «  J’ai mal au rap ». J’avais participé à celle qui parodiait le collectif de La Fouine Team BS (plus de 500 000 visiteurs sur You Tube). On s’est connu sur scène car il faisait du stand up aussi.

En tant que Minguettois, que t’a inspiré la Marche pour l’égalité en 1983, trente ans après ?  

La Marche m’a inspiré des ampoules (rires). Plus sérieusement, notre association Be Cool dont je suis président avec Mitch a travaillé avec Toumi Djaïdja. Il a fait des interventions où nous étions présents. Même trois décennies plus tard je valide cette démarche qui est une belle histoire. Je regrette seulement que les Ming8 Halls Starf n’aient pas figuré sur la bande originale du film La Marche enregistrée avec Akhenaton, Nessbeal, Dry et les nombreux autres rappeurs. Ce qui est dommage, c’est le fait que ce mouvement ait été récupéré politiquement ce qui explique que les jeunes générations n’y ont pas porté d’intérêt.

Mohamed Braiki

Natif de Lyon et enfant des Minguettes,je suis diplômé de Lettres de la Fac de Lyon 2 et l’EFAP Rhône Alpes. J’ai roulé ma bosse dans des rédactions lyonnaises comme la radio Lyon Sport 98.4, Le Progrès,Foot 69.fr, Tribune de Lyon et Lyon Capitale.

braikimohamed@yahoo.fr