Spirale art nous a accordé une interview, premier des sept street artists à l’affiche du fort Saint-Laurent du 4 juin au 10 octobre. En partenariat avec Superposition, il a accepté de répondre à nos questions avec plaisir. Anonyme, il nous explique son vernissage, sa passion pour le skateboard et ses projets d’avenir.

Dans le milieu du « graff’» on sait que les surnoms sont courants, pourquoi avoir choisi pour Spirale ?

Il n’y a pas de signification particulière derrière ce nom. Cela date de quand j’étais plus jeune, j’avais un cousin éloigné qui faisait du graffiti sous le nom de « Scandale ». J’aimais bien ce nom alors j’ai commencé à chercher des noms en S et c’est comme ça que Spirale m’est apparu.

On a pu voir, notamment sur les réseaux sociaux, que vous êtes très influencé par la culture du skateboard et de la « street » en général, avez-vous d’autres inspirations ?

C’est un ensemble, au début j’aimais beaucoup le graffiti et son univers. La musique, le sport, comme le skate par exemple, m’ont beaucoup inspiré ensuite. Pour ce qui est de mes influences, j’aime beaucoup le travail de Jean-Michel Basquiat ou encore par l’artiste italien Blu. On s’inspire également du travail des autres aux seins du fort. Il est d’ailleurs important de dissocier graffitis et street art car ce sont deux mondes distincts. Le graffiti est régi par des règles très anciennes qui doivent être respectées. On ne doit pas repasser sur des « graff’ » ou d’autres collages !

Vous utilisez régulièrement la peinture, la bombe et le dessin pour vos réalisations, quelles sont vos autres techniques de travail ?

J’utilise pas mal le carton plume, notamment pour réaliser les portraits que j’ai exposé. J’aime beaucoup cette matière car elle me permet d’aller la coller dans la rue. C’est un matériau léger et facilement maniable. Après j’utilise aussi du recyclage, parfois du bois…

On peut voir dans vos œuvres que vous utilisez des couleurs assez vives et tape-à-l’œil, y’a-t-il  un but derrière cela ?
C’est un choix personnel, j’ai remarqué que les gens étaient souvent attirés par les couleurs qui ont un impact visuel fort pour que mes œuvres se voient de loin. Je contraste des couleurs douces avec des sujets un peu plus durs. Mes créations sont remplies de monstres et de choses difformes. J’aime jouer avec les sentiments des gens car plus on rentre dans le détail plus on entre dans mon univers.

Quelle est votre sentiment quand quelqu’un détruit une de vos œuvres urbaines ?

« Tout ce qui est dans la rue ne t’appartient plus ». Tu n’es pas à l’abri qu’un autre tagueur, un voisin ou un employé de la Mairie viennent le repasser de manière légale ou non. Au début c’était comme si on enlevait une partie de moi mais chacun est libre d’en faire ce qu’il veut et j’accepte que mes œuvres soient éphémères. C’est ce qui leur donne de la valeur.

Les « street-artists » cherchent souvent à passer des messages ou revendiquer des actions à travers leurs œuvres, est-ce votre cas ?

Ce n’est pas ce que je cherche, je préfère raconter des petites histoires ou des petites anecdotes. Mon fil conducteur sont cependant des liens humains que je représente souvent sous forme de collage. C’est une synthèse de notre monde toujours hyperconnecté sur les réseaux sociaux. Je pense que dans le futur nous allons fusionner avec nos téléphones !

Si le succès est au rendez-vous, comptez-vous vendre vos œuvres ou ce n’est pas le but recherché ?

Tous ce qui concerne la vente est pour moi un but final mais ce n’est pas l’objectif premier. Je veux vraiment développer mon art pour ensuite espérer en vivre. Il y a un autre aspect, l’esprit « street » où tu peux intervenir dans la rue, où tu cherches à communiquer avec les gens ! Tout ce qui est collages, dessins et fresques à l’extérieur je le fais pour moi. C’est paradoxal car je veux les montrer mais pas directement dans la rue.

Vous êtes en partenariat avec Superposition depuis 2019, qu’est-ce qui vous a amené à collaborer avec eux ?

La mise à disposition du fort Saint-Laurent par Superposition fut une super opportunité pour un jeune artiste comme moi. La possibilité qu’on puisse s’exprimer dans des ateliers avec de l’espace m’a vraiment plu. Par la suite ce sont les opportunités comme le « solo show » qui m’ont permis d’être mis en avant et de me faire un nom sur Lyon.

Cela fait 20 ans que vous faites du street art, pourtant vous dites participer à votre premier « solo show », pourquoi avoir attendu ?

Je me suis cherché pendant longtemps. J’ai toujours fait du dessin mais je le faisais pour moi. Je ne me suis jamais revendiqué graffeur ou street artist, mais j’aime cette culture. J’ai essayé de faire des choses avant, désormais je me recentre là-dessus et j’essaye de développer mon art. Pour ce qui est du solo show, ce sont les rencontres et les opportunités qui m’ont permis de décoller, comme celles avec Superposition.

Nous venons de traverser une crise sanitaire mondiale avec le Covid-19, est-ce que cela vous a impacté dans votre travail ?

Évidemment ! Pour des raisons d’hygiène, le fort était fermé. J’ai dû apprendre à travailler de chez moi. Le plus difficile a été de quitter mon lieu de travail mais j’étais focalisé sur l’exposition et je savais où je voulais aller. Artistiquement parlant, j’ai quand même réalisé des œuvres assez serrées, compactes qui peuvent rappeler l’environnement confiné de la crise sanitaire.

Votre exposition est programmée jusqu’au 2 juillet, avez-vous d’autres projets une fois que « Exutorium Endogénique » sera terminée ?

Après l’exposition, j’aimerais voyager pour me ressourcer et recharger les batteries. Après j’ai des projets personnels comme développer mon travail sur les matériaux en carton plumes 2D. Pour me développer à l’international, j’attends des opportunités et je ne force pas les choses. L’Allemagne est particulièrement intéressante car elle est un véritable vivier de street-artists. J’aimerai aussi me rendre à Barcelone qui est pour moi la capitale du skateboard !

 Pour le vernissage, vous aviez prévu un « live painting », en quoi cela consiste-t-il ?

Le live painting est un moyen de montrer aux gens notre fonctionnement et notre processus de création en tant qu’artiste. Pour moi c’est vraiment intéressant car c’est plus vivant qu’une simple exposition : plus humain et intimiste. Pour mon live, j’ai repris des éléments de mon exposition et je les ai retranscrits sur un mur.

On associe souvent le terme d’artiste à celui de liberté, êtes-vous d’accord avec cette idée ?

A l’heure actuelle, je suis très libre mais c’est une liberté assez particulière. On n’a pas de contraintes d’horaires comme dans un bureau mais il y a d’autres contraintes : financièrement on doit survivre. C’est dans cette optique qu’il faut essayer de vendre mais ce n’est pas parce qu’on sait bien peindre ou bien dessiner que ça va forcément marcher pour nous. C’est une nouvelle étape dans ma vie, vivre de ma passion est un rêve de gosse.

Réalisation de l’artiste visible lors de l’exposition.

Crédit Spirale Art.