Villeurbanne a une politique ambitieuse sur la participation citoyenne pour le nouveau mandat. En effet, elle cherche à mettre en place des institutions qui intègrent les classes populaires et les jeunes pour qu’ils se sentent représentés politiquement.

La mairie de Villeurbanne, inquiète par une participation en berne (plus de 75 % d’abstention au second tour des élections municipales), a décidé de mettre les bouchées doubles en ce qui concerne la participation citoyenne. Le programme est basé sur plusieurs institutions participatives et un budget d’investissement de 6 millions d’euros. Parmi ces instances, une assemblée citoyenne où les habitants vont pouvoir monter des projets et les financer. Une université populaire est également prévue dans le but de former les habitants à la citoyenneté et à la gestion municipale. 

Les jurys citoyens, déjà expérimentés sur le mandat précédent, vont être reconduits. Le principe est le suivant : sur une thématique, on tire au sort des citoyens qui discutent pendant plusieurs mois pour voir comment la ville peut s’en emparer et y répondre avec la mobilisation potentielle d’experts et de professionnels.  Les jeunes bénéficient également d’un conseil depuis le mandat précédent où ils peuvent mener leurs propres actions grâce à un budget alloué par un jury composé de jeunes pour soutenir des initiatives locales.

Enfin, des référendums d’initiative locale et citoyenne vont voir le jour tout comme des comités d’usagers des équipements ou des services publics. Dans l’idéal, les citoyens seraient associés aux élus pour discuter de leur organisation et leur fonctionnement. « L’idée est de multiplier les espaces et de prendre le réflexe d’associer le plus systématiquement possible les habitants dans le processus d’élaboration de la décision et de l’action publique. », nous explique Jonathan Bocquet, adjoint à la transition démocratique à la mairie de Villeurbanne. Néanmoins, l’élu reste prudent et voit plutôt sur le long terme. « On ne veut pas faire croire que parce que demain, on crée l’assemblée citoyenne, ça y est, on est en démocratie participative. » D’où la raison de l’appellation “transition démocratique”. 

« Animer et accompagner la vie démocratique locale »

L’objectif, dans un contexte de forte abstention, est de changer la vision de défiance des habitants envers l’élu. Pour Jonathan Bocquet, « Il y a un enjeu fort sur la démocratie participative qui est de dire : ne votez pas pour des gens qui vont tout décider pendant six ans mais votez pour les gens qui vont animer et accompagner la vie démocratique locale. » Pour autant, l’adjoint reste attaché à une forme de politique classique, notamment au niveau institutionnel. « Après, évidemment, on est élu sur des valeurs où il y a un cadre politique dans lequel on s’inscrit. »

L’enjeu pour la mairie villeurbannaise est donc de mettre en place des espaces institutionnels de participation autonomes et légitimes en plus des collectifs citoyens déjà implantés. Cette institutionnalisation de la participation ne risque t-elle pas de museler la parole citoyenne ? Ces dernières années, les instances de participation lancées par les mairies telles que les conseils de quartier ont fait apparaître deux problèmes importants : une homogénéité sociale (personne plutôt âgée, issue des classes moyennes ou aisées et souvent déjà impliquée dans le milieu associatif) et une instrumentalisation politique. En effet, de nombreuses personnes se servent aussi de ces instances comme tremplin politique pour de futurs élections. 

« On veut vraiment que l’université populaire soit populaire, c’est-à-dire que ce soit des habitants représentatifs de la population de Villeurbanne qui se servent de ces instances pour se former mutuellement, pour choisir les intervenants qui leur apportent des compétences et pour que demain, quand on parle de la chose publique, de l’action municipale, les habitants le fassent en connaissance de cause afin qu’ils comprennent comment se construit un budget, comment se gère la création d’un équipement », rétorque Jonathan Bocquet. Pour lui, l’université populaire est la « clé de la réussite de la démocratie participative. » Elle s’appuie sur deux aspects : la recherche de l’intérêt général et la montée en compétences. Dans cette optique, les directions techniques de la ville doivent également se mettre au service des habitants, et non de l’élu comme elle en a l’habitude. « Ça parait idiot mais ce n’est pas naturel dans leur formation, leur métier car ce n’est pas comme ça qu’ils travaillent. D’habitude, tout arbitrage vient de l’élu donc il faut les amener à accompagner l’habitant directement. », détaille Jonathan Bocquet. 

Enfin, les jeunes ont peu participé à ces élections. Selon Jonathan Bocquet, cela est dû au fait qu’ils ont besoin d’être dans de l’action concrète, d’être sur des initiatives dont on voit les résultats. « Le conseil villeurbannais de la jeunesse était constitué de projets qui étaient montés et qui aboutissaient en une année maximum. » Cependant, l’élu aimerait les accompagner sur des actions à long terme. Compliqué alors que les jeunes n’ont pas vocation à rester dans la ville où ils grandissent…