Farida Boudaoud est la quatrième vice-présidente à la région Rhône-Alpes (lutte contre les discriminations). Elue (PS) de la ville de Décines jusqu’en 2014, elle revient sur les conflits avec l’ancienne équipe municipale, le Grand Stade et le 2ème tour des municipales en 2014.

 

De 2008 à 2014, vous faisiez partie de l’équipe municipale. Vous deviez accompagner le projet du Grand Stade. Que peut apporter le stade à Décines ?

Bien sûr. Tant pour l’économie que pour l’emploi. Il devait créer au moins 1 500 emplois pour les jeunes décinois. Beaucoup d’emplois étaient déjà pourvus, car il y avait un transfert de nombreux postes du stade de Gerland.

C’est un sujet qui ne faisait pas le débat en 2014, mais plutôt en 2008. Il faut être honnête là-dessus. Pendant la campagne de 2008, le programme était très axé sur le stade. Les trois listes qui étaient contre Pierre Crédoz (maire de Décines entre 1991 et 2012), étaient toutes positionnées contre le stade. Nous avions largement gagné cette élection, même avec le oui au stade. Sur cette thématique, nous avons plus entendu les gens qui étaient contre que ceux qui étaient pour. La campagne 2014 s’est plus basée sur l’urbanisation de la ville de Décines. C’est une question très importante. Le stade, pour les Décinois, était derrière eux.

En 2006, quand le projet est sorti des cartons, j’étais très favorable au Grand Stade pour différentes raisons : le volet économique, emploi et

Farida Boudaoud, vice-présidente de la région Rhône-Alpes déléguée à la culture et à la discrimination

Farida Boudaoud, vice-présidente de la région Rhône-Alpes déléguée à la culture et à la discrimination

formation des jeunes. Avec la TPU (taxe professionnelle unique), c’est le Grand Lyon qui gère l’implantation de grosses sociétés dans la Métropole. Le grand Stade, c’était une offre de service, plus intéressante pour le territoire décinois que d’accueillir des grosses usines polluantes. Il faut quand même le savoir, les industries polluantes, historiquement ont toujours été implantées dans l’Est lyonnais. Même si cette époque est révolue.

On a également d’autres projets d’industries lourdes qui peuvent pointer. Avec la métropole, ce ne sont plus les villes qui donnent leur avis. En définif, le pouvoir de décision reste à la Métropole. Pour le volet emploi, la première discussion que l’on avait eue avec Jean-Michel Aulas concernait l’insertion et l’emploi des jeunes. C’est un sujet où j’avais pris position depuis le début du projet. On avait régulièrement des discussions avec Jean-Michel Aulas et Gérard Colomb concernant ce volet. Au début, tout allait bien jusqu’au jour où on m’a écarté des discussions (à partir de 2012). J’ai été dépossédée de ces questions par Jean-Luc Martinez (adjoint de l’Urbanisme et président de UNI-EST). Même Michel Buronfosse à était écarté de ce dossier. Ça c’est limité à Jean-Luc Martinez, Jérôme Sturla et à deux-trois sbires de cette même équipe. Quand Pierre Crédoz a laissé sa place de maire à Jérôme Sturla en mars 2012, on ne m’a jamais convié à ces réunions. J’ai toujours défendu l’emploi, car on ne peut pas imaginer qu’un gros chantier comme le grand stade puisse servir de levier pour la formation et l’emploi des jeunes décinois. C’est un sujet où on m’a « squeezé ».

En 2014, vous vous êtes présenté avec Michel Buronfosse. Cette liste rassemblait tous les déçus de la politique de Jérôme Sturla, avec un large rassemblement à gauche (PS, Front de Gauche, Mouvement des citoyens et la présence de citoyens de la société civile). Au premier tour, vous faites 12,12 %. Pourquoi ne pas vous être allié avec Jerôme Sturla ?

On ne pouvait pas s’allier avec le maire sortant pour une simple raison, depuis que j’étais élu à Décines, il y a toujours eu un large rassemblement à gauche et on a toujours gagné. La posture de Jérôme Sturla était de tuer le parti communiste à Décines, cela me dérangeait fortement.

Le 25 mars 2014, votre liste a été déposée avec deux heures en retard à la préfecture pour l’inscription au deuxième tour. Que s’est-il passé entre le 23 mars et le 25 mars ?

Nous avons fait 12 % alors que toute l’équipe de Sturla prévoyait pour nous 2 % et qu’ils étaient persuadés de gagner au premier tour. La seule chose sur laquelle on s’est arrêté avec Michel Buronfosse, c’est qu’on ne voulait pas laisser une alliance à droite Fautra — Sagnard se former. C’était le mot d’ordre du dimanche soir : éviter cette alliance. Car à eux deux ils faisaient 56 %. C’était la première fois depuis 1957 que l’UMP arrivait en tête aux municipales au premier tour. Il fallait donc à tout prix faire capoter cette alliance. On avait dit que l’on rentrerait en discussion avec Sandy Sagnard. Nous avons eu une négociation, mais nous avons poussé le bouchon très très loin pour qu’il n’y ait pas d’alliance à droite.

Selon nos informations, vous avez eu des relations plutôt tendues avec Jérôme Sturla entre 2008 et 2014. Est-ce que cela a mis un terme à vos relations ?

C’est complètement faux. Avec Jérôme, c’est une amitié de plus vingt ans. Entre 1993 et 2011, il n’y a jamais eu de tensions entre nous. Je pense qu’il y a eu un concours de beaucoup d’éléments. J’étais membre du bureau du parti socialiste, également quatrième vice-présidente de la Région et candidate aux Législatives et aux Européennes. Cela a suscité quelques jalousies au sein de l’équipe de Jérôme Sturla. Je pense qu’il était très mal entouré, avec des gens qui étaient là juste pour prendre des postes et qui n’avaient aucune conviction politique. Ils étaient présents par opportunisme. L’histoire m’a donné raison, car tous ces gens qui étaient avec lui sont partis depuis la défaite aux Municipales 2014. Ils ont complètement disparu du paysage politique.

©photo : Farida Boudaoud (www.boudaoud.fr)

Etienne Aazzab

Etienne a contribué depuis 2 ans dans le journal satirique FOUTOU’ART. Il a intégré l’équipe du « clic 2014 » : Collectif local d’informations citoyennes à partir de novembre 2013. Il rejoint le Lyon Bondy Blog à partir de janvier 2014.
Twitter : @AazzabEtienne

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