A une centaine de jours du match d’ouverture,  la Coupe du Monde suscite toutes les passions et les questions. La communauté algérienne est l’une des plus expressives et passionnées. Son équipe nationale revient pour la deuxième fois consécutive avec une génération talentueuse et des espoirs. Tour d’horizon avec des acteurs de la communauté algérienne lyonnaise.

uneCoupe du monde 1982 en Espagne. L’édition espagnole marque l’histoire du football algérien à travers un match en particulier : Algérie-RFA (victoire 2-1). Une victoire obtenue à Gijon face au prestigieux finaliste de ce mondial  remporté par l’Italie. Les héros étaient Lakhdar Belloumi, Rabah Madjer ou Salah Asad. A l’époque, les joueurs évoluaient dans le championnat national ou français. Trois décénies plus tard, ce sont des prodiges sortis des centres de formation européens qui complètent les listes. Ils sont souvent nés en France comme le Rennais Foued Kadir et évoluent en Ligue 1, en Angleterre, en Italie mais aussi en Algérie. Le sélectionneur Vahid Halihodzic est un mercenaire bosnien très haut de gamme passé par le LOSC, le PSG ou la séléction de Côte d’Ivoire. Les choses et les salaires ont changé mais l’amour du drapeau est resté le même aux quatre coins du monde. A Lyon, il n’y a eu que de très rares internationaux algériens. Le plus connu à ce jour est Alim Ben Mabrouk issu du plateau des Minguettes comme le héros de l’équipe de France au mondial 1986 Luis Fernandez. Il a évolué au Racing Club de Paris et à l’Olympique Lyonnais et compte avec cinquante trois sélections de 1986 à 1989. On peut ajouter l’ex Lyonnais  Ishak  Belfodil (2008 à 2011) représentant la nouvelle génération. Il a débuté à l’Olympique lyonnais avec Alexandre Lacazette ou Clément Grenier et évolue actuellement en Série A italienne à l’AS Livourne. Le joueur né à Mostaganem en Algérie compte deux sélections à ce jour.

L’AS Algérienne, le foot en commun

Logo_mondial_2014L’Algérie sera engagée dans un groupe H composée de la Belgique de Eden Hazard, la Russie et ses oligarques et la Corée du Sud nation mère du Gangnam Style. La tâche s’avère compliquée pour les Fenecs. Tahar Attoui  informaticien vivant sur Lyon (3ème) a connu la ferveur des grands matchs de l’équipe nationale et évoque l’intensité de la passion exprimée par les supporters :

« Je suis déjà allé voir un match entre l’Algérie et l’Egypte (2-1) en 2004 à Sousse pour la Coupe d’Afrique des nations en Tunisie. On devait être vingt trois mille algériens dans un stade d’une capacité de vingt cinq mille places. Le supporter algérien donnerait sa vie pour son équipe. Au Brésil, il y a aura bien des supporters qui feront le déplacement. »

Il s’inquiète de la manière dont les Algériens devront s’employer à stopper la star belge Eden Hazard qui est dans tous les esprits. Tahar, assistera aux matchs au café Le Mondial Bar sur l’Avenue Marechal de Saxe, haut lieu des supporters algériens à Lyon où les effusions émotionnelles sont pour le moins épiques.

L’AS Algérienne Villeurbanne dont le stade situé aux abords de l’Avenue Paul Kruger porte le nom du fondateur Ahmed Mokrane a été crée en 1979. Le club compte aujourd’hui 180 licenciés, huit formations dont une équipe fanion évoluant en Excellence (Poule B). Au début, l’association avait un profil communautariste. Mais trente cinq ans plus tard, les choses ont évolué. Le président Hocine Kerouani rappelle :

« A l’époque, nous n’avions pas le droit a plus de deux  joueurs  étrangers par équipe, même en amateur ! Pour permettre aux jeunes algériens de la banlieue lyonnaise de jouer ensemble, la seule solution était de créer un club étranger. Le changement a eu lieu depuis l’Arrêt Bosman rendu en 1995 légalisant le nombre de joueurs étranger au sein d’une même équipe. »

Il s’attelle à dire que le communautarisme « décline devant le brassage ethnique. C’est plutôt l’ouverture, l’acceptation de l’autre qui est de plus en plus privilégiée.

L’A.S.A.V dans les années 80/90 comptait 90% de licenciés issus de d’immigration magrébine et en compte de nos jours 70%. Ce sont les résultats sportifs qui nous importent. »

Le pronostic du président pour le mondial se base sur un carré magique : Brésil, Allemagne, Italie ou…France.

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« Le supporter algérien est un sélectionneur à lui tout seul ! »

Avec vingt ans d’ancienneté dans le club, Nabil Gouiri (35 ans), milieu de terrain de l’ASVA est une figure. Il assure aussi que le club n’a de communautaire que le nom :

« Mais tout n’est pas rose, on reste pragmatique sur la vie en dehors du club et dans nos cités. Ceux qui ne sont pas d’origine d’étrangère et jouent avec nous se trouvent face à de nouvelles réalités sociales qu’ils ne soupçonnent pas toujours ! »

Il livre une vision ironique mais réaliste des supporters algériens :

« Les Algériens ne sont pas vraiment supporters de l’équipe de France. Il n’y a plus de liens historiques comme avant. Mais le chauvinisme est très présent. Ils étaient contents quand Zidane marquait des buts. Ce sont tous des sélectionneurs jamais satisfaits. C’est une pression énorme à supporter mais quand ça marche le peuple le rend bien ! »

Une qualification de l’Algérie au deuxième tour, c’est ce dont rêve le président de l’AS Confluence Hakim Abassi qui trouve que « les joueurs professionnels d’origine algérienne sont devenus plus patriotes. Ce n’est plus comme la génération de Zidane. Ils reviennent vers le maillot de leurs origines. Cela n’a rien à voir avec le communautarisme qui n’est qu’une idée reçue. Celle-ci est restée à cause de l’esprit colonial demeuré avec le temps. »

D’origine oranaise Abdelhak Settar (23 ans), défenseur de l’équipe villeurbannaise reconnaît ne pas avoir connu l’époque de Rabah Madjer : « J’étais trop jeune mais j’ai fêté la qualification en 2010  sur la place Bellecour avec les klaxons, les voitures et les drapeaux. La dernière fois, on n’a pas été ridicule sans marquer de but. Je suis impatient car il y a un bon groupe avec des joueurs comme Mehdi Lacen. Ce qui a changé, c’est le fait que là bas, ils sont considérés comme des immigrés comme nous avec leur coupe de cheveux à la Marseillaise.»

Abdel Belmokem, premier médiateur de France et directeur du cabinet de Nes et Cité porte un regard aiguisé sur l’intégration et le football :

« Ce sport ne communautarise pas, il ouvre le regard sur le monde. On le voit avec la coupe du monde et l’Olympique lyonnais dont les jeunes pour la plupart issus des cités qui ont pu dernièrement découvrir un pays en pleine révolution en allant jouer à Odessa (Ukraine) en Ligue Europa. Même au niveau local, il permet de rencontrer des jeunes d’autres quartiers ou d’autres villages le temps d’un match. Voilà un formidable outil de cohésion.»

Et d’ajouter : « La génération de Vahid Halidzovic a réussi à structurer la sélection nationale algérienne et à un construire un cadre professionnel tel un chef d’entreprise. »

Mohamed Braiki

Natif de Lyon et enfant des Minguettes,je suis diplômé de Lettres de la Fac de Lyon 2 et l’EFAP Rhône Alpes. J’ai roulé ma bosse dans des rédactions lyonnaises comme la radio Lyon Sport 98.4, Le Progrès,Foot 69.fr, Tribune de Lyon et Lyon Capitale.

braikimohamed@yahoo.fr