Les attentats du 13 novembre ont touché durement Paris. Retour sur les répercussions de ces événements à Lyon.

La solidarité avec les victimes et les hommages se sont multipliés tout le week-end à Lyon. Des fleurs et des bougies ont été déposées sur la place Bellecour et aux Terreaux.

Sur de nombreuses fenêtres, on pouvait voir des bougies scintiller.

Des bâtiments ont été éclairés aux couleurs du drapeau tricolore.

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L’Etat d’urgence

La déclaration du décret portant sur l’état d’urgence a élargi les pouvoirs du préfet, qui a mis en œuvre des moyens supplémentaires sur le territoire et augmenté le degré d’alerte en Rhône-Alpes. Des lieux de culture et de spectacle sont restés fermés jusqu’au mardi 17 novembre : musée des Beaux Arts, Halle Tony Garnier, Opéra de Lyon… « La menace vise notre pays entier. Les terroristes cherchent des cibles emblématiques, des lieux fréquentés. Nous savons que sur le territoire lyonnais au sens large, depuis de nombreuses années, des groupes souterrains sont à l’œuvre. Nous avons 220/250 personnes que nous suivons, avec des degrés de dangerosité très variés, que l’on peut difficilement établir avec certitude à l’avance », a déclaré le préfet à Lyon Capitale. Il y aurait « un terreau privilégié en Rhône-Alpes à Lyon ou à Chambéry », explique le chercheur Haoues Senigueur. Effectivement, Lyon a une lourde histoire terroriste. On se souvient de Khaled Kelkal de Vaulx-en-Velin, ou du réseau dit de Chasse-sur-Rhône (voir le portrait surprenant du président du Lyon Bondy Blog).

 

 La surenchère de Wauquiez

Candidat aux régionales pour les Républicains, Laurent Wauquiez a fait dans la surenchère sécuritaire et xénophobe en proposant de créer des camps de rétention pour les assignés à résidence. Irréaliste, sa proposition apparaît comme un moyen de faire parler de lui avant les régionales…

https://twitter.com/laurentwauquiez/status/665450009270292481

Mais l’état d’urgence n’aura pas permis de protéger tous les citoyens français. Suite à leur rassemblement interdit par la préfecture place des Jacobins à 15h samedi, des membres de groupuscules d’extrême droite radicale ont roué de coups un jeune musulman place Bellecour. Ce dernier s’en sort avec 30 jours d’ITT et notamment une fracture à une vertèbre et des contusions à la cuisse et la cheville.

Il est soutenu par la CRI (Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie ) qui s’est fendue d’un communiqué.
Sur le plan policier, quelques heures après les attentats, interpellations et perquisitions se sont succédées à Lyon, Vaulx-en-Velin, Saint-Priest, Lyon 8e, Villeurbanne, Feyzin… Des armes de guerre ont été saisies. Des personnes présentant des « profils radicalisés » sont assignées à résidence. Ces perquisitions administratives ont été permises par l’état d’urgence.

Rumeurs et fausses alertes se multiplient à Lyon : bombes à la Part-Dieu, individu armé à Givors ou proche d’une école de Saint-Genis-Laval… La préfecture a appelé à ne pas faire circuler de fausses informations.

Ce qui est vrai, en revanche, ce sont les inscriptions islamophobes taguées sur une mosquée près de Lyon, à Chavanoz dans le Nord-Isère, dans la nuit de mardi à mercredi.

Mardi soir, les salles de concert ont ré-ouvert pour la première fois depuis les attentats de Paris. “On a tous perdu un frère à Paris ou à Beyrouth. La folie continue“, a prononcé le chanteur d’Algiers dans un français parfait, hier soir au Ninkasi. Un hommage discret mais poignant. La salle était bien remplie d’un public qui refuse de céder à la peur. Après les massacres, la vie reprend ses droits…

Buzz vidéo

Son appel à chasser les radicaux parmi les musulmans a été vu 4 millions de fois. Courageux ou inconscient, ce jeune vénissian n’a pas laissé la toile indifférente…

https://www.facebook.com/1112592598752758/videos/vb.1112592598752758/1112965612048790/?type=2&theater

Une première mosquée dite “salafiste” est fermée en France après les attentats du 13 novembre. Il s’agit de la mosquée du quartier Pyramide des Minguettes, à Vénissieux.

Après avoir immédiatement communiqué, la Grande Mosquée de Lyon appelle à une prière pour la paix ce vendredi « Les représentants de la communauté musulmane, qui ont déjà condamné les attentats de Paris, entendent dénoncer le djihad et appellent à consolider les liens entre les religions sous la bannière de la République. »

La Fête des Lumières est quant à elle annulée et transformée en un « 8 décembre solidaire ». Mercredi, Georges Képénékian, 1er adjoint chargé des Grands Événements avait prévenu que la fête serait annulée “si l’état d’urgence, qui interdit tout rassemblement massif, est maintenu ». « Nous avons décidé que la Fête des Lumières ne pouvait se dérouler sous sa forme habituelle, festive, poétique, légère », a tranché jeudi Gérard Collomb, Maire de Lyon. Les fonds seront récoltés au profit de l’Association des Victimes du Terrorisme et de l’association « Rêve d’enfants ». Les Lyonnais ont déjà créé un événement sur Facebook pour soutenir la démarche.

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Vigilance dans nos quartiers

« Les autorisations de contrôle d’identité ne sont donc pas temporaires dans certains endroits, mais quasiment permanentes », mettait en garde le syndicat de la Magistrature dans les colonnes du LBB. Qu’en sera-t-il dans un tel contexte, avec la prolongation de l’état d’urgence ? Les quartiers seront-ils sous contrôle pendant des mois ? Au risque de valider au lieu de combattre la formule de Manuel Valls « apartheid territorial, social et ethnique » ? Afin qu’ils ne deviennent pas les boucs émissaires de questions complexes et internationales, une vigilance dans les quartiers populaires quant aux risques d’excès de l’État pourrait se mettre en place : vu le climat politique, des risques élevés d’islamophobie à Lyon sont également à craindre.

Restons donc vigilants !

Sylvain Ortega

Journaliste de formation et Lyon Bondy Blogueur, j'écris sur des sujets variés (politique, société, cultures urbaines...) et participe aux différentes activités de l'association. Longue vie au LBB ! https://twitter.com/SylvainOrtega