Le lundi 22 février, le Conseil municipal de Villeurbanne présentait un vœu devant la presse pour que soit attribué à Tuna Altinel et lui attribuer la citoyenneté d’honneur de la ville. Pour l’occasion,  le député Cédric Villani et le sénateur Gilbert-Luc Devinaz ont fait le déplacement.

Conférence de presse du Conseil Municipal de Villeurbanne

Rappel des faits :

 Le 12 avril, 2019 Tuna Altinel enseignant-chercheur au département de mathématiques de l’université Claude-Bernard-Lyon-I depuis 1996 arrive en Turquie pour profiter des vacances du Printemps. Dès son arrivée à l’aéroport, il se voit confisquer son passeport. Un mois plus tard, le 10 mai 2019, l’enseignant de 55 ans se fait arrêter devant la préfecture de Balsakesir, sa ville de naissance, et comprend qu’on lui reproche sa présence lors de la réunion publique « Cizre, histoire d’un massacre » qui visait à cultiver le souvenir de  l’intervention des forces militaires turque dans la région du Kurdistan . Il est alors accusé de terrorisme par le gouvernement turc, mais sera définitivement acquitté le 30 septembre 2019, pourtant la préfecture de Balikesir refuse de lui restituer son passeport. Alors qu’il n’y a à ce jour plus aucune procédure judiciaire à  son encontre, Tuna Altuntel ne peut plus se déplacer hors de Turquie et retourner en France travailler à l’université Lyon I. En France, l’enseignant peut  néanmoins compter sur de nombreux soutiens depuis l’apparition de cette affaire, à commencer par la mairie de Villeurbanne

Reconnaissance du statut de citoyen d’honneur

Ainsi le maire de Villeurbanne Cédric Van Styvandael déclare dès l’entame du conseil municipal  : « Les enseignants et les étudiants attendent que vous regagnez votre ville afin de  pouvoir exercer votre fonction de chercheur et d’enseignant je serai très heureux si le conseil municipal vous décerne le titre de citoyen d’honneur de la ville.  Cette décision sera votée  à l’unanimité permettant à M Van Styvandael de  souligner  que «  cette citoyenneté d’honneur est à la fois un signal fort de soutien et l’engagement que nous restons à vos côtés. avant de laisser la parole à Tuna Altinel, présent en visioconférence.  

Victime collatérale de la répression

« Mes droits constitutionnels de voyager et de travailler sont constamment violés » a indiqué le principal intéressé pour qualifier son quotidien en Turquie depuis près de deux ans. Malgré tout, l’enseignant a tenu à rassurer la salle sur son état de santé mentale : « Je suis serein, le moral est très bon ». Le tribunal de Balikesir prendra la décision de lui rendre son passeport ou non prochainement. En attendant, Tuna Altinel peut se satisfaire d’avoir obtenu la citoyenneté d’honneur, comme il l’a indiqué aux journalistes présents : « Sur le plan personnel, cette citoyenneté renforce davantage mon moral et mon combat ». Il poursuit : « Sur un plan plus général, cette citoyenneté est donnée à une personne qui est réprimée parce qu’il s’est questionné sur la liberté d’expression, alors c’est un signe très fort pour la démocratie ».

Des soutiens de renom

Mais les soutiens de M.Altintel ne se limita pas à la ville de Villeurbanne puisque de nombreux intellectuels issues de l’enseignement ou du milieu politique ont sont sorties du silence pour soutenir sa cause « Chaque fois que l’on empêche un universitaire de s’exprimer librement, c’est toute la société qui en pâtit. Nous ne sommes pas ici, en train de mener un combat corporatiste, mais bien universel » a commenté Cédric Villani, mathématicien aujourd’hui député de l’Essonne présent à Villeurbanne pour rendre hommage à son  collègue lyonnais. 

Victoire de la démocratie

Le sénateur P.S Gilbert-Luc Devinaz, également venu à la mairie de Villeurbanne pour l’occasion a quant à lui  déclaré que «  toutes ces actions sont importantes parce que ça permet une mobilisation qui permet parfois que l’issue soit bénéfique pour les personnes concernées » en précisant qu’il avait « hâte » de rencontrer M.Altintel . « La situation de Tuna s’inscrit dans une problématique à mon sens plus large qui est le recul sur cette planète des systèmes démocratiques. La mobilisation est payante quand elle est présente à tous les échelons, qu’elles soient locale, nationale ou européen et qu’elle aide à garder la lumière médiatique sur des situations intolérables »  a poursuivi Gilbert-Luc Devinaz en faisant référence aux situations du journaliste algérien Khaled Drareni  libéré vendredi grâce notamment à la mobilisation populaire et celle de  Brigitte Johnson, opposante du gouvernement au Togo, emprisonné par ses ennemis politiques.