Incarcéré en centre de rétention administrative, Madama Diawara, 19 ans, est accusé d’avoir usé de faux documents en vue d’obtenir un titre de séjour. Le Malien est aujourd’hui menacé d’expulsion alors qu’il poursuivait son intégration scolaire et professionnelle près du Puy-en-Velay. Ses proches clament son innocence. 

La pétition contre l’expulsion de Madama Diawara a été signée par plus de 36 000 personnes. Crédit : Capture d’écran change.org.

“C’est dur de voir Madama. C’est dur d’entendre des accusations pour quelqu’un qu’on sait parfaitement innocent. C’est ça qui est extrêmement violent. De voir un gamin qui est là, et qui ne demande qu’une chose : de continuer à vivre…” Devant les caméras de télévision, Eric Durupt et Véronique de Marconay retenaient difficilement leurs larmes, ce jeudi matin à la sortie du Palais de Justice. Quelques dizaines de militants et proches étaient venus afficher leur soutien  à celui qu’ils avaient recueilli, le jeune Malien Madama Diawara, brutalement menacé d’expulsion. En fin de journée, le juge des libertés et de la détention a rejeté la requête contre son placement au CRA. 

Il allait entamer un apprentissage 

Ce mardi 9 mars, à l’issue d’une convocation par la Police de l’Air et des Frontières à Gerzat, à une dizaine de kilomètres de Clermont, le jeune avait été placé en garde à vue pour “usage de faux papiers”, avant d’être incarcéré manu militari au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry en vue d’une expulsion vers le Mali. Arrivé en France à 16 ans après avoir vécu l’enfer de la traversée de la mer méditerranée, Madama Diawara avait finalement été reconnu mineur le 24 janvier 2019 -non sans mal. Ne savant ni lire ni écrire, le Malien avait ainsi pu être scolarisé.  À aujourd’hui 19 ans, alors qu’il était en passe d’intégrer une exploitation agricole en tant qu’apprenti et nécessitait pour ce faire l’obtention d’une carte de séjour, le jeune homme a été rattrapé par les services de l’État, qui remettent en cause la véracités des extraits de ses actes de naissance. Des documents que Madama Diawara est accusé d’avoir falsifié en vue d’obtenir une régularisation, mais qui avaient été validés par le tribunal administratif et que le jeune n’a  pourtant “jamais eu entre les mains”, comme l’indiquait sa famille d’adoption à Politis. Signe d’une politique migratoire empreinte de suspicion : cette remise en cause de l’état civil est récurrente, si ce n’est systématique, lorsqu’un mineur isolé originaire d’un pays d’Afrique subsaharienne atteint sa majorité sur le sol français. 

« Un jeune homme innocent »

Un retournement de situation complètement inattendu et particulièrement difficile à encaisser pour la famille d’accueil, initialement persuadée que la convocation de ce mardi était un signe positif, synonyme de progression des démarches de régularisation. Depuis, la longue attente de la décision du juge des libertés et de la détention de maintenir ou non Madama Diawara en CRA s’est donc soldée par une déception, et le Malien reste sous la menace désarmante d’une expulsion soudaine et arbitraire. “On a pas pu lui parler, on a pas pu l’embrasser, on a pas pu le toucher, on a pas pu communiquer avec lui par des mots, regrettait l’enseignante qui héberge Madama Diawara depuis plus de deux ans au Puy-en-Velay (Haute-Loire) à la sortie de l’audience. Mais on s’est regardés, on s’est fait signe de la tête, et il a vu qu’on était là. Bien sûr, on a de l’angoisse, de la peur, mais aussi de la confiance et beaucoup d’espoir, car c’est la vie d’un jeune homme qui est en jeu. D’un jeune homme innocent.” La famille d’accueil a annoncé faire appel de la décision de placer Madama Diawara sous Obligation de quitter le territoire français (OQTF).