Jean-Michel Longueval était le premier adjoint avant d’être Maire de la ville de Bron au départ d’Annie Guillemot, pour la présidence Sytral. Depuis 2015, il occupe la Mairie et envisage de poursuivre ses projets lors d’un second mandat. Le Lyon Bondy Blog lui a accordé un entretien où il livre ses ambitions et ses projets pour les municipales 2020.

On sait que la fonction de maire peut être dur à assumer pour certains, surtout quand on n’est pas élu par suffrage universel direct. Pourquoi avoir choisi de vous présenter ?

« Je voulais prendre part à une élection en tant que candidat afin de faire campagne, chose que je n’ai pas faite en 2014. Lorsque j’ai repris la suite de madame Guillemot j’avais déjà en esprit les élections de 2020. Au vu du bilan de mon premier « mandat » il me paraît normal de me représenter aujourd’hui. Mon but est de continuer le travail que nous mettons en place depuis 6 ans. On est conscient que la tâche sera lourde car la fonction de maire est assez dure et l’évolution de la société la rend de plus en plus difficile. Les retours qu’ils soient positifs ou négatifs sont bons à prendre. »

Vous dites avoir réfléchi aux élections municipales de 2020 dès 2015, est-ce que pour vous 6 ans de mandat c’est trop ou au contraire pas assez ?

« Je pense que c’est la bonne durée pour pouvoir mettre en place une politique appropriée aux besoins de la ville. Les élections sont quand même faites pour maintenir la démocratie et montrer que c’est l’électeur qui commande. La durée du mandat est nécessaire car on ne devient pas maire en 15 jours. Personnellement, j’ai mis deux ans à prendre la pleine mesure de la fonction. Souvent on dit qu’un maire réalise les projets de ses prédécesseurs, je suis d’accord avec cette vision de la politique. »

La politique de Bron a été marquée par Queyranne et Guillemot, n’est-ce pas un héritage trop lourd à porter pour faire passer vos idées ?

« Non pas du tout ! Bien que j’ai du respect pour ce que monsieur Queyranne a fait, sa politique est ancienne. Quant à madame Guillemot j’ai été son premier adjoint depuis 2004, j’ai suivi ses campagnes municipales de 2008 et de 2014. C’est dans une certaine logique que je prends sa place en 2015 : je ne cherche pas à faire évoluer les choses mais à continuer des choses. Les idées initialement prévues comme les plans de renouvellement urbain, les rénovations, la politique culturelle et sportive sont encore d’actualité. Je ne suis pas un spécialiste de la pub et des réseaux sociaux, je privilégie le contact humain notamment sur les marchés et sur des lieux de proximité. »

Ces élections sont assez particulières, notamment à cause du coronavirus. Le taux d’abstention du premier tour a beaucoup fait réagir, est-ce-que cela vous inquiète pour le 28 juin ?

« Cela inquiète toute la classe politique. La participation est une légitimité démocratique, personne ne peut prétendre être élu avec peu de participation. Le premier tour a connu un record d’abstention à 64% à Bron. Beaucoup pense que les élections n’auraient pas dû avoir lieu. Quand vous dites aux personnes âgées de ne pas sortir et que vous n’annulez pas le premier tour, c’est assez paradoxal. Pour le second tour, on est rassuré quant à la participation à venir. Je pense que les gens se sont acclimatées aux mesures barrières et aux distances sociales. »

Quelles mesures sanitaires ont été prises pour rassurer les électeurs et les assesseurs dans vos bureaux de vote ?

« L’État a fait des livraisons de masques chirurgicaux pour 60% des futurs électeurs. Au niveau des assesseurs, tous les bureaux de vote seront équipés de cadre en plexiglas. Des films rigides seront disposés sur les registres électoraux. Les présidents de bureau de vote auront des masques et des visières. On ne fournit pas non plus de stylo, chacun vient avec le sien. Du gel hydroalcoolique sera disponible à l’entrée et à la sortie des bureaux. On installe les isoloirs dos aux murs de façon à ne pas manipuler les rideaux. Un marquage au sol avec les distances sera installé… Aujourd’hui aller voter ne représente pas plus de risque que d’aller faire ses courses ou de faire un apéro entre voisins.  »

Le second tour a été marqué par le confinement, comment avez-vous organisé votre campagne d’entre-deux tour ?

« Pas de réunion en public, pas de tractage sur les marchés. On aurait pu le faire mais cela n’intéresse pas les gens et je trouve cela catastrophique s’ils finissent par terre, on a donc misé sur les boîtes aux lettres. On a également décidé de ne pas faire de porte à porte parce qu’on estimait que l’on pouvait éviter la propagation du virus. On n’a pas fait de réunion publique, ni même dans des lieux confinés. Malgré tout, on a réussi à mener des actions de terrain et de proximité, on s’est promené sur les marchés et dans les parcs… Les gens me reconnaissent et venaient me parler de leurs problèmes même sans campagne traditionnelle ! »

De quoi vous parlent les gens que vous rencontrez dans la rue ?

« On me relate des problèmes urbains, personnels, de logements ou de stages… Les gens commencent à comprendre les enjeux des élections de dimanche. On sent que le rapport a changé et que le deuxième tour approche. »

Vous êtes arrivés en tête lors du premier tour, notamment grâce à votre alliance avec Europe-Écologie-Les-Verts, qu’en est-il des négociations avec la France Insoumise ?

« Il n’y a pas eu de rencontre durant la crise sanitaire, même jusqu’au dépôt des listes. Pour moi on gouverne avec un ensemble de partenaires depuis 2014 avec EELV, le Parti Communiste, le Parti Socialiste ainsi que les sociétés civiles. Une alliance c’est gouverner ensemble, pour moi c’est ça la démocratique. LFI ont fait 5,9% des votes ce qui n’est pas négligeable. J’avais intérêt à fusionner au premier tour avec EELV mais pour le second j’ai choisi de garder ma liste. »

Bron est la 5ème ville de la métropole, pourtant on a l’impression qu’il y a un déficit d’image : on parle souvent de Vaulx-en-Velin, Villeurbanne… Comment pallier ce manque de notoriété ?

« On me l’a souvent reproché ces derniers temps mais c’est également une erreur des médias ! Le syndrome des banlieues nuit un peu à notre image, Caluire et Oullins en souffrent aussi. On reste malgré tout attractif dans les domaines hospitaliers, universitaires avec Lyon 2, écologiques avec les parcs de Parilly et le Bois des Essarts. En terme d’activités économiques on attire aussi : Bobst a d’ailleurs récemment déménagé ses locaux de Carré-de-Soie à Bron.
Culturellement parlant, la ville comporte de nombreux festivals comme la Fête du livre qui est connue nationalement ainsi que le premier festival européen de danse hip-hop « Karavel ». Si après ça vous trouvez que Bron est endormi c’est que mes opposants n’ont rien trouvé de mieux pour m’attaquer ! »

Lyon est saturé, Villeurbanne commence à être plein. Est-ce que Bron a des projets en termes d’immobilier ?

« Il n’y a pas la place pour accueillir plus de monde. Bron est une petite ville elle fait 1 044 hectares. Ils font donc voir avec les villes voisines comme Saint-Priest, Meyzieu, Décines ou Chassieux où l’on commence à posséder de grandes zones de terrain. Il y a 10 ans on était fort, on faisait partie des quatre villes à plus de 40 000 personnes. Maintenant on est la plus petite des quatre.  »

Il y a quand même une catégorie qui a du mal à se loger : les étudiants. Quelles solutions leur apportez-vous ?

« Depuis 2015, on a relancé avec le Crous le logement étudiant public en construisant des logements sociaux. Ce qui nous a permis la construction de 400 logements sur le campus. Si je suis élu, les travaux débuteront durant le mandat suivant et devront se terminer à la fin courant 2026. »

Ces aménagements se feront-ils en dépit d’une certaine classe sociale ?

« Non nous avons 28% de logement sociaux en ville qu’il n’est pas question de supprimer. Si on détruit 400 logements, nous sommes obligés d’en construire 300 autres. Cet équilibre est important pour mes habitants. »

Vous parliez de l’aérodrome tout à l’heure, est-ce qu’il y a une volonté de le développer à international ? Pourquoi pas créer à côté un quartier d’affaires ?

« Avec la crise sanitaire, la coopération internationale s’est maintenue via le télétravail et la visioconférence. Les salles internationales où l’on peut réunir plein de personnes sont en stand-by pour le moment. La crise sanitaire nous ralentit mais il ne faut pas oublier la crise écologique. Il faut repenser notre utilisation de l’avion. Quant à la création d’un quartier d’affaires à la mesure de Part-Dieu ou encore de Carré-de-Soie la réponse est non ! Ce n’est pas l’objectif de la ville. »

Bron est ville ville culturellement active entre ses organismes publiques et ses festivals. Faut-il encore développer ces activités ou ce rythme correspond aux brondillants ?

« Bron n’est pas réservée que pour les brondillants ! Pour la Fête du livre il y a des gens qui viennent de Paris ou de Marseille  ! Après l’activité culturelle ne demande qu’à être développée, ce sont des valeurs d’ouverture sur le monde. Cela représente la transmission, le respect de l’ensemble des communautés et de leurs histoires. La culture c’est ce qu’il faut protéger en premier. »

Comptez-vous améliorer le cinéma des Alizés ?

« Bien sûr ! Nous comptons agrandir le cinéma avec une troisième salle. C’est un cinéma associatif et si l’on veut exister dans la métropole, ça passe par des aménagements importants. C’est donc un projet à ne pas mettre de côté !

Bron est également une ville très sportive mais il manque une grande équipe ! Souhaitez-vous développer  une équipe phare pour porter les couleurs de la ville ?

« Je ne pense pas. Avoir une grande équipe de sport dans la ville n’est pas une priorité. Je privilégie un budget de soutien aux clubs sportifs pour les mettre sur un pied d’égalité et ne pas favoriser une discipline en particulier. Si un sport émerge, ce qui est le cas des handballeuses, des négociations pourront se faire si un besoin de financement est nécessaire. »