Après Lyon le CLIC s’intéresse aux municipales à Villeurbanne, à tout seigneur tout honneur, nous commençons notre tour d’horizon  des candidats par le maire sortant Jean-Paul Bret. Pour l’interroger, Jean-Philippe Bonan et Sylvain Metafiot du Forum de Lyon était accompagnés par Sébastien Gonzalvez et Etienne Aazzab du Lyon Bondy blog. Comme toujours la technique était aux mains de Patrice Berger de Radio Pluriel.

2DSC07475Partie 1 : Présentation
Partie 2 : La métropole
Partie 3 : Education
Partie 4 : Social (SDF, Roms)
Partie 5 : Budget
Partie 6 : Culture
Partie 7 : Sports
Partie 8 : Sécurité (Vidéosurveillance, forces de l’ordre)

M. Jean-Paul Bret vous êtes maire de Villeurbanne depuis 2001 et vous vous représentez pour un troisième mandat. Pourquoi repartez-vous une nouvelle fois en campagne ?

J’en ai envie. Il peut y avoir des hésitations et je suis quelqu’un qui doute ça fait parti de ma personnalité. Je me suis interrogé avant d’être à nouveau candidat. Et si je le suis à nouveau c’est aussi parce que je ne suis que maire de Villeurbanne, je ne cumule pas les mandats et je m’en honore un petit peu. En effet, en 2002 j’ai abandonné mon mandat de député [il ne s’est pas représenté aux élections législatives, NDLR] un an après que je sois devenu maire, je ne l’ai pas fait immédiatement en 2001 car vu le rapprochement du calendrier électoral il aurait été difficile de provoquer une élection partielle six mois avant le scrutin général. Je me suis donc appliqué à moi même avec ma propre déontologie la règle de non cumul des mandats un peu plus de dix ans avant la loi. J’ai eu l’avantage d’être parlementaire pendant deux mandats et cela m’a apporté un certain nombre de choses mais je ne voulais pas cumuler les deux fonctions.

Selon vous est-il possible de cumuler le mandat de maire et de député ?

Je ne dirai pas que c’est impossible car beaucoup l’ont fait mais, en revanche, ce n’est pas bien. Je ne veux pas porter de jugement moral mais il y a toujours un mandat que l’on fait moins bien, que l’on sacrifie même, lorsqu’on est maire d’une grande ville et que l’on cumule. Je conçois que ce soit différent quand on est maire d’une petite commune mais il est difficile de faire une différence constitutionnelle suivant la taille de la ville. Quand on est maire d’une grande ville on est un très mauvais parlementaire, on est très absent au Parlement. On s’y rend quelque fois quand il y a des sujets qui intéressent les députés-maires. Prenez Gérard Collomb, il dit lui-même qu’il est peu assidu au Sénat ; il est présent quand on parle de Lyon. Quand on est sénateur c’est bien d’être au Parlement quand on parle de sa ville mais c’est une conception du mandat qui est restrictive et qui peut même poser question par rapport à la démocratie.

Il vous reste encore des choses à accomplir pour Villeurbanne ?

Oui bien sûr, les choses ne s’arrêtent jamais. Fondamentalement, j’ai envie de continuer à faire un certain nombre de choses, je me sens jeune intellectuellement, j’ai toujours le goût de la connaissance et j’essaye de cultiver dans mon mandat de maire ce que l’on peut appeler « l’ouverture ». Sans entrer dans la polémique avec le candidat de l’opposition, je pense qu’on peut être un peu plus ouvert dans ses idées sur l’avenir, tout en étant plus âgé.

Pourquoi, cette fois, à la différence de l’élection précédente, vous n’avez pas pu présenter une liste de gauche unie ?

En 2008 nous avions un peu insisté pour qu’Europe Ecologie Les Verts (EELV) viennent sur notre liste. À ce moment-là, la raison l’avait emporté et on avait pu faire liste commune. Cette fois EELV et leur tête de liste ont vraiment envie d’aller seul au premier tour c’est difficile de les obliger à s’allier avec nous. C’est vrai aussi que la situation entre eux et nous s’est un peu envenimée à Villeurbanne pendant le mandat.

Pourquoi ?

Mme Vessilier, tête de liste actuelle d’EELV, s’est présentée aux élections cantonales ce qui est légitime : là-dessus il n’y a pas de problème, ce n’est pas parce qu’on est dans une même équipe qu’on ne peut pas se présenter devant les électeurs. En revanche, quand au second tour, du fait du très faible score de la droite et d’une forte abstention, on s’est retrouvé dans un affrontement direct entre la candidate EELV et un candidat socialiste on pouvait attendre un désistement de sa part. Moi je ne mets pas la discipline républicaine au panier de l’histoire. Or pour les Verts il y avait là une occasion de se maintenir. La droite, assez cyniquement, ne s’est pas gênée pour les aider car même s’ils n’ont pas appelé officiellement à voter pour elle, dans les faits c’est ce qui a été fait. Comme nous étions leur adversaire principal, la droite préférait, d’une certaine manière, voter ou faire voter pour celle qui était déjà considérée comme notre « amie-adversaire ». Je trouve que ce n’est pas bien et il y a eu de la disharmonie qui s’est faite à ce moment-là, ainsi, il me semble, un peu d’ambition personnel. Mais ça je le comprend, quand on est candidat il faut bien que l’on en ait.

Voila les circonstances qui ont conduit à la division, on peut le regretter mais elles sont enclenchées à Villeurbanne depuis malheureusement quelque temps.

Si vous êtes réélu tenterez-vous de réunifier la gauche à Villeurbanne ?

J’ai tendance à trouver que nous sommes déjà une gauche assez rassemblée : il y a le Parti socialiste, les communistes (qui sont membres du Front de gauche et ils tiennent à le dire car le Front de gauche ne se résume pas à Mélenchon), et le Parti radical de gauche qui est certes une petite formation mais qui présente de bons candidats. On a aussi sur notre liste des gens de la société civile qui sont engagés à gauche mais ne se revendiquent d’aucun parti. Par contre EELV ne fait pas parti de ce rassemblement mais c’est de leur propre volonté.

La porte n’est pas fermée au second tour ?

Non mais il faut bien voir que dans une élection municipale il y a une dynamique de campagne. Du côté d’EELV étant le maire sortant je suis comme Saint Sébastien, c’est moi qui reçoit les flèches. Il y a une logique politique à ce haro sur le sortant. Je suis donc d’avantage l’objet de leurs critiques que la droite ou d’autres et cela crée une dynamique de campagne qui n’est pas une dynamique d’union. C’est la raison pour laquelle j’avais insisté pour qu’il y ait une liste commune. De plus, le second tour du scrutin municipal aura lieu huit jours seulement après le premier et les listes doivent être déposées le mardi matin. Il ne reste donc que le lundi pour faire une nouvelle liste. On peut avoir une envie de rassemblement même si on n’est pas vraiment contraint par rapport à un danger de l’extrême droite. Humainement ce n’est pas facile d’envisager d’enlever six ou sept personnes de votre liste pour faire rentrer des écologistes qui ont été vos principaux adversaires au premier tour.

Il faut aussi penser à avoir une majorité suffisamment solide durant le mandat pour ne pas être à la merci de personnes qui ne votent plus le budget, comme on en à déjà eu l’exemple. Une ville ce n’est pas la région. Autant à la région, comme à l’Assemblée nationale, on peut avoir des majorités plus composites, autant pour la gestion d’une ville c’est un exercice plus difficile.