Mardi 19 janvier, les organisations syndicales des Finances publiques du Rhône se sont réunies devant le centre des impôts, rue de la Charité. Elles protestent contre la suppression de 76 emplois dans le département. 

L’annonce de la suppression de 2163 emplois par Bercy ne passe pas. Mardi 19 janvier, les syndicats des Finances Publiques étaient réunis en intersyndicale pour protester contre ces départs à la retraite non remplacés. Dans le Rhône, 76 emplois sont concernés. Les agents demandent également l’arrêt de la restructuration des services entamée en ce début d’année. Pour la CFDT Finances, “les agents ne sont plus en capacité de répondre aux besoins des gens”. Du côté du directeur régional des Finances publiques, Laurent De Jekhowsky, l’objectif est de pallier “un déséquilibre coût-service”, notamment en développant le numérique mais aussi en créant un “nouveau réseau d’accueil de proximité”.

Une trentaine de représentants syndicaux étaient présents. Crédit : Nathan Chaize

Une proximité efficace ? 

La création de ce nouveau réseau passe par la suppression, à partir du 1er septembre 2021, de la quasi-totalité des trésoreries du département, à commencer par l’Arbresle et Thizy-les-Bourgs. Oullins, Rillieux-la-Pape et Villeurbanne seront les dernières communes à voir leur trésorerie disparaître en janvier 2023.

C’est la suppression de ces trésoreries qui cristallise les tensions. En effet, les citoyens seront amenés à se rendre dans des “Espaces France Services” pour faire leurs demandes. Laurent de Jekhowsky explique que “si le problème n’est pas réglé dans ces espaces, le citoyen prend un rendez-vous avec un agent compétent”. Pour la CFDT, c’est là que le bât blesse : “Il n’y a pas d’agent des finances publiques dans ces centres. Si vous avez une question compliquée, vous tombez sur quelqu’un qui a été formé 5 jours et qui va vous dire d’envoyer un message sur la plateforme numérique”, déplore Ghislaine Ferrara.

Malgré tout, la direction régionale des Finances publiques précise que “les usagers pourront continuer de payer leurs impôts et effectuer leurs demandes dans les services des impôts de particuliers (SIP)” notamment à Vaulx-en-Velin, Vénissieux ou Villeurbanne. Pour la CFDT, c’est dans ces communes que le besoin d’accueil est le plus important. “Nous avons été les premiers à réclamer les services de proximité dans les quartiers défavorisés. Mais on n’a pas les moyens, il n’y a que deux jours de réception dans ces zones là”. C’est en effet dans les quartiers populaires que l’on souffre le plus des inégalités et que la politique de dématérialisation se heurte à l’inhabilité numérique. En effet, l’incapacité ou la difficulté à utiliser le numérique et les outils informatiques touchait en 2019, 26% des ménages les plus modestes. Un chiffre qui monte à 67% pour les 75 ans et plus (INSEE).

Laurent De Jekhowsky, Direction régionale des finances publiques. Crédit : Nathan Chaize

Numérique et téléphone, des solutions viables ?

Dans la continuité du plan de relocalisation, plusieurs plateformes téléphoniques seront créées dans des communes “rurales ou péri-urbaines”, mais la CFDT dénonce un coup de com’ : “Pour les habitants, cette relocalisation ne changera rien. Le service n’est pas au rendez-vous sur ces plateformes.  De son côté, Laurent De Jekhowsky affirme que “dans 50% des cas, le téléphone suffit à régler les problèmes”.

Les pratiques des citoyens ayant évolué, “90% des paiements et des procédures se font aujourd’hui en dématérialisé”, rappelle le directeur régional des finances publiques. Grâce à des mesures comme le prélèvement à la source ou la suppression de la taxe d’habitation pour 80% des ménages fiscaux, la quantité de démarches administratives liées aux finances publiques a significativement diminué.

Cependant, ce dernier reconnaît que dans les quartiers défavorisés, le taux d’inhabilité numérique “monte jusqu’à 30%. Le paiement physique reste celui des personnes défavorisées.” Pour la CFDT, la restructuration prévue n’est pas en mesure de répondre à cette problématique : Pour les 30% qui ne savent pas utiliser le numérique, prendre un rendez-vous est déjà difficile.” Du côté de Yves Raichl (Force Ouvrière), malgré la continuité des SIP, “les gens peuvent de moins en moins venir nous voir. Nos horaires sont toujours plus resserrés et on continue de supprimer des postes. Quand on voit déjà les files d’attente dans nos centre, avec la fermeture des trésoreries ce sera pire. Ça sera un afflux terrible dans les centres France Service.”

Une concentration de services qui pose question

En effet, les “équipiers polyvalents” de ces nouveaux centres d’accueil traiteront, en plus des démarches relatives aux finances publiques, différentes problématiques allant de la CAF jusqu’à EDF. Une concentration de services qui pose question et qui inquiète quant à la qualité des réponses apportées aux citoyens. Malgré tout, Laurent De Jekhowsky affirme que “le contenu des missions se réduit” du côté des finances publiques, entraînant inévitablement “une modification des modalités d’accueil« . 

Le processus se déroulant sur deux ans, la direction affirme “pouvoir s’adapter”, mais de son côté, la CFDT n’y croit pas : “À chaque fois qu’on a parlé de possibilité d’adaptation, on a gardé les réformes en l’état.”