100 jours après le basculement de la Métropole de Lyon à droite, l’heure est aux premiers bilans. Dans cet entretien, l’élu métropolitain Didier Vullierme, désormais membre du groupe Rhône et Saône, livre son regard sur l’ambiance au sein de l’hémicycle depuis le scrutin du 26 mars 2026. Restriction du débat démocratique, rééquilibrage des mobilités, gestion de l’accompagnement du vieillissement ou sécurité : il détaille ses attentes et ses points de vigilance face à l’exécutif dirigé par Véronique Sarselli. Entretien.
Lyon Bondy Blog : Quel était votre sentiment et quelle était l’ambiance le 26 mars 2026, quand vous rentrez dans l’hémicycle métropolitain pour cette première journée ? Vous vous dites « bon, 6 ans, on a du boulot, on a du pain sur la planche » ?
Didier Vullierme : La journée d’installation de la Métropole, c’était forcément une ambiance un peu particulière. Il y avait eu quelques jours avant une victoire assez large, même très large, de Grand Cœur Lyonnais qui avait acquis la majorité à elle toute seule. Donc ce sentiment de victoire et de quasi-toute-puissance, elle se ressentait très fortement. D’autant plus que moi, j’étais à ce moment-là dans une position de non-inscrit, j’ai vraiment ressenti ça.
Après, il y a eu l’opération de vote pour la présidence en elle-même, où là, j’avais trouvé que le discours d’intronisation de la présidente tenait la route, était plutôt bien, sur l’équilibre, sur l’écoute des territoires, sur un certain nombre de choses. Donc j’étais reparti en me disant : peut-être que les 6 ou 7 ans à venir pourraient être utiles.
L.B.B : Et 100 jours après, quel est justement votre sentiment ?
D.V : Quand il y a quand même une rupture dans l’exécutif, finalement, on se rend compte. La question que je me pose, c’est : est-ce que l’exécutif tel qu’il est aujourd’hui était vraiment prêt ? Parce que le sentiment que ça me laisse là, après les 3 à 4 mois d’exercice depuis mars, c’est que pour le moment, pas grand-chose n’est enclenché.
Alors c’est normal, il faut que les uns et les autres prennent leurs fonctions, que l’administration s’adapte aussi à l’exécutif. Mais pour le moment, j’ai du mal à voir une vision sur les 6 ans à venir, mal à voir quel va être le développement de cette métropole, quelles vont être les grandes orientations. Pour le moment, on est plus sur des petites touches impressionnistes.
Là où j’ai quand même du mal avec le début de l’exécutif, et j’ai bon espoir, étant un naturel optimiste, que ça se corrige après l’été, c’est sur le fonctionnement institutionnel. On l’a exprimé à plusieurs reprises dans les derniers conseils : sur la suppression de temps d’expression et, finalement, l’appauvrissement du débat démocratique.
L. B. B : Justement, pour vous qui étiez non-inscrit, est-ce que cela change beaucoup de choses ?
D.V : Je ne suis plus non-inscrit. Avec quatre autres élus, on a créé le groupe politique « Rhône et Saône », avec Cyril Isaac-Sibille, Carine Frappa-Rousse, Fouziya Bouzerda et Estelle Jellad. On est cinq.
Ce n’est pas un groupe MoDem justement, c’est le groupe Renaissance. Moi, je reste dans l’opposition, alors que d’autres se mettent plutôt dans la majorité. Vous savez, ça a été très à la mode dans ces élections de faire des accords techniques. Donc on va dire que là, j’ai fait un accord technique avec ces quatre autres élus, et qu’on a créé un groupe. D’ailleurs, le positionnement dans l’Assemblée le dit bien : on est entre le groupe socialiste et le groupe Grand Cœur Lyonnais, entre la droite et la gauche quoi, entre guillemets.
Dans ce groupe, on est plutôt alignés sur un certain nombre de choses, notamment sur le fonctionnement démocratique de l’Assemblée où il y a, en tout cas c’est comme ça que je l’ai perçu notamment en juin, un appauvrissement du débat. Plus de déclaration préalable, qui permettait d’aborder des sujets qui touchent la politique métropolitaine en dehors du cadre des simples délibérations. Les temps de parole sont assez grandement limités. Et puis il y a toutes ces subventions qui ont été passées en commission permanente, alors qu’avant une grande partie passait en séance plénière. Ça indique qu’il y a un certain nombre de personnes qui décident en catimini de l’avenir de certaines associations, entre guillemets. La commission permanente est à huis clos, le public ne peut pas y assister, et il n’y a que 60 élus sur les 150 que contient l’Assemblée métropolitaine. C’est forcément moins de démocratie quand on fonctionne comme ça. Que certaines subventions reconduites d’année en année passent là-bas pour accélérer le traitement, pourquoi pas, mais il y en a beaucoup qui ont un sens politique et qui méritent d’être débattues.
L. B. B : Pour revenir sur les débats, on a beaucoup parlé de l’avenir de la rue Grenette. Était-ce une priorité ?
D.V : Peut-être qu’il fallait s’attaquer à autre chose d’abord que la rue Grenette. Je pense que ce qui va être déterminant sur la politique métropolitaine, ça va être la construction de la programmation pluriannuelle des investissements, la fameuse PPI, qui retrace finalement le plan de mandat de la métropole et qui va donner les grands axes. Ça, ça va venir à l’automne. C’est normal que pour le moment, ça n’ait pas été établi, ça ne l’est d’ailleurs dans aucune collectivité. C’est ça qui va donner vraiment l’orientation et la vision stratégique de la métropole.
Après, la rue Grenette, ce n’est pas l’ensemble de la métropole. C’est plus un acte symbolique de la part de la présidente. D’ailleurs, c’est là où il y a peut-être une dissonance entre le discours d’installation de la présidente et les actes. Dans son discours d’installation, elle a dit qu’elle travaillerait avec les maires, qu’elle tiendrait compte des territoires, ce qui est une bonne chose. Et du coup, sur cette décision-là, elle va quand même à l’encontre des volontés du maire de Lyon. Donc on va voir comment les choses se concrétisent, mais pour le moment, le fonctionnement me paraît assez décidé par quelques-uns. Moi, je serai là pour rappeler les choses aussi souvent qu’il le faudra au sein de l’Assemblée métropolitaine.
L. B. B : Il y a eu une secousse sismique récemment dans la majorité métropolitaine avec l’affaire Abreu et le retrait des délégations de trois vice-présidents. Comment l’opposition l’a-vécue ?
D.V : À une exception près, je pense que personne n’est allé remuer cette histoire pendant le dernier conseil métropolitain. De notre côté, on a fait six ou sept interventions et on n’est pas allés sur ce terrain-là. Parce qu’honnêtement, de mon point de vue, c’est une affaire qui doit être traitée par la justice. Si jamais il y a des responsabilités, la justice doit faire son travail, mais ce n’est pas un sujet qui concerne l’ensemble des métropolitains. Pour moi, l’importance n’est pas là.
Si ça doit avoir des conséquences, ça aura des conséquences sur la composition de la majorité, mais pour le reste, sur les politiques métropolitaines, ce n’est pas là que se situe l’enjeu. Je trouve qu’on en a fait un sujet qui permettait peut-être de masquer beaucoup d’autres manques, finalement, par ailleurs.
L. B. B : Quels sont selon vous les grands axes de politiques publiques sur lesquels il faut travailler ?
D.V : Il y a l’incontournable axe des mobilités, c’est certain, pour continuer à travailler et peut-être repenser certains équilibres. Dans le mandat précédent, j’avais dit plusieurs fois à Bruno Bernard lors des interventions qu’il avait créé un nouveau déséquilibre. Le XXIe siècle était le fruit du XXe, où c’était le « tout bagnole ». Donc il y avait une forme d’hégémonie de la voiture qui avait été créée, et lui, en prenant son mandat, avait tenté de créer une autre hégémonie avec le vélo. Il faut très certainement trouver un meilleur équilibre, notamment pour les piétons. Dans le mandat précédent, le plan vélo c’était presque 500 millions d’euros, pendant que le plan piéton, c’était 25 millions. Donc il y a forcément quelque chose à rééquilibrer de ce point de vue-là. Ça ne veut pas dire le retour à la bagnole de partout, tout le temps, mais il y a un équilibre à trouver. Et puis, bien sûr, les transports en commun, le développement du réseau sur certains secteurs, je pense au Plateau Nord par exemple, ou à La Duchère.
Le deuxième axe qui me semble très important, et qui n’a pas toujours été très bien pris en compte par la majorité précédente, c’est la question du vieillissement. Il faut prendre beaucoup plus soin de nos aînés. C’est une compétence de la métropole, maintenant qu’elle est un département finalement. L’accompagnement du vieillissement, ça implique les questions de santé, de logement, de mobilité. C’est un vrai axe qui peut structurer beaucoup de choses.
Et le troisième axe, c’est bien entendu la question de l’adaptation climatique et de l’économie. La métropole a cette compétence du développement économique, et je pense qu’il est important qu’on accompagne fortement nos entreprises à aller vers le changement climatique, à s’adapter, à avoir des nouvelles méthodes de production et à être plus performantes dans la résilience. C’est un sujet très important qui n’avait pas été pris en compte non plus dans le mandat précédent, on peut espérer que ça le soit dans celui-là.
L. B. B : Avec la baisse des dotations, est-ce que la Métropole doit se substituer à l’État auprès des associations, ou mieux les accompagner ?
D.V : Se substituer à l’État, je ne pense pas. On ne peut pas dire que ce que l’État ne donne plus, la métropole le donne automatiquement. En revanche, on peut avoir auprès des associations des formules d’accompagnement différentes. C’est un débat qu’on a eu au conseil municipal de Villeurbanne : accompagner les associations à monter leurs dossiers de subventions, à monter leur modèle de développement, etc. Pas simplement être une chambre d’enregistrement où on prend des dossiers, on dit oui, on dit non, on paye ou on ne paye pas. Il faut aller au-delà et vraiment aider le tissu associatif à ce sujet.
L. B. B : Sur la sécurité, un sujet redondant notamment à Villeurbanne, comment la Métropole peut-elle intervenir aux côtés de son vice-président Jérémie Bréaud ?
D.V : La sécurité ne rentre pas dans le champ des compétences directes de la métropole. En revanche, il y a une chose que j’avais mise dans mon programme métropolitain pour la circonscription de Villeurbanne : la vidéosurveillance est aujourd’hui implantée sur presque toutes les communes de la métropole, mais chacun a son propre système, plus ou moins performant ou adapté. La métropole peut jouer ce rôle de structuration et d’harmonisation de l’ensemble. C’est quelque chose qui existe dans d’autres grandes métropoles, à Strasbourg par exemple, qui a créé un CSU métropolitain et permet, en travaillant avec les communes, d’avoir un suivi. Aujourd’hui, entre Villeurbanne et Bron, on a deux CSU différents qui ne se connaissent pas, avec des agents qui ne communiquent pas entre eux. Avoir un CSU métropolitain qui s’appuie sur les caméras communales, ça aide, parce que la délinquance n’est pas communale, elle est métropolitaine, voire au-delà.
L’autre axe, c’est la sécurité dans les transports en commun. C’est quelque chose qu’on avait évoqué dans le programme avec David Kimelfeld en 2020 : renforcer une forme de police métropolitaine des transports, avec des compétences qui permettent d’articuler le travail entre les différentes polices municipales. Je pense que ce sont les deux axes sur lesquels une première pierre peut être posée.
L. B. B : Auriez-vous une dernière chose à rajouter pour conclure ?
D.V : Comme je vous le dis, je suis d’un naturel optimiste et j’espère vraiment que Véronique Sarselli, son exécutif et son cabinet vont être plus à l’écoute de l’ensemble des conseillers métropolitains. J’espère qu’après les vacances, à la rentrée, on va repartir sur un nouveau cycle avec plus de débats et plus d’écoute. Typiquement, quand on a travaillé sur le règlement intérieur, il y a eu 13 ou 14 amendements proposés par les différents groupes d’opposition, et pas un seul n’a été retenu alors qu’il y en avait certains qui étaient très simples et très faciles à mettre en œuvre. J’espère, et je pense que ce n’est jamais perdu d’avance, qu’il y aura plus d’écoute et plus de capacité à dialoguer entre l’exécutif et le conseil de la métropole.





