Cinéma : Soulèvements, le peuple comme horizon

Avec Soulèvements, Thomas Lacoste filme les mouvements sociaux récents comme on filme une épopée intime, faite de visages, de voix et de paysages traversés par la colère et l’espérance. Loin du reportage d’actualité, le film compose une fresque sensible où chaque marche, chaque assemblée et chaque campement deviennent les fragments d’un récit collectif en train de s’écrire.

Dans l’affiche de Soulèvements, une foule avance à travers champs, dos tourné à la caméra, comme si le film invitait le spectateur à rejoindre le mouvement plutôt qu’à l’observer de loin. Ce choix visuel résume l’ambition de Thomas Lacoste : raconter un moment politique par le prisme des corps et des trajectoires, plutôt que par celui des courbes de sondages et des petites phrases. Le cinéaste s’inscrit dans la tradition d’un cinéma documentaire engagé, mais il en déplace les frontières en travaillant la durée, le paysage et la polyphonie des récits pour donner à voir ce que signifie se soulever aujourd’hui.

Dès les premières séquences, Soulèvements refuse la linéarité chronologique pour lui préférer une circulation entre lieux et luttes : une manifestation urbaine répond à un rassemblement dans une ZAD, un cortège étudiant fait écho à une assemblée de soignants, un blocage d’entrepôt s’enchaîne avec une marche féministe. Cette constellation de luttes compose une géographie sensible de la contestation, où le montage devient l’outil politique majeur du film. Plutôt que de commenter les images, le réalisateur met en relation, laissant au spectateur le soin de tisser les liens, de reconnaître les slogans, de se souvenir des dates.


La force du film tient aussi à sa manière de filmer les visages et les voix. Les prises de parole captées au cœur des assemblées ne sont pas de simples témoignages mais de véritables moments de pensée en action, où l’on voit se chercher les mots pour dire la colère, la fatigue, la solidarité. La caméra s’attarde sur les hésitations, les silences, les phrases qui trébuchent, comme pour rappeler que la politique se fabrique aussi dans ces instants de fragilité. Ce choix donne au documentaire une dimension profondément humaine : derrière les banderoles, il y a des vies, des métiers, des histoires familiales, des inquiétudes concrètes pour l’avenir.


Visuellement, Soulèvements se distingue par l’attention portée aux espaces. Les routes de campagne, les zones industrielles, les places de ville, les ronds-points et les friches deviennent des personnages à part entière, traversés, occupés, redessinés par les mouvements. En filmant les moments de creux – une pause café au bord d’un champ, une nuit froide sous la pluie, un lever de soleil sur un campement – Lacoste rappelle que la lutte n’est pas faite que de pics d’intensité, mais aussi de durées longues, de fatigue et d’organisation souterraine. Le paysage en garde la trace, comme si chaque occupation laissait une empreinte discrète dans la mémoire des lieux.


Le film interroge enfin la question de la transmission. Beaucoup de scènes montrent des générations différentes côte à côte, des militants aguerris qui discutent avec de très jeunes manifestants, des parents venus avec leurs enfants. Dans ces échanges, Soulèvements fait apparaître une continuité des causes – justice sociale, défense des services publics, lutte écologique – tout en rendant sensible la nouveauté des formes d’engagement. Réseaux sociaux, assemblées horizontales, expérimentations de vie collective : le film observe comment ces pratiques redéfinissent le rapport au pouvoir, mais aussi à la défaite et à la victoire. En quittant la salle, reste l’impression que ce documentaire n’a pas seulement enregistré un moment politique ; il a offert un espace où ces luttes peuvent encore résonner, se répondre et peut‑être, à nouveau, se soulever.

Conférence de presse en présence du réalisateur Thomas Lacoste et l’équipe du Comédia. Les journalistes présent sont SolFM, RadioPluriel, Abus de Ciné et Etienne Aazzab du Lyon Bondy Blog

Etienne Aazzab

Etienne a contribué depuis 2 ans dans le journal satirique FOUTOU’ART. Il a intégré l’équipe du « clic 2014 » : Collectif local d’informations citoyennes à partir de novembre 2013. Il rejoint le Lyon Bondy Blog à partir de janvier 2014. Twitter : @AazzabEtienne Ses sujets de prédilection : #Politique #Société #Sport

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