Cinéma : Faire du trait une vague dans le film d’animation In Waves

Ce mercredi 24 juin, une rencontre presse suivie d’une avant-première s’est tenue au cinéma Comœdia à Lyon autour de In Waves, film d’animation de Phuong Mai Nguyen. Adapté du roman graphique d’AJ Dungo, le film explore un récit de deuil et de mémoire, où le mouvement devient le langage central d’une histoire intime portée à l’écran.

En salle à partir du 1er juillet, In Waves a déjà été présenté dans deux des grands rendez-vous du cinéma contemporain : la Semaine de la Critique à Cannes et le Festival international du film d’animation d’Annecy. Le film de Phuong Mai Nguyen s’impose comme l’une des propositions animées marquantes de 2026, salué pour la sensibilité de son approche et la finesse de son adaptation. À notre micro, la réalisatrice revient sur les six dernières années qui ont marqué la construction de ce projet.

Faire naître un film 

Le projet d’adaptation naît avant même l’arrivée officielle de Phuong Mai Nguyen. Comme elle nous l’explique, AJ Dungo la contacte après avoir suivi de loin son travail et son univers graphique. Les premiers échanges se font à distance, en visioconférence, dans un contexte marqué par la pandémie, avant une première rencontre à Paris lors d’une exposition des dessins de l’auteur à la galerie Barbier, qui marque le véritable point de départ de leur collaboration.

Le processus se structure ensuite en plusieurs voyages et étapes. En 2021, la réalisatrice effectue un premier déplacement à Los Angeles pour entrer dans le réel du récit : les lieux de vie, les espaces de socialisation, le skatepark, le lycée. Elle poursuit ensuite son travail par une immersion entre Los Angeles et Hawaï, appuyée par une résidence à la Villa Albertine, dispositif qui accompagne les artistes français travaillant sur des sujets liés aux États-Unis. Le surf devient alors un terrain d’enquête.

La construction du film se déplie en strates successives : teaser de présentation, une écriture du scénario signée Fanny Burdino et  Stéphane Doux, les premières recherches visuelles et techniques, puis tout le travail sur les mouvements de l’eau et des corps. L’animation se pense par étapes, du storyboard à l’animatique, jusqu’au montage final, dans un processus où chaque intervenant vient ajouter une couche à une œuvre collective, pensée sur un temps long de six ans.

Mouvements en permanence 

Au cœur du film, une question revient sans cesse : comment traduire le mouvement de la vague, du skate, du corps dans l’espace ? L’enjeu est autant technique que sensible. Il s’agit de restituer la précision des gestes sans perdre la dimension presque onirique de l’eau et de la glisse. Le travail d’observation devient alors central. Les artistes s’attachent à regarder, répéter puis comprendre physiquement les mouvements. Une scène illustre cette démarche : la réalisatrice observe AJ Dungo simuler le surf… sur une table basse, pour saisir le rythme du geste. L’animation naît ainsi d’un rapport direct aux corps et à leurs dynamiques.

La dimension sonore accompagne cette recherche. Dès 2021, des collaborations musicales s’installent, notamment avec OKLOU, dont les textures électroniques et la voix aux accents presque lyriques évoquent une forme de chant de sirène. L’artiste ROB quant à lui, apporte également son expertise, contribuant à construire une bande-son qui dialogue avec les images animées. Les voix occupent également une place essentielle : issues d’un casting attentif, elles associent Lyna Khoudri, choisie pour la maturité et la précision de son timbre déjà éprouvé dans des récits à forte charge dramatique, et Rio Vega pour AJ, immédiatement retenu lors des essais tant son évidence s’est imposée. 

Deux dessins, une mémoire

L’adaptation organise un véritable frottement entre deux régimes d’image. Le film reprend d’abord, presque à l’identique, le trait d’AJ Dungo dans les séquences de récapitulatif historique consacrées au surf : un noir et blanc dépouillé, qui conserve la sécheresse du dessin original et sa dimension de mémoire. Ce geste n’est pas décoratif, il marque une fidélité au deuil tel qu’il est inscrit dans la ligne, dans sa retenue et sa fragilité.

À cette strate graphique s’oppose le reste de l’animation, plus ample, plus coloré, qui semble au contraire réinjecter du souffle et de la matière dans ce qui, chez Dungo, demeure souvent suspendu. Le film fait ainsi coexister deux écritures : l’une fixe, mémorielle, presque documentaire ; l’autre fluide, sensorielle, qui redonne mouvement et présence aux figures.


Phuong Mai Nguyen réalisatrice du film In Waves, lors de la rencontre presse du mercredi 24 juin 2026 au cinéma Comoedia, Lyon 7e.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *