« Animal Culte » à Confluence : quelle place l’être humain laisse t-il aux animaux ?

L’être humain partage-t-il la Terre avec les animaux, ou s’octroie-t-il le droit de disposer d’eux ? Quel est l’impact de nos modes de vie capitaliste sur la condition animale ? Quelle place nos œuvres, littéraires, cinématographiques… accordent-elles à la faune ? Ce vendredi 16 octobre, le musée des Confluences inaugure « Animal Culte », une exposition de 1 000 m² visible jusqu’en août prochain qui explore notre rapport complexe et souvent contradictoire avec ces êtres vivants : tantôt domestiqués, tantôt exploités, caricaturés et chéries

En ouvrant le dictionnaire des synonymes en ligne pour le mot « animal », leur nature semble n’exister qu’au travers du paradigme de la brutalité et de la cupidité : brutaux, abruti, bestial, créature, grossier, instinctif, machinal, spontané, stupide… la liste est longue.
Devient-il alors plus facile d’asservir des êtres que l’on considère comme brutaux et dangereux pour l’espèce humaine ?

Le Lyon Bondy Blog s’est rendu au musée des Confluences pour explorer ce rapport ambivalent que les êtres humains entretiennent avec les animaux : de la conservation de la faune sauvage aux préoccupations politiques envers les animaux, où il devient coutume d’organiser des fêtes d’anniversaire pour ceux domestiqués tout en acceptant d’en mettre d’autres dans nos assiettes. Immersion au cœur de l’exposition, accompagnée par Mathilde Gallay-Keller, anthropologue, qui a assuré la mission de cheffe de projet, ici, au musée des Confluences.

Cohabitation ou domination ?

Le parcours s’ouvre face à des chimères animales, habitées par deux humains autour d’elles. Dans la mythologie grecque elles représentent le chaos primitif que les héros doivent détruire pour rétablir la civilisation et l’ordre. Elles nous suivront tout du long de l’exposition.

Pensée pour tous les publics, les vitrines adaptées à hauteur d’enfants en témoignent. L’exposition prend le présent comme point de départ pour interroger nos relations avec le monde animal sur tous les continents.

L’animal transformé en objet ludique, accompagne le quotidien de certains enfants ou la culture du jouet est présente
Des cérémonies laïques dédiées aux animaux de compagnie, célèbre les moments partagés de leur vivant

L’exposition continue et nous plonge dans une seconde réalité. Celle de l’animal outil. Mathilde Gallay-Keller rappelle qu’historiquement, le bœuf ou le cheval ont été massivement exploités pour le coton, la laine, ou au fond des mines.


Les plus petits ne sont pas épargnés par cette exploitation . Araignées, coquillages ou vers de soie ont été enrôlés dans nos industries.

Tapisserie réalisé à l’aide de ver de soie
Pinna nobilis est un mollusque utilisé pour créer de la soie marine

Mais aussi, le cas du Bombyx mori (le ver de soie), devenue totalement dépendante de nous pour survivre à force de sélection. À partir de ce moment-là, il est légitime de se demander s’il existe réellement une collaboration entre humains et animaux, ou est-ce toujours au seul profit des humains ?

Le septième art met la faune en boîte ?

L’exposition nous amène aussi vers les œuvres fictionnelles où les animaux ont souvent été utilisés comme porte-voix des humains. Elles leur donnent la parole, mais sous le prisme de la morale propre à chaque auteur·ice.

La littérature, les fables, les satires en regorgent. Faire parler l’animal, faire comme si l’humain se regardait simplement dans un miroir, porte un nom : c’est l’anthropocentrisme. L’animal n’est encore qu’un outil, un déguisement pour parler des défauts, de politique des Hommes (comme chez Jean de La Fontaine). On efface la réalité de l’animal pour la nôtre.

Au musée des Confluences, des œuvres fictionnelles présente aussi des animaux mis en scène qui se battent eux-mêmes pour protéger leur habitat des constructions humaines.

L’une d’elles met en scène des tanuki (raton laveur japonais) dans le film Pompoko. Une fable écologique ou l’espèce lutte pour préserver leur forêt menacé par l’urbanisation. Ils disposent du pouvoir de se métamorphoser en créatures horrifiques, les promoteurs immobiliers sont contraints de quitter les lieux paniqué par les accidents créés.

Extrait du film Pompoko par Isao Takahato diffusé au sein de
l’exposition Animal Culte au Musée des Confluences © Studio Ghibli

Avec le Festival Lumière qui se déroule à Lyon cette semaine, on a eu envie à la rédaction du Lyon Bondy Blog d’aller un peu plus loin que le musée et de poursuivre cette réflexion. On vous a donc sélectionné plusieurs œuvres cinématographiques qui interrogent notre rapport au vivant.

Le chant des forêts par Vincent Munier

Au cœur du massif des Vosges, là où il vit, le réalisateur s’immerge en pleine nature aux côtés de son père naturaliste et de son fils Simon. Ensemble, ils pratiquent l’art de l’affût. Cachés sous des toiles de camouflage, ils s’installent parfois pendant de longues heures au fond des bois pour observer les animaux sans jamais troubler leur tranquillité, la moitié des images ayant d’ailleurs été filmée autour de sa propre ferme. Pour le cinéaste, cette immersion contemplative en dit long sur notre société moderne, un monde où tout va trop vite et qui a cruellement besoin de renouer avec la lenteur explique t-il dans l’émission La Dernière par Radio Nova.

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