La start-up Yoyo développe depuis quelques mois dans le quartier de La Duchère à Lyon un concept innovant : offrir des cadeaux aux habitants pour inciter au tri des bouteilles en plastique. Où comment substituer la carotte au bâton.

Tout part d’un constat : en France, le tri du plastique a atteint un palier et stagne autour de 23 %. Pour remédier à cette situation, Éric Brac de la Perrière a décidé d’agir sur deux leviers : redonner à la fois l’envie de trier et la confiance dans le tri. C’est ainsi que cet ancien directeur général d’Eco-Emballages – l’organisme agréé par l’État pour gérer le recyclage des emballages ménagers – a lancé fin 2016 Yoyo, une plateforme numérique pour trier les bouteilles en plastique avec ses voisins.

Récompenser pour inciter

Le principe de Yoyo est de «mobiliser les habitants via un système collaboratif de tri», nous explique Norma Valteau, chargée de son développement à Lyon. Concrètement, chaque habitant peut s’inscrire sur le site internet pour devenir « Trieur » ou « Coach ». Les premiers rapportent aux seconds leurs bouteilles en plastique dans un sac spécifique. Les Coachs vont alors vérifier si le tri a été bien fait et stocker les sacs chez eux ou dans un local. Lorsqu’un certain nombre de sacs a été accumulé chez un Coach, Yoyo s’occupe de les récupérer et de les apporter en centre de recyclage.

Chaque sac est numéroté, ce qui permet de savoir qui a trié quoi. « Toutes les personnes qui trient leurs bouteilles avec Yoyo vont gagner des points. Ces points sont échangeables contre des récompenses qu’ils peuvent choisir directement sur notre site internet : des gratuités ou des réductions sur des activités culturelles et sportives, par exemple des matchs de l’OL, des places de cinéma, les Nuits de Fourvière, etc. », souligne Norma Valteau. Ainsi, chaque Trieur ou Coach se voit récompensé pour son geste vertueux et est incité à continuer. En somme, il s’agit de faire de l’écologie positive, ce que n’aurait pas renié Ségolène Royal.

Le sac Yoyo, en plastique recyclable Crédit photo : Thomas Sévignon

Linda, qui habite à La Duchère depuis plusieurs années, fait partie des premières « Trieuses » à avoir rejoint Yoyo. Pour elle, ce système de récompense peut être « le déclic » qui manque à certains pour faire le tri, car « c’est une manière de lier l’utile et l’agréable ». De son côté, elle pratiquait déjà le tri sélectif depuis longtemps avec la volonté de « prendre part à [sa] manière à protéger l’environnement » et de « sensibiliser [ses] enfants ». Participer à l’aventure Yoyo lui est donc apparu comme une nouvelle étape naturelle dans sa pratique du recyclage : « c’est juste un peu plus poussé qu’avant, car les bouteilles plastiques je ne les mets plus dans le bac jaune mais dans le sac Yoyo », nous confie-t-elle.

Un processus de recyclage transparent

Dans son enquête sur les pratiques de tri des Français, l’Observatoire du Geste de Tri notait en 2014 que « 53% des Français trieraient plus s’ils étaient sûrs que c’est bien recyclé ensuite ». La numérotation des sacs Yoyo a justement aussi vocation à suivre ce que deviennent les bouteilles : « grâce à ça, on peut apporter l’information qui manque aujourd’hui à celles et ceux qui trient et leur donner une transparence sur ce que deviendront leurs déchets », indique Norma Valteau. Le fait que les sacs Yoyo aillent directement au centre de recyclage sans passer par un centre de tri apparaît comme un gage de simplicité qui rassure les Trieurs : « c’est concret, on sait où ça va », abonde Linda.

Dans ce quartier comme dans d’autres, le tri sélectif n’est pas toujours respecté.
Crédit photo : Thomas Sévignon

Dans ce système qui cherche à redonner confiance dans le tri, les Coachs occupent une place de choix : ils sont les référents de proximité de Yoyo. Chaque Trieur est rattaché à un Coach de son choix, qu’il pourra solliciter par exemple s’il a une question sur les consignes de tri ou pour obtenir un nouveau sac de tri. Karima, qui habite dans le quartier du Château à La Duchère, est Coach depuis quatre mois et a 8 Trieurs dans son groupe, « des amis à moi et des amis d’amis », sourit-elle. Elle nous explique que ce sont des gens qui « ne faisaient pas le tri sélectif avant mais qui consommaient beaucoup de bouteilles ». Maintenant qu’elle les a formés, « ils sont motivés et je récupère toujours 3 ou 4 sacs par semaine ».

Au-delà du tri, le lien social

Pour développer son réseau de proximité, Yoyo cherche aussi à s’appuyer sur les acteurs locaux. Le Centre social de la Sauvegarde officie ainsi lui aussi en tant que Coach. Ce « lieu ressource » comme le définit Élodie, animatrice Développement durable et référente Yoyo au sein de la structure, a voulu s’investir dans cette action car « on adhère forcément à toute initiative favorisant le tri et le recyclage des déchets ». Après 3 mois, une quinzaine de Trieurs viennent déjà déposer au Centre social leurs sacs remplis de bouteilles en plastique.

La start-up apporte un soin tout particulier à tisser du lien entre les membres de sa communauté, bien consciente de l’impact positif que cela peut avoir sur les performances de tri : « Yoyo, c’est mettre en relation les habitants pour qu’ils trient ensemble », nous rappelle Norma Valteau. Les Coachs en particulier ont un rôle important car ce sont eux qui vont aider les habitants à mieux trier et sensibiliser de proche en proche, ce qui doit permettre « d’augmenter les performances de tri sur les bouteilles en plastique mais aussi sur le tri en général ». Tous les deux mois, Yoyo invite d’ailleurs sa communauté à une « mi-temps Yoyo », moment convivial permettant à tous de se rencontrer et d’échanger sur ses expériences de tri.

A La Duchère, quartier qui souffre d’une mauvaise réputation, toutes les initiatives qui peuvent contribuer à tisser du lien entre les habitants et à valoriser leurs engagements sont les bienvenues. C’est ce qu’estime le directeur adjoint du Grand Projet de Ville Lyon La Duchère, organe de la métropole du Grand Lyon qui pilote le projet de renouvellement urbain du quartier et qui a aiguillé l’entreprise à son arrivée. Pour Christophe Mérigot, au-delà du tri et de la récompense, ce qui est intéressant dans ce concept est que « cela peut permettre de créer du lien social entre les gens, les Coachs et leurs voisins, cela peut aussi ramener de nouvelles personnes dans les centres sociaux ou les MJC du quartier » et contribuer in fine à améliorer l’image du quartier.

Un développement impératif

Aujourd’hui, Yoyo compte déjà 25 Coachs et plus de 400 Trieurs dans le quartier de La Duchère. Une autre communauté se serait développée d’elle-même à Vaulx-en-Velin, de l’autre côté de Lyon. L’entreprise, qui se rémunère sur le plastique revendu aux centres de recyclage, vient d’atteindre sa première tonne de bouteilles collectées, « ce qui représente plus de 50 000 bouteilles en 6 mois », nous précise Norma Valteau. Et de poursuivre : « pour l’instant, nous ne sommes pas encore rentables mais on compte bien prendre de l’ampleur sur le territoire lyonnais et se déployer à d’autres villes d’ici fin 2017, début 2018 ». Yoyo s’est déjà implanté à Bordeaux depuis le début de l’année.

Certains peuvent critiquer l’idée de récompenser une action qui devrait être un simple devoir citoyen. Mais il est bon de rappeler qu’il est urgent d’agir. Comme le soulignait l’ONU au début de l’année pour le lancement de sa campagne mondiale #Océanspropres : « selon certaines estimations, au rythme actuel auquel nous jetons nos bouteilles en plastique, nos sacs et récipients suite à un seul usage, il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans à l’horizon 2050, et environ 99% des oiseaux marin auront ingéré du plastique » (ici). Autrement dit, toute initiative permettant d’améliorer le recyclage du plastique est bonne à prendre.