Depuis des années, le sport est victime de nombreuses affaires de violences sexuelles et une omerta s’est créée. Un sujet tabou : beaucoup savent mais peu osent en parler. Le Lyon Bondy Blog a mené l’enquête pour faire la lumière sur ce dossier sensible.

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Depuis les révélations de Sarah Abitbol, ex-championne de patinage artistique accusant son ancien entraineur Gilles Beyer de l’avoir violée lorsqu’elle avait 15 ans, de nombreuses victimes osent raconter leurs expériences et traumatismes. Plusieurs disciplines sportives sont désormais concernées : le patinage artistique, l’athlétisme, le lancer de marteau, l’équitation, le tennis, le ping-pong, le football, le rugby, le tir sportif, la gymnastique artistique ou encore le roller et le skate.

D’après une enquête dans le milieu du sport réalisée par l’Équipe, en 2019 il y a eu 77 affaires de dysfonctionnements graves ayant fait au moins 276 victimes âgées de moins de 15 ans au moment des faits. Dans 77% des cas de violences recensés, soit l’agresseur poursuit son activité sportive malgré la procédure en cours, soit il retrouve un poste dans le milieu du sport après avoir été condamné pour une infraction sexuelle. Les entraineurs prédateurs se déplacent généralement de région en région et commettent donc plus de délits et de crimes sexuels.

Selon les chiffres du ministère des Sports, sur 77 affaires de violences (discriminations, homophobie, pédocriminalité) 28 concernent des violences sportives avec des victimes ayant moins de 15 ans lors des faits.

Toujours selon le ministère des Sports, le 1erjuin 2020 on dénombre 177 auteurs présumés de violences dans le milieu sportif. Mais ces 177 personnes mises en cause peuvent avoir fait plusieurs victimes. 167 départements et 40 fédérations sportives sont concernés. Sur ces 177 personnes, 62% (soit 110 personnes) exerçaient des fonctions d’éducateurs sportifs et 83 d’entre eux étaient des professionnels. Seuls 36 étaient titulaires de leur carte professionnelle de validité (nécessaire pour valider leur honorabilité) et 27 étaient des bénévoles.

78% de victimes sont des femmes, 98% des victimes étaient mineures durant les faits, 76% des violences déclarées concernent des faits sexuels, 39 personnes sur 177 ont commis des actes de violences en 2019.

 

Le sport entre féminisation et sanctions

Le sport apparait à la fin du XIXème siècle et est d’origine masculine et militaire. Sa féminisation ne débutera qu’au début du XXème siècle mais ne concernera qu’une partie de la population. En 1912, Femina sport est créée puis en 1922 l’olympiade féminine est en cours d’organisation. Mais ce n’est qu’en 1991 que la FIFA reconnait le football féminin et organise la 1èreCoupe du monde féminine à Pékin. Suite à cela, une ligue féminine sportive sera initiée en 1999.

Depuis 2006, le code du sport français punit les violences sportives : jusqu’à 15 000 € d’amende et 5 ans de prison. Selon l’article 212-9 du Code du sport, une personne condamnée pour un crime ou un délit à caractère sexuel ne peut entraîner des athlètes ou encadrer une activité sportive. Lorsqu’il s’agit d’un délit de discrimination, la sanction s’élève à 45 000 € d’amende et 3 ans de prison. Concernant un délit de discrimination commis dans des lieux accueillant du public comme les clubs sportifs et lorsque l’auteur est dans l’exercice de ses fonctions, la peine encourue est de 5 ans de prison et 75 000€ d’amende (article 225-2 du code pénalet article L131-9 du Code du sport).

 

Des symboles du sport féminin

Les femmes ont récolté autant de médailles que les hommes lors des Jeux Olympiques. De nombreux exemples le prouvent :

  • Colette Besson, athlète française du 400 et du 800 mètres remporte la médaille d’or lors du 400 mètres aux Jeux olympiques de Mexico le 16 octobre 1968. Elle devient alors la 2èmechampionne olympique française. Elle reçoit la légion d’honneur à l’Élysée en 1969. Aujourd’hui, plus de 80 installations sportives portent son nom. Elle est surnommée « la petite fiancée de la France ».

  • Carole Martin, joueuse et entraineuse française de handball, est considérée comme la meilleure joueuse française dans les années 1980. En 1972, elle était déjà sélectionnée pour l’équipe de France alors qu’elle n’avait que 17 ans.

  • Corinne Diacre, footballeuse française internationale qui, en 2014, est devenue la première femme à entrainer un club de football masculin professionnel. Il s’agissait du club Clermont Foot 63.

  • Florence Arthaud, navigatrice française surnommée « la petite fiancée de l’Atlantique ». Elle est la première femme à avoir gagné la Route du Rhum en solitaire en novembre 1990 avec un temps de neuf jours, 21 heures et 42 minutes.

  • Marie José Perec, seule athlète française à être triple championne olympique. (En 1992 avec le 400 mètres aux Jeux de Barcelone, deux fois en 1996 lors des Jeux d’Atlanta sur 400 et 200 mètres). C’est aussi la 2èmeathlète à avoir réalisé ce doublé et la 1èreà avoir remporté le 400 mètres lors de deux Jeux Olympiques consécutifs.

  • Myriam Lamare (boxeuse française triple championne du monde, double championne de France et double championne d’Europe. Elle est la première championne du monde de boxe reconnue par la WBA en 2004). et Anne-Sophie Mathis (boxeuse française et ancienne quadruple championne du monde dans la catégorie super-légers) sont les deux femmes qui ont lancé la boxe féminine en France.

  • Laure Manaudou, nageuse française originaire de Villeurbanne. Elle remporte à 17 ans la nage libre sur 400 mètres aux Jeux Olympiques d’Athènes le 15 août 2004. Elle devient alors la 2èmechampionne olympique française de natation.

  • Marie Claire Restoux, judoka française remportant l’or lors des championnats du monde de Chiba au Japon en 1995. Elle est sacrée championne olympique de judo en 1996 lors des Jeux Olympiques d’Atlanta puis championne du monde en 1997.

  • Roxana Maracineanu, actuelle Ministre déléguée chargée des Sports. C’est une nageuse française qui est devenue en 1998 à Perth la 1èrechampionne du monde française de natation sur le 200 mètres dos. Elle obtient aussi un titre et trois médailles européennes aux championnats d’Europe en 1999.

 

Début du XXème siècle, l’apogée du sport féminin

Au début du XXème siècle, les femmes faisaient tous types de sports comme le prouve la création de Femina sport en 1912. Le 30 septembre 1917 a lieu en France la première rencontre entre deux équipes féminines de football issues du club parisien Femina sport. A cette époque, il y a déjà de nombreuses sportives remportant des compétitions :

  • Violette Morris, athlète et championne française omnisports ayant réalisé de nombreux records du monde (natation, rallye, football, poids, disque, javelot, waterpolo, cyclisme, boxe, moto) et figure française de la liberté sexuelle féminine. Elle a fait partie de Femina sport à Paris.

  • Lucienne Velu, athlète et basketteuse française, championne du monde en 1934 lors des Jeux mondiaux féminins et capitaine de l’équipe de France féminine de basket étant la 1èreéquipe nationale féminine française championne du monde. Elle a également réalisé des records du monde dans la catégorie lancer de disque. C’était aussi la rivale de Violette Morris car elles étaient toutes deux membres de Femina sport.

  • Suzanne Lenglen, joueuse de tennis française et première star internationale du tennis féminin à être médiatisée. Elle remporte six victoires lors des Internationaux de France et six autres à Wimbledon ainsi qu’une médaille d’or olympique lors des Jeux d’Anvers en 1920.

  • Marie Marvingt, sportive, infirmière et journaliste française polyvalente et novatrice dans l’aviation et l’alpinisme. Elle était surnommée « La fiancée du danger » et a été une des premières femmes à avoir le permis de conduire en 1899.

  • Marielle Goitschel, skieuse alpine française ayant remporté deux médailles d’or olympiques et sacrée sept fois championne du monde en seulement six ans.

  • Élisabeth Riffiod, mère de Boris Diaw, championne de France à plusieurs reprises et meilleure joueuse internationale française de basket. Elle compte à son actif 247 sélections en équipe de France. Elle est le symbole féminin du basket et a fait évoluer cette discipline pour les femmes.

Dans les années 60, ce sont les joueuses françaises de Reims qui se sont battues pour faire reconnaitre le football féminin. En 2017, l’équipe de France féminine de Handball a été sacrée championne du monde mais n’a pas reçu de légion d’honneur de la part de l’Élysée et du Président de la République.

 

Lutter contre les violences sportives

Lors d’une conférence de presse le 1erjuillet dernier, le ministère des Sports et Roxana Maracineanu ont proposé des solutions pour lutter contre les violences sportives. Un conférence de presse dédiée à la prévention des violences dans le sport. De nombreux thèmes ont été abordés comme la protection de l’enfance, le traitement des situations de violences, la mobilisation nationale ou encore la mise en place dès 2021 d’un contrôle automatique d’honorabilité des salariés et bénévoles sportifs.

Selon le ministère des Sports, à ce jour : 67 mesures administratives d’interdictions d’enseigner ont été prononcées en six mois, 27 signalements ont été fait au procureur de la République et 88 enquêtes administratives sont encore en cours. L’objectif est de demander aux présidents des associations de s’impliquer davantage car tous les cadres d’État doivent faire l’objet d’un contrôle d’honorabilité. Le ministère des Sports veut axer ces solutions sur la prévention, l’éducation, parler du rapport au corps aux enfants, informer grâce au sport, la mobilisation nationale et départementale et la protection de l’enfance.

Emmanuelle Anizon, journaliste et reporter française pour l’Obs, explique que ce n’est pas à quelques prédateurs sportifs qu’on a affaire mais à « un nid de prédateurs ». L’omerta concernant les violences dans le sport dure depuis des décennies et n’est pas totalement brisée.