Le 8 mars est désormais une date emblématique du 21ème siècle. La Journée internationale des droits des femmes est un moment de rassemblement et d’expression. Ainsi, ce dimanche 7 mars, des milliers de femmes (et d’hommes) ont marché, manifesté et se sont fait entendre dans les principales artères lyonnaises.

Début de la marche – Crédits Kevin Monaci

L’inégalité des genres, une idée à la limite de l’absurdité et de la dystopie mais bon : “c’est du passé, désormais c’est un problème résolu”. Quoique. Il n’y a jamais eu autant de manifestations, de discordes et de débats envers les inégalités des genres appuyant un sentiment d’insécurité de la part des femmes. Ainsi, en 1982, la France reconnaît la journée internationale de la femme. Aussi fou que cela puisse paraître, il est encore nécessaire de l’observer aujourd’hui. Preuve qu’il y a encore du travail à faire dans ce domaine.

Ce dimanche, les Lyonnais ont entendu pendant quelques heures les slogans féministes se propager un peu partout dans Lyon, notamment ceux portant sur la peur de sortir. Cette année, la ville a également organisé de multiples conférences portant sur un thème bien précis “la ville a-t-elle un genre ?”. Alors, une question se pose, le sentiment d’insécurité ressenti par les femmes est-il dû à un manque de féminisation de la ville ?

D’où vient ce sentiment d’insécurité ?

Avant tout, il faut comprendre ce sentiment d’insécurité. Pour quelle raison, une partie de la population féminine a peur de sortir en ville ?

Corinne Luxembourg, une des auteures du livre La ville : quel genre ? et maîtresse de conférences, tente d’expliquer ce fondement. Sa vision tient en 3 points.

D’après elle, les femmes sont éduquées, dans la société, à avoir peur la nuit. “C’est une première injonction qui est une vraie violence sociale, le fait d’obliger les gens à être effrayés, c’est extrêmement agressif” affirme-t-elle. Selon la chercheuse, c’est l’imaginaire collectif qui a fait qu’une femme dehors devient a priori une proie pour les prédateurs, d’où la peur d’un potentiel crime. Paradoxalement, elle relève pourtant que les statistiques de l’INSEE montrent plus d’hommes agressés la nuit que de femmes. “L’injonction sociale à avoir peur la nuit provient d’un système de volonté de contrôle des femmes. On leur dit alors que c’est mieux de rester chez elles plutôt qu’elles sortent. Il faut qu’on les contrôle de manière à ce qu’elles n’aient pas de pouvoir politique, sans capacité de décision et de fabrication de la ville”, révèle cette maîtresse de conférences.

L’auteure lie ainsi cette “injonction sociale” avec le lieu d’habitation. Selon ses affirmations, étant donné que la majorité des femmes ont en moyenne un salaire inférieur à l’homme, elles sont susceptibles de vivre dans les périphéries. Alors, dès qu’une femme habite en bord de ville, son temps de parcours entre le centre-ville et son domicile est plus long. Elle se retrouve alors plus longtemps dans la rue à devoir déambuler seule.“Vous voyez que si on vous enjoint à avoir peur la nuit et qu’on vous rajoute du temps de parcours dehors, forcément ce n’est pas drôle.”, complète-t-elle.

Enfin, Corinne Luxembourg évoque “la fabrication, par la société patriarcale, d’une culture du viol”. Selon elle, si une femme se promène de façon “plutôt courte ou élégante”, la société patriarcale conçoit comme “logique” qu’il leur arrive quelques chose. “Il y a quand même un rapport de domination entre ce qui est masculin et ce qui est féminin”, conclut-elle.

Florilège de pancartes – Crédits Kévin Monaci

Faut-il réimaginer la métropole ?

Plusieurs sondages ont été réalisés auprès des femmes et ils sont unanimes vis-à-vis de l’environnement social qui émerge dans la métropole lyonnaise. Parmi eux, les problèmes qui y ressortent sont régulièrement liés à la ville. Certains chiffres sont assez évocateurs : 1 femme sur 3 a peur en ville le soir, 74% des femmes ont été victimes au moins une fois d’une forme de harcèlement (visuel, verbale, menace) ou encore 26% des femmes renoncent à sortir de chez elle.

De multiples lettres de la part de 11 collectifs, ont été envoyées au préfet du Rhône, Pascal Mailhos, concernant le sentiment d’insécurité dans l’agglomération lyonnaise en réclamant un “plan d’action fort”. Ce dernier rétorque que la ville de Lyon met tout en œuvre pour contrer les nuisances bien que les forces de l’ordre soient actuellement trop “occupées à autre chose”, privilégiant la sécurité sanitaire des citoyens plutôt que la sécurité morale, physique et affective des femmes. 

Face à ce constat, certaines initiatives sont prises pour contrer cette peur. La société de transport de bus Sytral-Keolis a par exemple instauré un arrêt de bus “à la demande” à partir de 22h pour qu’elles aient moins de parcours à effectuer jusqu’à leur domicile. La ville de Lyon compte également féminiser ses rues.  Aujourd’hui, 11% des rues portent un nom de femme et seulement 5% des prix d’urbanismes récompensent les femmes. “Les villes sont construites par des hommes et pour des hommes” regrette Corinne Luxembourg. L’idée est alors de réimaginer la ville avec ceux qui en souffrent le plus, en l’occurrence, dans une grande majorité, les femmes. Il ne faut pas tout changer, simplement les endroits “mixtes”. Le but n’est pas de faire fuir les hommes, mais plutôt de bannir leur domination et leur autorité.

Le 8 mars est un des seuls jours où les femmes se font entendre pour défendre leur cause. 1 jour sur 365, triste conclusion.