Lyon, le 31 mars 2020

Un mois que des patients atteints du COVID-19 sont entrés à l’hôpital.

Un mois que l’on doit travailler avec les aléas des approvisionnements en masques, cagoules, surblouses, médicaments… Macron dit c’est une guerre, mais on nous y envoie sans le matériel nécessaire, comme des soldats sans casques et sans armes sur un champ de bataille. Il nous promet que l’on va recevoir du matériel, mais ce week-end encore on nous a fourni pour travailler des masques périmés depuis 2013 ! Depuis des années, les règles d’hygiène nous imposent de changer de masque toutes les quatre heures. Mais aujourd’hui, on nous demande de porter un masque par jour et par personne, sans bien sûr pouvoir y toucher. Au-delà des risques que l’on nous fait prendre, cela voudrait dire que l’on ne peut ni boire ni manger pendant huit heures ! Quant à la nécessité de porter un masque FFP2 –bien plus efficace qu’un masque chirurgical – en présence des patients susceptibles d’être porteurs du virus, il n’en est même plus question maintenant… En réalité, les recommandations que l’on nous donne sur les moyens de protection évoluent en fonction des pénuries de matériel. Dans ses discours, la direction martèle vouloir assurer notre sécurité, mais dans les faits elle met notre santé en danger, ainsi que celle des patients. D’ailleurs, de nombreux collègues sont malades et contraints de rester chez eux car atteints par le virus.

Aux inquiétudes liées au manque de matériel s’ajoutent l’épuisement provoqué par le manque de personnel… et le stress engendré par la désorganisation. La direction et les chefs se réunissent tous les jours à la même heure mais nous, nous ne sommes même pas au courant de ce qu’il va se passer dans les deux heures ! On nous affecte de service en service, où l’on a des formations express… Et on attend tous « la vague », tout en sachant que nous n’aurons ni de quoi nous protéger suffisamment, ni les moyens donner toutes les chances aux patients de s’en sortir.

Pour détourner la colère du personnel, la direction tente de noyer le poisson. Elle essaie par exemple de trouver des boucs émissaires à la pénurie de masques, comme quand elle affiche dans l’hôpital la photo d’un couple suspecté d’en avoir volés. En même temps, elle essaie de nous faire croire que nous sommes unis ensemble, salariés et direction, contre le virus… Sauf que dans une guerre, il y a ceux qui vont au front, et il y a les généraux planqués à l’arrière ! Et ce n’est sûrement pas une prime, comme l’a évoqué le gouvernement, qui suffira à nous faire oublier les responsables de cette crise ! Tout ce qui arrive aujourd’hui est inacceptable. Et le plus révoltant, c’est que c’était prévisible : Macron et ses ministres ne pourront jamais nous faire croire qu’ils ne savaient pas que les hôpitaux n’avaient pas les moyens de faire face à une pandémie.

Alors oui, depuis un mois, nous nous battons : pas seulement contre le virus du COVID-19, mais aussi contre le virus de l’exploitation, que l’on subit depuis de nombreuses années dans les hôpitaux !