Candidat RN pour les élections municipales de Villeurbanne, Thibaut Garnier veut faire de Villeurbanne une ville propre et sécurisée. Le Lyon Bondy Blog l’a rencontré.

Pourquoi vous présentez-vous à ces élections? Pourquoi Villeurbanne?

Ça fait un petit moment que je milite en politique. J’étais auparavant engagé au MRC, parti plutôt de gauche à l’époque. Je suis passé au RN car c’était pour moi beaucoup plus cohérent sur les questions de république, de laïcité ou même sur la critique de l’Union Européenne, avec une vision équilibrée au niveau économique et sociale. En 2019, je me suis lancé en tant que candidat. Comme à ce moment-là j’allais habiter à Villeurbanne, j’ai décidé de me présenter là-bas.

Quels sont les chantiers prioritaires à Villeurbanne? Les manques? Comment financer tout cela?

Je suis assez pragmatique là-dessus. Avant de faire des grands chantiers, il faut assurer la base. Il y a une insécurité réelle à Villeurbanne, avec le développement du trafic. Il y a des rues qui ne sont pas propres, une insalubrité constatée dans de nombreuses rues de Villeurbanne, avec des dépôts sauvages et des poubelles éventrées. Il y a un quartier qui marche bien, c’est le quartier de Gratte-Ciel, où on trouve des commerces, de l’activité. Ça parait vivant, c’est joli. Sorti de ce quartier, c’est une ville qui manque de dynamique. C’est une ville un peu dortoir, même s’il y a des quartiers un peu populaires avec des petites maisons. Les quartiers Est sont eux abandonnés par les politiques publics et la municipalité. Ces quartiers touchés par l’insécurité, l’insalubrité ou encore le communautarisme sont enclavés. Il n’y a pas véritablement de moyens de transports, il faut marcher. Un autre chantier important à côté de ceux de la sécurité ou de la propreté c’est de désenclaver et de mettre le paquet sur les quartiers Est de la ville. Que ce soit en dynamisant le commerce ou en amenant le tramway. Il faut désenclaver les quartiers des Buers et de St Jean. Il faut mettre le paquet pour que ces quartiers retrouvent un peu de vie et qu’il soit agréable d’y vivre. Ma vision du mandat du maire est d’être le politique du quotidien. Le rôle d’un maire est d’être très pragmatique.

Pourriez-vous faire un bilan du dernier mandat de Jean-Paul Bret?

Il a réussi à « bétonniser » la ville, il est difficile de trouver un arbre à Villeurbanne. Il a réussi à ne pas mettre le paquet en matière de policiers, même s’il les a augmentés en fin de mandat, ce n’est toujours pas assez. Il n’a pas réussi à défendre la ville face à la « spoilisation » métropolitaine en cours, où la métropole s’empare petit à petit des compétences de la municipalité.
Il a sans doute réussi de vraies choses, il faut rester objectif. Mais pour moi, sur l’insécurité, la propreté, ce n’est pas le cas. Sur le communautarisme islamique, il a eu le bon sens de refuser les demandes par rapport au burkini dans les piscines.

Comment pourrait se gérer la relation du président de la métropole et le maire de Villeurbanne? Villeurbanne est-elle forcément soluble dans la métropole?

On n’a pas vraiment le choix, on nous impose la Métropole. D’un point de vue strictement administratif, juridique etc, oui elle est soluble. La Métropole retire les compétences en matière d’urbanisme par exemple. On enlève les compétences du maire pour les donner à la métropole.
La relation qu’il doit y avoir entre le maire de Villeurbanne et la métropole ne devrait pas être une relation où l’un spolie les compétences de l’autre. Il est évident qu’il y a une agglomération d’un million d’habitants qui a sa cohérence. Il est évident que sur certains projets il faut de l’inter-communauté, il faut une coopération, en matière de transport ou encore d’urbanisme.
Que la métropole spolie les compétences des municipalités comme ça, le risque majeur est la fin de la proximité, puisque l’on délègue sans fin des compétences plutôt localisées.

La question écologique devient de plus en plus importante pour les citoyens. Comment est-ce que vous vous positionnez dessus? Comment financer les projets?

Générationnellement, c’est une question qui me préoccupe énormément. Je trouve que les gens au RN ont toujours été les plus cohérents, les plus pragmatiques. Nous avons toujours refusé par exemple les traités de libre-échange, qui permettent que l’on puisse acheter quelque chose qui a fait trois fois le tour du monde avant d’arriver dans notre assiette. A toutes les échelles, nous avons toujours défendu l’écologie. Sur la question agricole, on s’est opposé au CETA, qui fait que l’on importe la viande depuis l’Amérique du Sud ou le blé depuis l’Ukraine. Là où les autres partis politiques font des farandoles à vouloir planter 500 000 arbres, alors qu’ils votaient l’ensemble de ces traités d’échanges et ils nous expliquent qu’ils sont les plus écologiques du monde.
Je pense malheureusement que ce n’est pas à Villeurbanne que l’on va sauver l’ours blanc et régler la question du dérèglement climatique. La plupart des émissions de CO² aujourd’hui viennent des Etats-Unis et de l’Asie du Sud-Est et pas des puissances industrielles fortes qui polluent plus. Pour moi, l’écologie à Villeurbanne doit être pragmatique, innovante et non-punitive. Elle ne doit pas exclure des gens parce que leur voiture est un peu vieille. Ce n’est pas ma vision de l’écologie.
Aujourd’hui, il y a déjà un certain nombre de solutions qui permettent d’optimiser la consommation électrique. On sait que l’on peut installer des capteurs intelligents dans les bâtiments publics comme les écoles, qui régulent l’éclairage facilement. Cela coûte moins cher et on dépense moins d’énergie. Il y a aussi des éclairages urbains intelligents que l’on peut réguler selon l’heure et la rue. La plupart des villes qui ont fait ce genre d’installations ont gagné entre 15 et 20% en termes de baisse de consommation.
Végétaliser permet d’apporter de la verdure, surtout à Villeurbanne qui est très bétonnisée. Esthétiquement c’est important, et ça permet surtout l’été de réduire la température, ce qui est intéressant vu que les étés sont de plus en plus chauds. Ça apporte de la fraîcheur et c’est bon pour absorber le CO². Je propose de planter 1000 arbres sur six ans à Villeurbanne, qui est une des villes avec le moins d’arbres au mètre carré. Ce n’est pas impossible, la densité d’une ville n’empêche pas de pouvoir planter des arbres. Je propose aussi la création de rues vertes, de la même manière qu’il y a des rues piétonnes. On peut végétaliser les lampadaires, c’est joli et ça apporte de la verdure. Il faut aussi soutenir la végétalisation des façades. Certaines villes comme en Allemagne financent cela, et donne une certaine somme au mètre carré avec un plafond de 200 euros. Je veux mettre en place un dispositif de ce type-là, qui pourrait coûter entre un et deux millions d’euros sur l’ensemble de la ville.
Dans les cantines scolaires, il faut privilégier les produits locaux. Je vise en accord avec le programme métropolitain défendu par Andréa Kotarac 90% de produits locaux dans les six à dix prochaines années avec une close sur la protection et le bien-être animal. Il ne s’agirait pas de faire manger aux enfants villeurbannais de la viande maltraitée. Je suis assez sensible sur cette question.

Que pensez-vous des transports à Villeurbanne? Y a-t-il besoin de développer le transport à vélo? Faut-il améliorer la desserte de certains quartiers?

Oui il faut inciter les gens à prendre le vélo. Il faut accompagner la création de pistes cyclables, séparées des routes. Et ceci passe par le soutien aux entreprises. Cependant le vélo ne résout pas tout, par mauvais temps par exemple on ne va pas forcément prendre son vélo. Et il ne faut pas persécuter les automobilistes en leur disant que ce qu’ils font est mal.
Villeurbanne a des quartiers très bien desservis, avec le métro A ou les trams. Mais il faut continuer de désenclaver la ville dans les quartiers Est car ce sont des quartiers très enclavés. Je propose d’amener le T6 aux Buers, et pour St Jean d’étudier un panel de solutions, comme le téléphérique urbain ou le train suspendu ou le monorail. Il faudrait étudier les solutions et en discuter avec les habitants, sous forme d’un référendum pour les gens du quartier St Jean. Je suis à fond pour le référendum d’initiative citoyenne.

Certains quartiers sont en pleine gentrification, quand d’autres sont complètement délaissés. Comment vous positionnez-vous dessus?

Dans certains quartiers, les prix explosent. Dans d’autres, certaines ventes d’appartement se font presque à perte. Il faut distinguer les quartiers qui se gentrifient des autres. Il faut ensuite en identifier les causes. Je ne pense pas que ce soit une simple question d’attractivité de certains quartiers de la ville. Villeurbanne en générale n’est pas très attractive pour le cadre de vie qu’elle propose. Si les prix explosent, c’est parce que les gens n’ont plus les moyens de se loger à Lyon, et ils se tournent alors vers la ville la plus proche de Lyon, Villeurbanne. C’est la conséquence même des politiques de métropolisation, où depuis des années on encourage les gens à s’entasser dans les villes, en concentrant les activités aux mêmes endroits. Cette métropolisation fait exploser les prix.
Il faut revoir cette question de la métropolisation. Avec un peu de jugeote et d’innovation, on pourrait faire revivre certaines zones péri-urbaines ou rurales en désertion, pour déconcentrer les centres-villes et mieux répartir les activités et les personnes.
Je pense que l’encadrement des loyers ne marche pas. Économiquement c’est un désastre, si c’est encadré, les prix augmentent autour. Les investisseurs vont passer les locations en vente ou en AirBnB. On ne veut pas faire de Villeurbanne l’AirBnB de Lyon pour la fête des lumières.
En matière d’urbanisme, le maire n’a plus les pouvoirs. Il peut, par contre jouer le contre-pouvoir pour ralentir la bétonisation de la ville. Si les loyers sont plus chers, il faut alors une qualité de vie cohérente. Je pense que le maire de Villeurbanne doit faire en sorte que la qualité de vie soit adaptée à une hausse des loyers. Les loyers ne vont pas cesser d’augmenter, même si on construit de nouveaux logements, il y a aura toujours plus de personnes qui arriveront que de logements crées.

Comment comptez-vous aider les étudiants et lutter contre la précarité étudiante?

Pour commencer, on veut réserver 10% de logements sociaux pour les étudiants précaires.
Sincèrement, la mairie n’a pas énormément d’options pour aider les étudiants. Si elle peut déjà assurer ces logements sociaux, c’est déjà pas mal. Si elle permet un cadre de vie agréable, avec une desserte de transports pour rejoindre facilement l’université, c’est une bonne chose.

Comment comptez-vous développer l’aide à l’emploi à Villeurbanne?

La mairie peut agir sur l’apprentissage, en donnant par exemple des bourses. Elle peut ensuite travailler sur la question de l’attractivité des entreprises sur la ville. Les grandes entreprises ne vont pas venir parce que la mairie leur fait du pied. Elles vont venir parce qu’elles vont trouver un loyer peu cher par rapport au centre de Lyon. La question de la politique de l’emploi, il faut la tourner quasi-exclusivement vers les petits commerçants, les artisans et les petits entrepreneurs. Je propose de créer une rue commerçante numérique, pour permettre aux commerçants d’être référencer sur une application mobile et sur internet. Cela augmenterait leur visibilité par rapport aux Villeurbannais. C’est ce qu’à fait par exemple Besançon ou d’autres villes de France. Cela dynamise bien un centre-ville ou des zones commerçantes. Ça peut être intéressant pour redynamiser certains quartiers à Villeurbanne, et aider les commerçants face aux concurrences du web comme Amazon.
La mairie peut également accompagner certains projets privés en donnant une subvention. La priorité est de dynamiser le commerce et ne pas laisser de zones mortes.
Cela n’a cependant aucun sens si les rues sont sales et non-sécurisées. Cela ne donne pas envie à des commerçants de venir s’installer et de développer une activité. Cela ne donne pas envie aux gens de se balader dans la rue, de faire leurs courses ici. La mairie doit ensuite jouer un rôle d’appui aux commerçants.

Avez-vous envisagé des alliances pour la suite?

On est déjà une alliance en soi : il y a le RN, la Droite Populaire et le Parti Démocrate Chrétien.

Je suis ouvert à toutes alliances avec des gens qui partagent mon projet et veulent bien s’allier avec le RN. C’est souvent peu le cas, par dogmatisme. Depuis le début de la campagne, j’ai dit que j’étais ouvert à tous dialogues voulant mettre la priorité sur la sécurité, la lutte contre le communautarisme islamique etc. Ce sont mes conditions. Mes adversaires n’ont pas les mêmes projets, et je doute qu’ils veuillent s’allier.

Comment voyez-vous Villeurbanne dans dix ans?

Beaucoup plus de population, on attend au moins 10 000 personnes de plus. Si on ne fait rien, ce sera une ville où le trafic aura prospéré. Le communautarisme islamique augmentera, il y a des rues entières déjà communautaires. A cette vitesse, Villeurbanne deviendra une banlieue dortoir de Lyon au centre très gentrifié. Ça sera juste un morceau de Lyon. Villeurbanne a refusé d’être le 10ème arrondissement de Lyon, elle sera le 14ème arrondissement de la métropole.
Si je suis élu, je ne fixe pas de grands objectifs. Je pense que si dans les dix ans on fait de Villeurbanne une ville qui a stoppé les phénomènes de trafic dans les quartiers, où tout est propre, où les quartiers ont retrouvé une nouvelle vie avec plus de commerces, une ville végétalisée, qui sait innover et intégrer dans sa politique municipale les nouvelles technologies, alors ce sera réussi. Villeurbanne est une ville populaire et industrielle qui a toujours été avant-gardiste. Il faut que la ville reste novatrice et populaire, en mettant en avant son patrimoine et son histoire.

La rédaction

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