Alors qu’un terrorisme se réclamant de l’islam fait trembler la France, polémiques et actes islamophobes se multiplient, à sept mois du premier tour de l’élection présidentielle.

« Donner un prénom qui n’est pas un prénom français à ses enfants, c’est ne pas se détacher de l’Islam. C’est vouloir continuer l’identité islamique en France » déclare Eric Zemmour, jeudi 6 septembre au cours de l’émission C à Vous, sur France 5. Cette phrase lancée sur un plateau de télévision à une heure de grande audience n’est qu’un exemple de la crispation qui règne en France autour de la place de la religion musulmane. Dans les médias, les polémiques éclatent régulièrement. Dans la rue, les actes islamophobes se multiplient. Alors qu’un terrorisme se réclamant de l’islam fait trembler la France, le discours politique et médiatique met la religion au centre du débat. Un débat électrisé par l’approche de l’élection présidentielle, en mai 2017.

Burkini

La récente polémique sur le « burkini » en est certainement l’exemple le plus parlant. Fin juillet, alors que la France est encore sous le choc de l’attentat de Nice, plusieurs villes du sud prennent des arrêtés interdisant sur les plages le port du « burkini », maillot de bain couvrant la quasi-totalité du corps des baigneuses. Motif invoqué ? Le non-respect de la laïcité, principe inscrit dans la Constitution. Selon les maires, le port de cette tenue pouvait être vécu comme une provocation et engendrer des tensions. Des associations antiracistes déposent des recours en justice pour faire suspendre ces décisions. L’épisode donne lieu à de vifs débats, largement relayés par les médias, dans lesquels la place de l’islam dans la sphère publique est questionnée. Avec cette affaire, la France fait l’objet de vives critiques et de moqueries dans le monde entier, qui qualifie la polémique d’«”absurde”, ”liberticide”, ”incompréhensible”, ”contraire aux droits de l’Homme”, ”contre-productive” » (Le Monde, le 27 août 2016).

Le 26 août, l’affaire prend un tournant décisif. Le Conseil d’État invalide l’arrêté « anti-burkini » pris par le maire de Villeneuve-Loubet. Les tribunaux administratifs en charge des autres communes concernées suivent la décision, et invalident un à un les arrêtés, sauf dans trois municipalités qui ont su le justifier.

Lionel Lucas, député maire Les Républicains (LR) de Villeneuve-Loubet, exprime publiquement son désaccord. Il considère que « Désormais, seule une loi peut […] prévenir [ces troubles à l’ordre public]. Je m’y emploierai dès la prochaine rentrée parlementaire avec toutes celles et tous ceux qui sont attachés à une certaine idée de la France, laïque et républicaine. » Une revendication reprise en cœur par les autres membres du parti. Cet épisode met en lumière une conception particulière de la laïcité (voir « Laïcité : ce que dit la constitution », plus bas).

A Lyon

A Lyon, c’est le projet d’implantation d’un Institut français de civilisation musulmane (IFCM) dans le 8e arrondissement qui fait polémique. Le président du conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, également président par intérim du parti LR, bloque la participation de la région au financement de l’IFCM. Il estime que l’indépendance du projet n’est pas assurée, car une part des financements vient de l’étranger. Les aides de la Ville de Lyon et de la Métropole, elles, ont bien été accordées, en échange d’une promesse de refonte de la direction de l’institut et de la création d’un conseil pour sa gestion. Elles ont pourtant fait débat : des militants du groupe d’extrême droite Génération identitaire avaient fait irruption au conseil métropolitain du 11 juillet en criant des slogans hostiles à l’institut. Christophe Boudot, conseiller municipal Front national (FN) à la mairie de Lyon avait, de son côté, appelé ses partisans à interpeller les élus sur la subvention de la ville au projet.

Autre symptôme de ce climat de tension, les dégradations de lieux de culte. En juillet, « Dehors ou la mort » avait été tracé en lettres rouges sur le muret d’enceinte de la mosquée de Bron. La plaque d’entrée du lieu de culte avait été couverte de peinture rouge.

Quelques jours plus tard, les murs des boulevards Eugène-Deruelle et Vivier-Merle, dans le 3e arrondissement, étaient eux aussi tagués. On pouvait y lire des phrases incitant à la haine de l’autre (que nous avons préféré ne pas reproduire ici), voire de vraies menaces de mort : « La milice de Lyon revient pour tuer ». Une enquête est toujours en cours pour identifier les auteurs de ces tags.

En Janvier 2016, la délégation interministérielle de lutte contre le racisme et l’antisémitisme (Dilcra), affirme que les actes islamophobes recensés ont augmenté de 223 % en 2015 par rapport à 2014. Ils sont passés de 78 à 305.

Pour aller plus loin…

Laïcité : ce que dit la constitution

L’épisode de la polémique autour du « burkini » cet été met en lumière une conception de la laïcité particulière chez une partie de la classe politique. Selon la Constitution : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. » (article premier). « (…) Le peuple français (…) réaffirme solennellement les droits et les libertés de l’homme et du citoyen consacrés par la Déclaration des droits de 1789 », (préambule). De son côté, ladite Déclaration des droits de 1789 affirme que : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi » (art. 10).