Du 3 au 11 février se déroule la 23e édition du Ciné O’Clock au cinéma Le Zola. Une programmation exclusivement Britannique et Irlandaise dans le quartier des Gratte-Ciel, le premier arrondissement et plusieurs banlieues lyonnaises. Le cinéma associatif propose des séances inédites, des avant premières et des classiques, de quoi passer expert dans la culture du Tea-Time chez nos voisins d’outre-manche. À cette occasion, le Lyon Bondy Blog a rencontré la directrice du festival, Sandrine Dias.

Sandrine Dias

Pourquoi avoir mis en place le Ciné O’Clock ? Qu’est-ce que cela apporte à la communauté ?

Pour refaire un petit historique, le Zola est une salle mono-écran : une seule salle, un seul écran. Il existe depuis le début des années 1980. Il est tenu par l’association pour le cinéma. C’est elle qui gère les lieux et qui salarie une équipe de professionnels. Les festivals font vraiment partie de l’ADN du cinéma, c’est une façon de créer leur propre identité. Le cinéma d’art et d’essai a parfois du mal à exister dans un contexte ultra-concurrentiel, surtout en région lyonnaise où il y a une très forte densité cinématographique. Il nous a semblé que la seule solution était de creuser une particularité, notamment grâce à une programmation d’art et d’essai au quotidien. L’organisation de ses trois festivals font partie intégrante de l’identité de la salle. Ciné O’Clock, Le Festival du Film Court et Les Reflets du Cinéma Ibérique et Latino-Américains, nous motivent beaucoup en terme de travail et d’organisation.
Je pense qu’au fur et à mesure des années, il y a une petite notoriété qui s’est installée, qui est reconnue, grâce à la longévité des évènements et de leur régularité. On est vraiment sur des événements qui perdurent.

Il y a également des événements et concerts live au Kotopo. Est-ce là une manière de dialoguer avec d’autre quartiers de Lyon ?

Oui, c’est aussi une façon de rayonner et de se faire connaitre au-delà de notre propre quartier. Ça permet de tisser des liens avec d’autres partenaires dans d’autres lieux. C’est ce qu’on appelle un échange de visibilité, de communication, tisser du lien social, culturel, et faire que nos différents publiques se croisent et se rencontrent.

L’année dernière, pour la première fois, vous avez ouvert une brocante au sein du festival. Retrouvera-t-on une brocante cette année aussi ?

Oui, le Troc O’clock aura lieu le samedi 10 février, de 10h00 à 13h00. On essaye de créer une ambiance de brocante dans le cinéma, qui n’est pas du tout un lieu adapté pour ça ! Ça va se faire à la bonne franquette. Il y aura une première partie qui favorisera l’échange, le troc. Les visiteurs viennent avec des objets culturels qu’ils ont chez eux : un bouquin, un disque, des BD, une affiche… Si c’est britannique et irlandais, c’est évidemment dans la thématique ! Il y aura aussi des partenaires qui seront présents comme la librairie Lettres à Croquer, qui tiendra une table de presse. On retrouvera également Slowdises, un nouveau lieu qui a ouvert l’année dernière. C’est un salon de thé en plus d’être une chocolaterie. On aura également le graphiste avec lequel on travaille depuis plusieurs années sur Ciné O’Clock, Julien Saniel , qui a par ailleurs d’autres ateliers de typographie et de création. Edith Lake, une illustratrice lyonnaise, sera aussi sur les lieux. Le principal est que cette matinée soit un temps d’échange convivial et de rencontre autour du cinéma. On y voit des films mais pas seulement. On avait envie d’être sur quelque chose d’alternatif et de rester dans une ambiance sympathique et ludique au milieu de cette semaine de festivités !

Concernant les films, ce sera uniquement des versions originales ou des versions françaises seront aussi de la partie ?

Comme on est sur du cinéma britannique et irlandais, on privilégie la version originale bien évidemment et on essaye de le faire tout au long de notre programmation au Zola. Le seul film qui est diffusé en version française c’est « Cro Man », qui se destine à un public d’enfants. Cela reste plus facile au niveau de la compréhension car certains enfants n’ont pas encore acquis les bases de la lecture. C’est la seule petite entorse qu’on se permet généralement, sinon tous les autres films sont présentés en version originale sous-titrée français.

 

Vous avez des avantpremières et des inédits, quel est la différence entre les deux ?

Je fais une petite distinction sur ces termes. Avant-première signifie que les films vont sortir sur les écrans français, qu’ils sont un distributeur en France. Les inédits ce sont ceux qu’on n’aura pas forcément la chance de voir sur grand écran. C’est le cas du film de Darren Thornton, « A date for Mary ». C’est intéressant parce que le cinéma irlandais est peu distribué en France. On les a par le biais de partenariat avec le Centre Culturel Irlandais à Paris. Il nous a aidé dans cette recherche de ces films irlandais et à les programmer pour les proposer au public. Nous en sommes très heureux.

 

Avez-vous des communautés qui suivent vos festivals ?

Il y a des festivals qui drainent les communautés, comme le festival de Résonances du Cinéma Ibérique et Latino-Américain, où il y a une présence des communautés lusophones ou latines. Sur Ciné O’Clock ce sont des anglophones, mais surtout des cinéphiles qui viennent pour la langue de Shakespeare. On a quand même le noyau dur du quartier qui suit nos évènements.

Crédits : Julien Saniel

Quels sont vos relations avec les autres salles d’art et d’essai, comme le Comédia par exemple ?

 

C’est une salle concurrente, mais c’est aussi une salle amie. On fait partie du même réseau, le GRAC, le groupement régional d’action cinématographique. Ce réseau essaye justement de regrouper les cinémas indépendants. Lorsqu’on est petit on est un peu plus fort lorsqu’on est nombreux. On peut ainsi réfléchir à l’évolution de nos métiers et faire face à l’accès au film, qui est de plus en plus compliqué. Nous n’avons qu’une seule salle, donc on ne peut pas travailler de la même manière. Cela n’empêche pas de cultiver nos différences et nos particularités. Après nous avons un public commun d’art et d’essai qui navigue entre plusieurs lieux. Ce qui nous aide à tirer notre épingle du jeu, c’est notre identité assez forte, construite au fil des années.

 

Dans les films que vous proposez, y-a-t-il autant de petits que de grands réalisateurs ?

 

Il y a un peu les deux. L’idée, surtout avec les avant-premières et les inédits, c’est d’être dans un esprit découverte. C’est aussi un but pédagogique, en participant à l’éducation du spectateur en lui présentant des films de patrimoine. Puis, quand on a des perles rares on a envie de les montrer ! Je pense notamment à la soirée consacrée aux séries-télé britanniques cultes qui aura lieu le vendredi 9 février, à propos des Monty Pythons. Pour cette soirée, on a deux intervenants parisiens spécialistes des séries-télé d’outre-manche, pour échanger avec le public.

On essaye aussi d’accompagner les films au maximum, de créer des évènements, de proposer des rencontres et des débats. Cette année, nous avons la chance de recevoir le producteur d’un film Irlandais (Tim Palmer pour « Patrick’s day » de Terry MacMahon, ndlr) qui vient spécialement de Dublin pour présenter le film.

On change un petit peu d’envergure donc on gagne en force et en stabilité. Le travail est d’autant plus important parce qu’on sait que ce sont les recettes de la billetterie, et donc la présence du public, qui nous font exister.

 

Quand vous dites « film de patrimoine », à quels films faites-vous allusion ?

 

Dans notre programmation nous avons ce film qui s’appelle « Samedi soir, dimanche matin » de Karel Reisz, ou un autre film qui s’appelle « Un goût de miel » de Tony Richardson . Les films de patrimoine sont considérés en tant que tels lorsqu’ils sont sortis il y a plus de 20 ans. Puis surtout car au fil des années ils ont acquis une certaine légitimité grâce à leur sujet, du traitement de celui-ci, et surtout grâce à leur auteur. Ça fait partie de la mémoire du cinéma et c’est bien de pouvoir revenir en arrière pour voir l’évolution du cinéma britannique.

 

 

Quelle est pour vous la plus grande difficulté dans le cadre de ce festival ?

 

Je pense que c’est une difficulté qui est transversale à tout travail de programmation, c’est le fait que rien n’est jamais acquis. On a beau mettre en place des choses, le travail de programmation n’est pas une science exacte. On fait des paris, des choix, et en fonction de notre expérience on se dit qu’il devrait y avoir des gens qui vont venir mais ça reste toujours la grande interrogation.

 

Y a-t-il des animations prévues également dans le cadre du festival ?

 

Oui, le but est de créer un bain culturel. On a donc mis à disposition un Food Truck : Le Van à Burgers, qui permettra au public de gouter les fish-and-ships, un plat typiquement britannique. Le but est de créer une vie de quartier, une effervescence au niveau du festival. On présente aussi la soirée théâtre et musique, avec le film « England is mine-Steven before Morrisey », samedi 10 février. Deux DJs organiseront un blind-test qui a déjà fait fureur les années précédentes. C’est un peu notre soirée emblématique, tout le monde reste en salle pour participer. Ça casse un peu le cliché snob du cinéma d’art et d’essai.

 

Eve Sauzeau

La rédaction

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