En octobre 2014 avait lieu au centre culturel de Villeurbanne une théâtre-conférence sur le système « prostitueur ». Toutes les associations abolitionnistes organisaient cette soirée : l’Amicale du Nid, le Mouvement du Nid plutôt catholique, le CRLCAFF Rhône-Alpes, Femmes solidaires Rhône et Osez le féminisme. Cette soirée se décompose en trois parties : présentation des associations, représentation de la pièce de théâtre Descentes qui dénonce le système prostitutiontueur, puis une réflexion sur la pièce.

NA DESCENTES
Le public est plutôt averti. Ce sont principalement des femmes entre quarante et soixante ans engagées depuis un certain nombre d’années dans ces associations. Quelques jeunes sont là, mais on les compte sur les doigts d’une main. Jean-Paul Bret, maire PS de Villeurbanne, et Pascale Crozon, députée PS de la 6ème circonscription du Rhône, étaient conviés à cette soirée, mais ils ne sont pas venus. Daniel Mellier, président du Mouvement du Nid, déclare : « Je suis un peu déçu de leur rétractation de dernière minute ».

75 000 viols par an en France

En 1999, la Suède est le premier pays au monde à abolir la prostitution. La France tente de son côté de faire la chasse aux prostituées et aux clients, notamment avec des lois contre le racolage passif. La loi contre le système prostitutionnel et la pénalisation du client a été initiée par Nicolas Sarkozy (2003) puis abandonnée et remise au gout du jour en 2012 par la ministre du droit des femmes de l’époque, Najat Vallaud-Belkacem. Le 4 décembre 2013, l’Assemblée nationale adopte ce texte de loi en première lecture. Depuis cette date, le sénat traine un peu la patte pour que ce texte soit adopté. Abolitionnistes et réglementaristes sont en conflits ouverts sur ce terrain.

Daniel Mellier, président du mouvement du Nid, fait figure de maître de cérémonie. Il donne la parole à chacune des associations présentes. Denise secrétaire Rhône de Femmes Solidaires nous explique le rôle de cette association : « Nous à Femmes Solidaires, nous sommes abolitionnistes, car pour nous la prostitution est un viol tarifé. L’amour est un désir entre deux personnes, pas une prestation. Nos mots d’ordre sont liberté, dignité et laïcité ». Elle nous rappelle le nombre de viols en France : 75 000 par an. Fanny, présidente d’Osez le féminisme reprend la parole : « Nous sommes complètement contre le système patriarcal. Nous voulons également lutter contre la précarité qui touche les prostituées. Nous sommes pour une société égalitaire ». Le responsable de l’Amicale du Nid expose son travail de prévention et de réinsertion avec les prostituées. Les autres associations prennent la parole et nous rappellent les fondamentaux des droits de l’homme et les violences faites aux femmes.

Descentes ou l’enfer de la prostitution

La pièce a été écrite en 2010 par Grégoire Aubert en collaboration avec le Mouvement du Nid du Gard. Il nous rappelle l’origine de ce projet : « J’ai croisé un des membres du Nid du Gard au cours de ma carrière. Il était passionné par le théâtre et m’a proposé d’écrire une pièce sur la prostitution. C’était un outil de plus de débat pour parler d’un sujet assez complexe. » C’est une pièce qui traite de la chute d’une femme, Marina, dans l’enfer de la prostitution, interprétée par Axelle Abella. Elle nous expose son travail pour se fondre dans son personnage : « C’est un des rôles les plus compliqués que j’ai eu à jouer, mais c’est le plus beau. Je me suis inspirée de faits réels en rencontrant plusieurs prostituées. » Ronan Ducolomb, un autre acteur de la pièce, qui joue à la fois le proxénète et les clients, nous conte son travail d’acteur : « Pour jouer les clients, je me suis inspiré d’un panel représentatif. Les clients des prostituées, c’est également de la misère humaine. Pour le proxénète, cela a été un peu dur. Je devais être à la fois doux et méchant ». Nadia Tillier, la troisième actrice joue une espèce de « Mère Macrelle » qui réconforte Marina.

Le grand public ne se saisit pas encore de ces questions

AR DESCENTESDaniel Mellier, après la pièce, reprend son rôle de maitre de cérémonie. Il demande aux associations et au public de commenter la pièce. Tout le monde l’a aimé à part Fanny, présidente d’Osez le féminisme, qui n’a trouvé la pièce très représentative de la réalité quotidienne. Elle nous rappelle également l’espérance de vie d’une prostituée qui est de 40 ans, d’où le jeu de mots prostitution-tueur. Prostitueur donc. Une discussion s’installe entre le public et les intervenants. Une femme du public interpelle les intervenants sur les violences psychologique et physique qui touchent les prostituées et qui sont notamment décrites dans la pièce. Denise, secrétaire de femmes solidaires, lui répond : « Vous savez en France, il y a 90 % des prostituées qui n’ont pas le choix. C’est une souffrance psychologique diffuse ». Le président du Mouvement du Nid nous parle de Rosen Hirscher, ancienne prostituée abolitionniste, qui fait une marche afin d’interpeller les élus sur le système prostitutionnel. Une militante féministe prend la parole sur la prostitution étudiante en France. Le président de l’Amicale du Nid lui rétorque : « C’est un phénomène en pleine explosion. J’ai surpris sur Internet des annonces pour des appartements complètement hallucinantes. Comme “propose un appartement, contre des relations”. Ces gens-là profitent de la misère de ces jeunes, c’est une honte pour notre pays ». Denise de Femmes Solidaires nous rappelle le travail qu’elle avait mis en place au sein des universités de Lyon : « Nous avions envoyé un questionnaire à chaque étudiant. Les chiffres nous avaient surpris, 4 % des jeunes filles ou garçons avaient déjà eu recours à la prostitution. Autre sujet, nous mettons en ce moment à disposition des prostituées, un psychologue (Muriel Salmona) qui leur permet de faire un travail sur les violences psychologiques et physiques, qu’elles ont subies ». À la fin de la soirée, Daniel Mellier remercie tout le monde d’être venu à cette soirée.

ARN DESCENTESLa soirée a été intéressante mais nous pouvons regretter que le grand public ne prenne pas à bras le corps ces questions. Nous nous sommes en effet retrouvé devant un public averti et au fait de ces questions. Comme bien souvent, chacun y va de sa patte personnelle. Dans ce sens, pour intéresser les Français à cette question, un travail de pédagogie et de prévention doit être fait par les associations et les politiques. C’est encore loin d’être le cas.

 

Pièce de théâtre Descentes
Synopsis : Marina est une jeune fille comme les autres. Dans les galères quotidiennes d’une existence banale. Les petits boulots, les fins de mois difficiles, les amours contrariées. Rien de plus. Rien de grave. Sa rencontre avec un jeune homme, faussement prévenant, associée à sa candeur naturelle, vont l’entraîner dans l’univers sombre d’un réseau de prostitution. Violence mentale et physique, espace clos, horizon bouché, addictions de toutes sortes… Marina oscillera entre révolte, avilissement et résignation. A moins que ne survive l’infime espoir d’une échappatoire.Et si toute cette histoire n’était qu’un mauvais rêve ?Auteur: Grégoire AubertMise en scène: Gaelle Veillon

Acteurs: Axelle Abella (Marina), Ronan Ducolomb (proxénète+ clients), Nadia Tillier (Mère Macrelle)

 

Etienne Aazzab

Etienne a contribué depuis 2 ans dans le journal satirique FOUTOU’ART. Il a intégré l’équipe du « clic 2014 » : Collectif local d’informations citoyennes à partir de novembre 2013. Il rejoint le Lyon Bondy Blog à partir de janvier 2014.
Twitter : @AazzabEtienne

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