L’eurodéputée sortante Sylvie Guillaume, numéro deux de la liste du Parti Socialiste, associée au mouvement Envie d’Europe, a accordé une interview au Lyon Bondy Blog. Nous avons pu évoquer les élections en Espagne, la création d’une liste commune avec Place Publique de Raphaël Glucksmann et Nouvelle Donne de Pierre Larrouturou, ainsi que le Brexit. « Envie d’Europe », le nom donné à l’alliance, promet sur son site de mener « 10 combats », allant de la lutte contre le lobbying à l’écologie.

Sylvie Guillaume, impliquée au sein du Parti Socialiste depuis les années 1980, fait partie depuis 2014 des 14 vice-présidents du Parlement Européen.

Lyon Bondy Blog : D’abord, quel est votre ressenti suite à la victoire aux législatives espagnoles de Pedro Sanchez du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol ?

Sylvie Guillaume : La social-démocratie n’est franchement pas morte et enterrée, c’est le moins qu’on puisse dire. Donc je suis tout à fait ravie que quelqu’un qui est à la fois audacieux, qui a fait preuve de beaucoup de conviction – y compris dans la composition de son gouvernement avec beaucoup de femmes – puisse voir sa façon de faire et ses souhaits validés par les citoyens espagnols.

LBB : Quel est le rôle de Place Publique dans votre liste Place Publique – Parti Socialiste ?

SG : Le principe que nous avons pris est : 50 % de la liste est composée de candidats du Parti Socialiste, et 50 % de candidats d’autres formations politiques. Dans les six premiers candidats, vous avez Raphaël Glucksmann [ndlr : co-fondateur de Place Publique], ensuite il y a moi, Eric Andrieu, et ensuite Aurore Lalucq, qui est elle ex-Génération.s, puisqu’elle a été porte-parole de ce mouvement.  Pierre Larrouturou est également une personnalité extérieure, de Nouvelle Donne, un des mouvements qui nous ont rejoint. Et pour finir, vous avez Nora Mebarek, qui est donc la troisième socialiste sur six.

LBB : Selon vous, quelles seront les grandes thématiques associées au prochain mandat des parlementaires européens ?

SG: Manifestement, la question de comment on aborde l’urgence écologique et du changement climatique sera une très grosse thématique d’action du parlement européen, ça c’est quasiment certain. Ensuite la question sociale viendra assez naturellement parce que je pense que dans la campagne, ce thème est un thème majeur.

Et je dirai que dans les premiers thèmes à traiter, il va falloir finaliser tout ce qui est de l’ordre du budget, puisque vous savez peut-être qu’on est en train de finaliser les textes relatifs au budget pluriannuel entre 2021 et 2027. Et donc tout ceci n’est pas encore terminé. Or, ce sont évidemment des sujets très très importants puisque ça conditionne la prise en charge des politiques de l’Union Européenne. Donc je pense que très vite, le Parlement sera obligé de se mettre au travail sur les questions budgétaires. Voilà au-moins dans les 100 premiers jours ce qu’il faut faire.

LBB : Parmi les combats de la campagne envie d’Europe, le premier s’attaque aux lobbys. Quelles solutions proposez-vous  contre les lobbies en Europe ?

SG : On ne s’attaque pas, mais on considère que ce qui a été fait jusqu’à présent en terme de régulation doit être poursuivi. Parce qu’on peut retrouver des lobbys de différentes natures, il ne faut pas non plus avoir seulement en tête le bon gros lobby de l’industrie pharmaceutique ou de je-ne-sais-quelle industrie de l’agro-alimentaire. Il y a plein de façons d’essayer d’influer sur les politiques européennes, on trouve évidemment aussi des ONG qui font du plaidoyer auprès des parlementaires européens. Donc il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac.

La deuxième chose, c’est que l’ on a fait beaucoup déjà dans la régulation mais il se trouve que l’encadrement de l’action des lobbys n’est pas encore suffisante. Il faut par exemple aboutir à un registre de transparence obligatoire au plan du Parlement, au plan de la Commission et au plan du Conseil. Pour l’instant ce registre de transparence existe mais il n’est pas obligatoire, et il ne contient que la Commission et le Parlement. Donc il faut englober toutes les institutions européennes et le rendre obligatoire. Ça, c’est une chose qui me paraît importante. La deuxième c’est d’avoir peut-être du coté du code de conduite des députés encore un certain nombre d’améliorations ou de renforcements, mais ça ne s’improvise pas, c’est quelque chose qu’il faut bien encadrer.

LBB : Thomas Porcher, co-fondateur de Place Publique, a décidé de quitter le bateau en affirmant « je ne comprends pas cette stratégie qui consiste à affaiblir la gauche pour renforcer le PS ». Au vu des nombreuses listes de gauche (LO, PCF, LFI, Génération·s, PP-PS , EELV) pourquoi ne voit-on pas de grande liste de la gauche française, qui aurait alors plus de poids ?

SG :  Sur les décisions de Thomas Porcher, je n’ai pas à faire de commentaires particuliers, ça le regarde et son action est parfaitement légitime de son point de vue probablement. Sur le fait qu’on aurait pu tenter une alliance beaucoup plus large de l’écologie et de la gauche, je suis assez d’accord avec lui.

En même temps je pense qu’il fallait placer quelques limites et je ne suis pas sûre de partager les mêmes limites que Thomas Porcher. Je pense par exemple qu’il aurait fallu avoir dans cette grande liste de gauche et de l’écologie exclusivement des partis pro-européens. Ça limite forcément à gauche le type d’alliance, puisque je ne pense pas que la France Insoumise, par exemple, soit une formation totalement pro-européenne.

Donc mon commentaire, par sur l’attitude de Thomas Porcher, mais plus généralement sur la gauche et l’écologie, c’est que la porte a longtemps été ouverte. Le PS a vraiment tendu la main à tout un tas de formations politiques pour qu’on y aille ensemble et je regrette qu’on n’ait pas une alliance plus large. Parce que ce qui est en jeu c’est quand même le fait que l’union est en danger avec les populistes et les nationalistes. Et que ça mérite d’avoir au Parlement Européen des élus qui soit extrêmement déterminés, mais pour être déterminé au sein du Parlement, encore faut-il être élu.

LBB : Que pensez-vous du traitement médiatique accordé au Brexit ?

SG : Ça a intéressé les médias un certain temps, j’ai l’impression, puis après comme souvent il y a eu un peu de zapping sur autre chose. Pour l’instant, j’ai un peu l’impression qu’il y a peu d’intérêt du côté des médias français sur le Brexit. Plus généralement, cette question du Brexit, qui interroge la façon dont l’Union soit reste ensemble, soit se délite, est à l’évidence un sujet très important à traiter. Si les médias s’y sont intéressés, je trouve que c’est plutôt bien.

Maintenant il faut poser un certain nombre de questions complémentaires sur le Brexit, parce que on n’est quand même pas au bout du chemin et les décisions du côté des Britanniques ne sont toujours pas prises. Donc il ne faut pas non plus complètement lâcher l’affaire et considérer que maintenant on peut attendre les 50 jours qui ont été accordés au Britanniques.

LBB : Pensez-vous qu’un second référendum sur la sortie de l’UE, alors que beaucoup disent que ce ne serait pas démocratique, serait une solution ?

SG : C’est aux Britanniques de faire ce choix, mais objectivement, quand on voit le degré de mensonge qui a été celui de la campagne du premier référendum et les bases totalement fausses qui ont été utilisées par les « brexiters », on peut se poser effectivement la question. Si la question est posée sans mensonge, n’aurait-on pas intérêt à ré-interroger les Britanniques là-dessus ? C’est vrai que c’est assez insensé d’avoir utilisé autant de mensonges pour mener une campagne électorale.

LBB : Avez-vous une dernière chose à ajouter ?

SG : J’espère que l’on peut faire un appel à chacun, sans être partisan, à voter pour ces élections. Parce qu’il n’y a qu’un seul tour et que ce sont des décisions extrêmement importantes qui concernent la vie de tous nos concitoyens. Il ne faut pas laisser l’Union Européenne aux mains de ceux qui veulent la détruire, donc c’est important de s’exprimer à l’occasion des élections du 26 mai.